‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 255 sur 360 · Le Paysan parvenu, première partie · texte numérisé non relu

Le Paysan parvenu, première partie

2. Voir Rabelais, liv. Y, cliap. vin, et Molière, Tartufe, I, v, Don Juan, V, m.

change de nom et se purifie en passant par leur âme. Enfin je ne sais pas comment elles l'entendent, mais il est sûr que la colère des dévots est terrible l.

Voici d'abord deux dévotes, au premier aspect également inoffensives, en réalité très différentes, car Tune reste bonne jusqu'à la fin, et l'autre, à la première contrariété, laisse voir un caractère despote et méchant. Ce sont les demoiselles Habert, qui demandent à la dévotion une occupation bienséante de leurs loisirs de vieilles filles et le moyen de satisfaire en toute paix de conscience leur goût de commérage, de paresse et de vanité. Elles « se dédommagent des péchés qu'elles ne font pas par le plaisir de savoir les péchés des autres » ; avec cela, très amies du bien-être et finement gourmandes. Dans leur maison, simple et propre, mais où « tout paraît bien étoffé », « oh eût dit que chaque chambre était un oratoire; l'envie d'y faire oraison prenait en y entrant; tout y invitait l'âme à goûter la douceur d'un saint recueillement ». Marivaux les montre à table, et leur repas est une excellente scène de comédie : « Dieu exige-t-il qu'on devienne malade? Ne peut-on le servir sans se tuer? Le servirez-vous mieux quand vous aurez perdu la santé et que vous vous serez mise hors d'état d'aller à l'église? Ne fautil pas que notre piété soit prudente? N'est-on pas obligé de ménager sa vie pour louer Dieu, qui nous l'a donnée, le plus souvent possible? » Elles mangent donc, et des plats « d'une finesse et d'une cuisson parfaites », mais avec des mines mortifiées, jouant négligemment de la fourchette, trouvant « l'une tout fade, l'autre tout trop salé », n'ayant pas d'appétit: « du moins on ne voyait pas celui qu'elles avaient; il

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