‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 160 sur 346 · La Double Inconstance, acte I, se. iv et v · texte numérisé non relu

La Double Inconstance, acte I, se. iv et v

un simple courtisan; c'est un ministre. Tous les vices dont la cour est la patrie ont grandi en lui avec l'élévation du rang. Orgueilleux et bas, rampant devant ses maîtres, hautain avec ses inférieurs, calomniateur de ceux qui lui font ombrage, flatteur de ceux qui peuvent le servir, il veut devenir premier ministre, et, pour atteindre son but, rien ne lui coûte; jamais l'ambition n'a plus avili l'orgueil que dans la scène où il sollicite, à tout prix et par tous les moyens, l'appui de Lélio, le généreux prince de Léon déguisé en aventurier. Démasqué par Lélio, il croit s'excuser en disant : « Qui est-ce qui n'aimerait pas à gouverner? » « Celui qui en serait digne », répond Lélio, mais Frédéric ne comprend même pas K Ne pouvant réussir avec le maître, il se rabat sur le valet, Arlequin, qui le traite avec un mépris familier, encore plus humiliant que la froideur dédaigneuse du maître. Lorsque ses intrigues sont découvertes, la princesse dont il est le ministre l'écrase de ces mots : « Vous êtes le plus indigne et le plus lâche des hommes * ». De qui va-t-il alors mendier l'appui pour rentrer en grâce? De Lélio qui lui répond : « Je ne saurais refuser ma pitié aux opprobres dont vous couvre votre caractère ' ». Et un moment après, se croyant rappelé au pouvoir, il laisse entendre que Lélio (sst trop dangereux pour qu'on lui laisse la liberté. Mais sa disgrâce est définitive, et il disparaît sur ce jugement : tt Votre méchanceté vous met hors d'étal de nuire à d'autres qu'à vous-mênu! ^ ».

Ce caractère est tracé avec une énergie que Mari-

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