La Mère confidente, acte II, se. vi
ANGÉLIQUE
Ail! Je ne crois pas, ma mère.
MADAME ARGANTE
Ta mère ! Ah ! le ciel la préserve de savoir seulement (jifon le le propose ! Ne te sers plus de ce nom; elle ne saurait le soutenir dans cette occasion-ci. Mais pourrais-tu la fuir ? te sentirais-tu la force de l'affliger jusque-là, de lui donner la mort, de lui porter le poignard dans le sein?
ANGÉLIQUE
J'aimerais mieux mourir moi-même.
MADAME ARGANTE
Survivrait-elle à l'affront que tu te ferais! Souffre à ton tour que mon amitié te parle pour elle. L'cqucl aimes-tu le mieux de cette mère qui t\a inspiré mille vertus, ou dim amant (jui veut te les ôter toutes?
ANGÉLIQUE
Vous m'acca liiez. Dites-lui qu'elle ne craigne rit'U de sa fille; dites-lui (jue je n'ai rien de plus cher qu'tdle, et que je ne verrai plus Dorante, si elle me condamne à le perdre.
MADAME ARGANTE
Et que perdras-tu dans un inconnu qui n'a rien?
ANGÉLIQUE
Tout le bonheur de ma vie. Ayez la bonté de lui dii'e aussi que ce n'est point la quantité de biens qui rend heureux, que j'en ai plus (|u"il n'en faudrait avec Dorante, que je languirais avec un autre. J{a]i])oi-Lez-lui ce que je vous dis là, et ipii' je uk; soumets à ce ([u'elle en décidera.
La mère ne peut plus ignorer maintenant la force de cette passion qu'elle prenait pour un simple caprice de jeune lille. Elle prend vite son parti : elle verra Dorante, et l'on pressent qu'elle consentira au mariage, si elle juge l'amant capable de faire le bonheur d'Angélique : « Je lui parlerai sous le nom d'une tante à qui tu auras tout conli(i, et (]ui veut te servii'. Viens, ma lille; et laisse à mon cœur le soin de ciiiKhiii-f le lieu *. »