MARIVAUX ET DIDEROT
Marivaux que sur celui du drame bourgeois. L'histoire de Tervire ressemble, dune manière frappante, à cette fameuse Religieuse *, qui vaut encore à Diderot tant d'invectives et tant d'enthousiasmes. La ressemblance est même si particulière en plusieurs passages *, que, si Ton ne savait combien Diderot répugnait à imiter, on serait tenté de le croire redevable à Marivaux d'un assez grand nombre de situations et d'idées. Mais ces rencontres, purement fortuites, tiennent au sujet même.
Au reste, les deux ouvrages se distinguent essentiellement par le ton, la marche et le but. Bien que Marivaux ait des blâmes énergiques pour les excès qu'il signale, jamais il ne va jusqu'à la violence passionnée; il fait œuvre d'observateur, non de pamphlétaire. Diderot, malgré de visibles efforts pour contenir sa haine philosophique, ne peut la dissimuler tout à fait, et déclame parfois au lieu de raconter. Marivaux abandonne sa religieuse une fois l'habit revêtu, et ne franchit pas avec elle la porte du cloître. Il étudie plutôt l'adresse astucieuse avec laquelle une vocation est trompée sur elle-même, que les souffrances et les égarements qui en résultent. Le sacrifice consommé, il n'en montre les conséquences qu'incidemment, par une allusion aux passions coupables que la vie claustrale peut exciter dans une âme faible et endolorie. Il abandonne même le plan qu'il semblait d'abord vouloir suivre : au lieu de faire entrer Mlle de Tervire, elle aussi, au