‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 171 sur 360 · La Réunion des Amours, scène x · texte numérisé non relu

La Réunion des Amours, scène x

2. L'exorde que Marivaux lui prête est une aimable parodie du style galant d'autrefois : « Madame, mon respect a réduit mes sentiments à se taire. Ils n'ont ose se produire que dans mes timides regards, mais il n'est plus temps de feindre ni de dérober votre victime. Je sais tout ce que je risque à vous déclarer ma flamme. Vos rigueurs vont punir mon audace. Vous allez accabler un téméraire; mais, Madame, au milieu du courroux qui va vous saisir, souvenez-vous du moins que ma témérité n'a jamais passé jusqu'à l'espérance et que ma respectueuse ardeur Ici Cupidon l'interrompt. (Scène xn.)

l'amour sous LA RÉGENCE. 241

une nuance de persiflage : « Voilà qui est bien ; votre langage est décent. 11 n'étourdit point la raison. On a le temps de se reconnaître. » Cupidon devine que l'austère déesse ne lui veut point de mal ; il lui adresse sur-le-champ cette adroite déclaration :

Déesse adorable, ne m'exposez pas à dire que je vous aime. Vous regardez ceci comme une feinte; mais vous êtes trop aimable et mon cœur pourrait bien s'y méprendre. Je vous dis la vérité; ce n'est pas d'aujourd'hui que vous me touchez. Je me connais en charmes : ni sur la terre, ni dans les cieux, je ne vois rien qui le cède aux vôtres. Combien de fois n'ai-je pas été tenté de me jeter à vos genoux! Quelles délices pour moi d'aimer la vertu, si je pouvais être aimé d'elle ! Eh ! pourquoi ne m'aimericz-vous pas? Que veut dire ce penchant qui me porte à vous, s'il n'annonce pas que vous y serez sensible? Je sens que tout mon cœur vous est dû ; n'avez-vous pas quelque répugnance à me refuser le vôtre? Aimable Vertu, me fuirez-vous toujours? Regardez-moi, vous ne me connaissez pas : c'est l'Amour à vos genoux qui vous parle. Essayez de le voir; il est soumis, il ne veut que vous fléchir *.

La Vertu est troublée par ces accents passionnés ; elle prend la fuite pour ne pas succomber, tandis que l'effronté Cupidon s'écrie ; « Ah ! ah ! ah ! la Vertu se laissait apprivoiser. Je la tenais déjà par la main, toute vertu qu'elle est; et si elle me donnait un quart d'heure d'audience , je vous la garantirais mal nommée f. » Il faut que Minerve reprenne le rôle de juge, et voici l'arrêt qu'elle rend :

Cupidon, la Vertu décidait contre vous; et moi-même j'allais être de son sentiment, si Jupiter n'avait pas jugé à propos de vous réunir en vous corrigeant pour former le cœur du prince 3. Avec votre confrère, l'âme est trop

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