‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 51 sur 360 · La Harpe, Lycée, xvih" siècle, ch. vin, section · texte numérisé non relu

La Harpe, Lycée, xvih" siècle, ch. vin, section

Je serais très fâché de compter parmi mes ennemis un homme de. son caractère, et dont j'estime l'esprit et la probité. Il y a surtout dans ses ouvrages un caractère de philosophie, d'humanité et d'indépendance, dans lequel j'ai trouvé avec plaisir mes propres sentiments. Il est vrai que je lui souhaite quelquefois un style moins recherché et des sujets plus nobles, mais je suis bien loin de l'avoir voulu désigner en parlant des comédies métaphysiques. Je n'entends par ce terme que ces comédies où l'on introduit •des personnages qui ne sont point dans la nature, des personnages allégoriques, propres tout au plus pour le poème épique, mais très déplacés sur la scène, où tout doit être peint d'après nature. Ce n'est pas, ce me semble, le défaut de M. de Marivaux. Je lui reprocherais au contraire de trop détailler les passions, et de manquer quelquefois le chemin du cœur en prenant des routes un peu détournées. J'aime d'autant plus son esprit, que je le prierais de ne le point prodiguer. Il ne faut pas qu'un personnage de comédie songe à être spirituel, il faut qu'il soit plaisant malgré lui, et sans croire l'être ; c'est la différence qui doit être entre la comédie et le simple dialogue '.

Elle est charmante, cette lettre, de bonne grâce, d'aisance, d'adresse, bien faite pour guérir les anciennes blessures et désarmer l'adversaire. Cependant, Marivaux, qui avait déjà refusé la proposition du libraire, hésite — du moins, on le dit à Voltaire — parce que le libraire aurait doublé la somme offerte. Seconde lettre de Voltaire, qui laisse voir ses •craintes, qui a bien envie d'injurier Marivaux, mais qui n'ose pas encore : « Remerciez M. de Marivaux, écrit-il à Thieriot; il fait un gros livre contre moi qui lui vaudra cent pistoles. Je fais la fortune de mes ennemis *. » Deux jours après, nouvelle lettre au même, curieux mélange de ménagements et d'attaques, de colère sourde et de rage déchaînée. D'abord,

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