Registres de l'Académie française, 18 et 30 mai
Vigny, du moins est-on sûr, grâce à elle, qu'il ne se produira plus de scandale aussi fâcheux que celui dont Marivaux eut à souffrir1.
Mme de Tencin ne borna pas ses bienfaits envers Marivaux à le faire valoir de son mieux et à briguer en sa faveur. Elle veillait sur lui avec une sollicitude attentive. Dans les affaires ordinaires de la vie, il était incapable de se diriger seul; il lui fallait une tutelle prévoyante, surtout en matière d'intérêts. Mme de Tencin l'avait logé près d'elle, « rue Saint- Honoré, près de Saint-Roch f ». L'histoire anecdotique du xvme siècle a souvent parlé de la générosité qu'elle mettait au service de « ses bêtes », comme elle appelait, par antiphrase, sa société de gens d'esprit : dans cette « ménagerie », Marivaux était le plus choyé.
Il n'avait pour vivre, on le sait, que le mince produit de ses ouvrages. Le temps allait venir où la littérature, surtout la littérature dramatique, grâce à Beaumarchais, nourrirait son homme. En attendant, les parts (fauteur, assez libéralement fixées en principe, par un arrêt de 1697, — au neuvième de la
1. Après sa mort, Marivaux ne rencontra pas à l'Académie plus de justice que de son vivant. L'abbé de Radonvilliers, son successeur, fit son éloge de très mauvaise grâce, avec les mêmes réserves qu'autrefois Languet de Gergy : « Vous n'attendez pas de moi que j'approuve le genre des romans et des comédies dans lesquels M. de Marivaux s'est exercé; des lois
d'un ordre supérieur me le défendent etc. De même le
cardinal de Lu y nés, qui répondit. Bachaumont fit la remarque de cette singulière malechance (Mémoires secrets, édit. de Londres, 1780, t. I, p. 194) et G ri m m lui-même ne put s'empêcher de trouver que Marivaux méritait mieux. (Correspondance littéraire, édit. Tourneux, t. V, p. 275.)
2. Almanach royal de 1744, p. 318, dans la liste des membres de l'Académie française. Mme de Tencin demeurait rue et porte Saint-Honoré. Dans cette rue habitait aussi le meilleur ami de Marivaux, Fontenelle.