‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 176 sur 360 · MARIVAUX ET FÉNELON · texte numérisé non relu

MARIVAUX ET FÉNELON

offrant un agréable mélange d'indulgence et de sévérité, k peu près exemptes de préciosité, les deux pièces que je viens d'analyser offrent une singulière ressemblance avec ces Dialogues des morts de Fénelon, dans lesquels une morale insinuante se dégage d'ellemême des propos échangés. Si l'ingénieux prélat avait pu traiter des sujets aussi profanes qu'une querelle entre Cupidon et l'Amour, ou une rivalité entre Apollon et Plutus, il n'eût pas désavoué bien des pages où Marivaux semble lui avoir dérobé son style limpide et son ironie souriante.

Une autre pièce de Marivaux, Félicie, ressemble à la Réunion des Amours et au Triomphe de Plutus par la simplicité de l'intrigue, la pureté de l'intention morale, et aussi l'absence d'intérêt dramatique. Elle s'en distingue en ce que, cette fois, la féerie se mêle à la mythologie. Dans un pays enchanté, vit une jeune fille, Félicie, qu'une bonne fée a parée de tous les dons. Félicie n'a qu'un défaut, « l'envie de plaire », c'est-à-dire la coquetterie. En vain la Modestie, en vain la Vertu, sous les traits de Diane, s'efforcent de lui prouver que, sans la réserve et la pudeur, les dons les plus heureux sont autant de dangers : il faut que l'expérience d'une passion, arrêtée juste à temps par le pouvoir de la fée, instruise et corrige la jeune coquette. Avec un tel sujet, Marivaux a moins écrit une comédie mythologique qu'une sorte de moralité. La pièce plaît à la lecture pour l'agrément du dialogue; on l'eût sans doute moins goûtée à la scène. Aussi l'auteur ne l'y a-t-il point présentée *.

L'Ile des Esclaves est encore consacrée au développement d'une idée philosophique; mais, outre l'in-

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