Le Spectateur français, dixième feuille
de tenir parole? Eh bien! l'amour est un transport, on ne sait ce qu'on dit quand on aime. Promettre à une fille de l'épouser, si elle se fie à vous, n'est-ce pas lui promettre une impertinence? N'est-ce pas lui dire : Je m'engage à vous prendre pour épouse, quand vous ne le mériterez plus *?
La séduction fait perdre à la jeune fille, avec l'honneur, toutes les espérances de la vie ; l'adultère n'est guère moins dangereux pour l'épouse. Ici encore Marivaux donne une forme dramatique et directe à la leçon; il la met dans la bouche d'une femme, qui rassemble avec une énergie passionnée tous les motifs capables de la défendre contre la séduction \
Il n'avait, en effet, que mépris pour ces amours du siècle dernier, si rapides, si vides et si tristes, affaires d'amour-propre et de mode, dans lesquelles « il n'y avait plus d'amants », mais seulement « des libertins, qui tâchaient de faire des libertines1 ». Les femmes du monde, dit-il, « ne rougissent pas d'un amant avoué; ce serait rougir à la bourgeoise. De quoi rougissent-elles donc? C'est de n'avoir point d'amant ou de perdre celui qu'elles ont 4 ». Une chose pourtant aurait dû les éclairer : le mépris de ces amants pour elles et la tranquille impudence avec laquelle il les abandonnaient pour d'autres conquêtes :
Ma foi! Madame, dit l'un d'eux, je n'ai pas cru la chose si sérieuse entre vous et moi* Nous nous sommes plu, il est vrai ; vous m'avez fait l'honneur de me trouver de votre goût, vous étiez fort du mien; je vous ai confié mes dispositions, vous m'avez dit les vôtres; nous n'avons jamais fait mention d'amour durable. Si vous m'en aviez parlé, je ne demandais pas mieux; mais j'ai regardé vos bontés