LA HÈRE CONFIDENTE
Cependant Dorante revient à la charge; il sait qu'il a un rival, que ce rival est presque agréé par Mme Argante. Avec une éloquence désespérée, il presse Angélique de consentir à, l'enlèvement : une chaise de poste est là, tout près, et une dame d'âge respectable, alliée de Dorante, attend la jeune fille pour la conduire et la protéger. Troublée, la tête perdue, Angélique va céder, mais le souvenir de sa mère traverse son esprit; elle court se précipiter dans ses bras : « Ah! ma mère! Ne me quittez point, secourez-moi, je ne me reconnais plus 4. » Ce cri de détresse, de confiance, d'espoir est la récompense de Mme Argante. Comme elle Ta promis, la mère vient trouver Dorante, sous un déguisement, et c'est encore une très belle scène que cette explication entre les trois personnages. L'expérience d'une mère ne saurait parler langage plus persuasif et plus touchant que par la bouche de Mme Argante, la raison réfuter avec une autorité plus haute les sophismes de la passion. Dorante ne peut résister à ces reproches pressants; il déclare qu'il renonce à ses projets, et témoigne de regrets sincères. Alors Mme Argante se dévoile et, « après avoir rêvé quelque temps » : « Ma fille, dit-elle, je vous permets d'aimer Dorante. »
Conclusion inévitable, qui renferme une dernière leçon : quel est le devoir d'une mère, lorsque celui qu'a choisi sa fille, sans la consulter, est vraiment sincère et honnête comme Dorante? L'agréer, fût-il pauvre, et ne pas lui tenir rancune de s'être passé du consentement maternel. Et, comme les mères, malgré toutes les qualités dont leurs gendres peuvent être ornés, aiment fort leur savoir quelque aisance, Marivaux enrichit Dorante : un oncle généreux, Ergaste,