D'Alembert, p
confrères des amis auxquels il était très dévoué, des ennemis auxquels il ne dissimulait pas son antipathie, il se tenait soigneusement à l'écart de ces coteries, plus nombreuses au xviii0 siècle que jamais, et dont faisaient partie la plupart des gens de lettres, par goût et par intérêt. Lorsqu'il donne, comme il le fait volontiers, la théorie de son talent, il a bien soin d'expliquer que le monde est son école. Il fut donc, jusqu'à ses derniers jours, homme du monde dans son langage, ses manières et ses goûts. Collé nous le représente, à soixante-quinze ans, « n'en paraissant pas avoir cinquante-huit, curieux en linge et en habits »; aussi le voyons-nous dans ses portraits l avec la tenue soignée de l'homme qui, vivant
1. Le principal de ces portraits, peint par L.-M. Vanloo, se trouve à la Comédie-Française; il porte la date de 1753 et a figuré au Salon de la même année, sous le n* 14. Il y en a une copie anonyme, provenant de l'Académie française, au musée de Versailles, sous le n° 2985. Le tableau de la Comédie- Française a été gravé en 1882 par L. Massard, pour le présent ouvrage; celui de Versailles est reproduit dans la publication de Gavard. Il y avait un autre portrait, peint par Pougin de Saint-Aubin et aujourd'hui perdu; il a été gravé en 1781 par Ingouf junior et C.-P. Marillier, pour les Œuvres complètes de Marivaux publiées par la veuve Duchesne. On ne sait pas davantage ce qu'est devenue une miniature peinte vers 1752par le peintre genevois J.-E. Liotard (Cunningham, édition des Lettres d'Horace Walpole, t. II, p. 234, note). Le portrait de Marivaux a été gravé d'original par Garand pour l'édition des Œuvres de théâtre de M, de Marivaux, publiée en 1758 par Duchesne, et par Miger pour la Galerie française ou Portraits des femmes et hommes célèbres gui ont paru en France , gravée en taille douce sous la conduite de Restout, 1771 et années suivantes. Les divers portraits de Marivaux reproduits jusqu'à nos jours par la gravure dérivent tous, sauf celui qui est en tête du présent ouvrage, de Garand, de Miger et de Pougin de Saint-Aubin. — Un buste en terre cuite de Marivaux, par Gaffieri, figurait au Salon de 1789; on ignore ce qu'il est devenu. M. Albert Lefeuvre a exécuté en pierre la statue de Marivaux, en 1881, pour le nouvel Hôtel de ville de Paris; la Comédie-Française possède deux bustes de Marivaux en marbre,.
dans la société polie, porte dans ses habitudes extérieures cette recherche de délicatesse qui est un témoignage de respect pour les autres et pour soimême. Svelte et bien pris dans la jeunesse, d'un embonpoint sans excès au déclin de l'âge, la physionomie aimable et douce, un peu « inquiète et travaillée * », l'œil extrêmement vif, la lèvre spirituelle, avec un sourire mêlé de bonté et d'ironie, Marivaux dut être, avec son désir de plaire, un des hommes les plus séduisants de son temps. D'Alembert nous a dit qu'il « ressentit vivement les passions * »; nous n'avons aucun renseignement qui nous permette de retrouver les romans de son existence et de préciser l'influence qu'ils eurent sur son talent; nous ne connaissons guère que l'histoire de l'ingénue au miroir; du moins savons-nous assez de sa vie pour le considérer avant tout comme un homme de société et un observateur mondain : l'auteur ne vient qu'après 3. Depuis 1720 environ jusqu'à sa mort, il fut l'hôte de la plupart des salons littéraires du xvine siècle. Ceux de Mme de Lambert et de Mme de Tencin, qui l'avaient accueilli à ses débuts, eurent longtemps ses préférences. Fontenelle y régnait et y donnait le ton; à côté de lui, Marivaux tenait la place d'honneur, et,
l'un par Fauginet, daté de 1843, l'autre par Mlle Fanny Dubois- Davesne, daté de 1873. Enfin, M. Albert Lefeuvre a exécuté le buste de Marivaux en marbre pour le théâtre de l'Odéon (1889) et en bronze pour le musée de Sens (1891).