‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 24 sur 360 · ANNIBAL · texte numérisé non relu

ANNIBAL

Il croit qu'autant qu'il peut il combat, il s'efforce : Mais il a peur de vaincre et de marquer sa force; Et souvent sa défaite a pour lui tant d'appas, Que, pour aimer sans trouble, il feint de n'aimer pas. Le cœur, à la faveur de sa propre imposture, Se délivre du soin de guérir sa blessure >.

Ceci, développé en prose, sans emphase, avec une grâce souriante au lieu d'une affectation maladroite de noblesse, deviendra l'un des thèmes les plus heureux de Marivaux.

Annibal n'eut qu'un succès douteux, un succès d'estime, comme on dirait aujourd'hui; la pièce se traîna pendant quatre représentations, dont une à la cour. Marivaux va-t-il s'étonner et s'indigner? Nullement. S'il éprouve quelque dépit, il ne le laisse point paraître. En 1747, quelques années après sa réception à l'Académie française, Annibal est repris. Chose surprenante, cette reprise réussit *, et cependant, de 1720 à 1747, les tragédies de Voltaire avaient dû rendre le public plus exigeant. Tout autre que Marivaux eût triomphé et eût fait ressortir l'aveugle injustice du parterre d'autrefois. Lui se contente de remarquer que ni l'ancien échec, ni le nouveau succès n'ont rien qui doive surprendre, car la pièce en elle-même était « susceptible d'une chute totale ou d'un grand succès ». Elle a échoué d'abord; faut-il en conclure que « les premiers spectateurs s'y connaissaient mieux que les derniers »? Non, car « cela

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