Ibid., deuxième partie
riens, et en cela il est dans la vérité. Les gens de cette sorte sont souvent un peu ridicules; se croyant de la bourgeoisie, ils l'imitent gauchement, tandis qu'ils restent peuple par la vulgarité des manières. Marivaux ne met dans leurs portraits aucun parti pris de caricature. Il n'avait nullement le dédain des petites gens; lorsqu'il rencontre dans les classes inférieures des personnages naturels et simples, il les traite avec une prédilection marquée et, loin de faire rire à leurs dépens, il les rend très sympathiques : ainsi le fermier Villot et sa femme, qui ont la première de toutes les délicatesses, celle du cœur, et qui, recueillant chez eux la fille de leurs maîtres ruinés, méritent •cette réflexion : « On est tout d'un coup lié avec les gens qui ont le cœur bon, quels qu'ils soient; ce sont comme des amis que vous avez dans tous les états '. »
Quant à la vraie bourgeoisie, c'est la classe que préfère Marivaux : « Un bourgeois, avait-il dit \ qui s'en tiendrait à sa condition, qui en saurait les bornes et l'étendue, qui sauverait son caractère de la petitesse de celui du peuple, qui s'abstiendrait de tout amour de ressemblance avec l'homme de qualité, dont la conduite en un mot se maintiendrait dans un juste milieu, cet homme serait mon sage. » Il ne tourne donc pas en ridicule une classe qui était certainement la plus estimable de l'ancienne France. Conservant des mœurs honnêtes au milieu de l'effroyable corruption des hautes classes, d'humeur gaie, d'un fin bon sens, c'était la partie saine du pays, entre la
1. La Vie de Marianne, neuvième partie. — Voir encore, sur les ridicules innocents des « gens du commun », dans la Première lettre à Mme ***, le passage qui concerne les petits bourgeois et les marchands.