‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 168 sur 346 · Voir encore ci-après, i<^ partie, chap. n · texte numérisé non relu

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Mais je m'appelle l'Amour; mon métier n'est pas d'avoir soin d'elle. Il y a le Respect, la Sagesse, l'Honneur, qui sont commis à sa garde, voilà ses officiers ; c'est à eux à la défendre du danger qu'elle court et ce danger, c'est moi. Je suis fait pour être son vainqueur ou son vaincu. Nous ne saurions autrement vivre ensemble, et sauve qui peut. Quand je la bats, elle me le pardonne; quand elle me bat, je ne l'en estime pas moins, et elle ne m'en liait pas davantage.... Minerve, toute la nature est intéressée à ce que vous renvoyiez ce garçon-là. Il va l'appauvrir à un tel point qu'il n'y aura plus que des déserts. Vivra-t-elle de soupirs? 11 n'a que cela de vaillant. Autant en emporte le vent; et rien ne reste que des romans de douze tomes : encore à la fin n'y aura-

t-il personne pour les lire La nature avait besoin d'un

Amour, n'est-il pas vrai? Un conteur de fades sornettes, un trembleur qui a toujours peur d'offenser, qui n'eût fait dire aux femmes que ma gloire! et aux hommes que vos divins appas! non \ cela ne valait rien. C'était un espiègle tel que moi qu'il fallait à la nature; un étourdi, sans souci, plus vif que délicat, qui mit toute sa noblesse à tout prendre et à ne rien laisser.... Mais, dites-vous, vous êtes le dieu du vice. Cela n'est pas vrai; je donne de l'amour, voilà tout : le reste vient du cœur des hommes. Les uns y perdent, les autres y gagnent, je ne m'en embarrasse pas. J'allume le feu; c'est à la raison à le conduire, et je m'en tiens à mon métier de distributeur de llammes au profit de l'univers '.

Fort embarrassée entre ces deux éloquences, Minerve appelle la Vertu à son secours, et l'Amour reprend sa cause ' devant celle-ci qui lui répond avec

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