‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 82 sur 360 · Lesbros, p · texte numérisé non relu

Lesbros, p

au parlement et à la finance par son origine, aux salons à la mode par ses habitudes sociales, à la Comédie-Française comme ou Théâtre-Italien , l'assemblée dut être particulièrement nombreuse et brillante. A côté de Mmes de Tencin, du DefiTand, Geofifrin, du Boccage, Lallemant de Bez, on se montrait sans doute, dans la tribune réservée aux amis du récipiendaire, Mlles Sylvia et Flaminia, Gaussin, Quinault et Dan ge ville. L'autre tribune, où avaient pris place les amis du directeur en charge, l'archevêque Languet de Gergy, offrait un aspect moins profane. Ici les gens d'Église faisaient une masse sombre, peu favorable à Marivaux, le peintre des dévots et des directeurs de conscience, l'adversaire des vœux trop habilement provoqués. On s'attendait des deux côtés à peu de sympathie du directeur pour le récipiendaire. L'intérêt de la séance était doublé par l'espoir d'un peu de 'scandale.

L'Académie siégeait alors au rez-de-chaussée du Louvre, près du pavillon Sully, dans deux des salles qui sont affectées aujourd'hui au musée de sculpture moderne et qui portent les noms de Puget et de Coustou1. La salle Puget, haute, vaste, décorée avec un luxe sobre, était consacrée aux séances publiques. Nous pouvons aisément nous représenter son aspect des grands jours par un passage des Mémoires du duc de Luynes, écrit trois mois après la réception de Marivaux. Assistant à celle du cardinal son frère, le duc qui, à la cour, passait sa vie à observer et à noter les minuties de l'étiquette, prêta naturellement une attention particulière au cérémonial académique. 11

1. y bir Paris à travers les âges, troisième livraison, le Louvre, par Edouard Fournier, p. 65-66 ; on trouve, à la page 47, la reproduction d'une estampe représentant une séance publique de l'Académie en 1673.

est impossible de mieux remplir son office de greffier exact et badaud :

Tous les académiciens sont assis dans des fauteuils autour d'une table fort longue; le directeur est au bout d'en haut, et celui qui est reçu à l'autre bout, vis-à-vis de lui; les évêques et les prêtres y sont en habit court, comme à l'ordinaire, mais un évêque, le jour de la réception, y est en habit noir long. Quoique le nombre des académiciens soit de quarante et presque toujours complet, ils ne s'y trouvent presque jamais tous ensemble; il ne serait pas possible même que les quarante tinssent autour de la table, telle qu'elle est aujourd'hui. Les dames qui veulent se trouver à ces assemblées sont placées dans les tribunes qui sont dans les deux fenêtres de la salle; l'une de ces tribunes est à la disposition du nouvel académicien, le jour de sa réception, l'autre c'est le directeur qui donne les places. Le auditeurs sont sur des chaises, derrière les académiciens. Lorsque tous les académiciens ont pris séance, le directeur et celui qui doit être reçu, ayant leur chapeau sur la tête, le premier ôtc son chapeau; c'est pour annoncer au nouvel académicien qu'il peut parler. Celui-ci ôte son chapeau toutes les fois qu'il dit : « Monsieur » ou qu'il parle du roi. L'usage est de lire son discours ; on ne le prononce pas par cœur. Chaque discours dure un quart d'heure !.

Tout entier à la joie que lui causait un honneur inespéré, Marivaux laissa éclater sçl reconnaissance avec une effusion assez rare, bien que les élus ne ménagent pas d'ordinaire l'expression de leurs remerciements :

L'instant où j'appris que j'avais l'honneur d'être élu, me parut l'instant le plus intéressant que vous pussiez jamais me procurer. Je me trompais; je ne l'avais pas encore comparé à celui où j'ai la joie de voir tous mes bienfaiteurs assemblés, et j'avoue que la nouvelle de mon élection ne m'a pas fait plus de plaisir que je n'en ai à vous marquer ma reconnaissance. Voici le seul jour où il m'est

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