LA MERE CONFIDENTE
regagner insensiblement le terrain perdu. On l'écoute avec indulgence; mais, emporté par la passion, il va trop loin, lui aussi, et propose à Angélique de l'enlever : « Je vous ai forcé de parler, -s'écrie la jeune fille avec une généreuse colère; je n'ai que ce que je mérite... Est-ce là un moyen, est-ce un remède qu'une extravagance? Ah! je ne vous reconnais pas à cela, Dorante ; je me passerais mieux de bonheur que de vertu !. » Elle s'apaise cependant et promet de demander à sa mère la permission d'aimer et d'être aimée.
Voici de nouveau la mère et la fille en présence. Il faudrait pouvoir citer en entier la scène où elles se montrent dignes Tune de l'autre : Angélique candide, droite, aimante; Mme Argante d'une adresse et d'une délicatesse infinies. Angélique, troublée, soustraite à l'influence de Dorante et de Lisette, n'ose pas d'abord avouer à sa mère qu'elle aime toujours Dorante, qu'elle ne Ta point renvoyé, comme elle l'avait promis; elle essaye d'un timide mensonge, mais elle ne peut accepter ces éloges, qu'elle ne mérite pas . « Non, ma chère Angélique, tu ne verras plus Dorante; tu l'as renvoyé, j'en suis sûre. Ce n'est pas avec un caractère comme le tien qu'on est exposé à la douleur d'être trop crédule. N'ajoute donc rien à ce que tu m'as dit; tu ne le verras plus, tu m'en assures et cela suffit. Parlons de la raison, du courage et de la vertu que tu viens de montrer. » Angélique confuse n'y peut tenir; elle avoue tout en essayant de se justifier.
MADAME ARGANTE
Tu te défends d'une manière qui nValarme. Que pensestu donc de cet enlèvement? Dis-moi, tu es la franchise même ; ne serais-tu point en danger d'y consentir?