‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 180 sur 360 · Œuvres de Marivaux, t. H, p · texte numérisé non relu

Œuvres de Marivaux, t. H, p

2. On a vu plus haut (p. 146, n. 1) le succès du Préjugé incu à la première représentation. C'est une des pièces de

rivaux qui restèrent le plus longtemps au répertoire avant Révolution. Elle reparut à la Comédie-Française, le 15 sepbre 1868, mais elle passa inaperçue. Dé nos jours, la donnée Préjugé vaincu a été reprise avec succès par M. Ern. Levé, dans une comédie en trois actes, Par droit de conquête àtre-Français, 7 juin 1855).

La Double Inconstance, acte III, se. îv. Et aussi dans une es premières pièces, le Dénouement imprévu (10 décem- 1724), où il fait dire par un paysan : « Un sang noble? Queu giHble d'invention d'avoir fait comme ça du sang de deux faXis, pendant qu'il viant du môme russiau! » M. Brunetière met pas que Marivaux ait pensé sur la noblesse comme ses temporains : « Ne brouillons pas les temps, dit-il, ne transtons pas nos idées de revendication et de protestation dans passé, ne voyons pas plus une attaque h la noblesse dans les 'ausses Confidences que, dans les Plaideurs, une attaque à la magistrature, et, par grâce, dans le lin cristal de Marivaux, si délicatement taillé, ne versons pas le gros vin de nos utopies

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250 l'auteur dramatique.

des lettres de noblesse, dont il se moque très agréa- Â ' blement.

L'Héritier de Village appartient aussi au genre de la satire philosophique, mais en sens inverse. Après les vrais nobles infatués de leur titre, voici des roturiers qui achèteraient volontiers des savonnettes à vilains. Molière avait pris ce dernier travers dans la bourgeoisie; Marivaux descend jusqu'aux paysans, et les montre, dans l'ivresse d'une fortune récente, songeant du premier coup à s'anoblir. C'est, cette fois encore, une très agréable esquisse, mais ce n'est que cela, car la pièce n'a qu'un acte et aurait demandé un plus long développement '. Biaise et sa femme Claudine, enrichis par un héritage subit, songent d'abord à changer de manière et de mœurs; de là, peinture satirique du beau monde, qu'ils veulent imiter, et de l'amour mondain. Encore une fois, Marivaux se parodie lui-même avec esprit1, et, chemin faisant, il relève un des plus tristes défauts de son temps, le ridicule jeté sur l'amour conjugal 3. M. Jourdain avait Dorante et

socialistes. » (La Comédie de Marivaux, p. 139.) Outre que la satire du préjugé nobiliaire n'est pas « une utopie socialiste », il n'y a pas dans Marivaux que les Fausses Confidences; si Ton y joint le Préjugé vaincu, la Double Inconstance, plusieurs scènes éparses dans d'autres comédies, de nombreux passages des romans (voir ci-après, troisième partie, chapitre m), on verra s'accuser nettement chez Marivaux les sentiments du tiers état de 1789.

1. V Héritier de Village est de 1725 ; trois ans plus tard d'Allainval reprenait le même sujet dans VÊcole des Bourgeois, avec des personnages intermédiaires entre ceux de Molière et ceux de Marivaux. D'AUainval approche de Molière et dépasse Mariv aux dans deux scènes excellentes.

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