‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 208 sur 346 · Le Paysan parvenu, première partie · texte numérisé non relu

Le Paysan parvenu, première partie

2. La Vie de Marianne, première partie. — Marivaux lui fait dire encore : « Le style! je ne sais pas seulement ce que c'est. Comment fait-on pour en avoir un? Celui que je vois dans les livres, est-ce le bon? Pourquoi donc est-ce qu'il me déplaît tant le plus souvent? Celui de mes lettres vous paraitil passable? J'écrirai ceci de même. » (Ihid.) Cette théorie du style préoccupait beaucoup Marivaux, malgré l'air indilTérent qu'il prend ici; ailleurs il la traite en détail : voir ci-après, 4« partie, chap. v.

beaucoup de romanciers, le slyle parlé a quelque chose de voulu, de rédigé : rien de tel chez Marivaux. Il semble sténographier et non composer : à chaque instant les négligences familières, les petits mots commodes, les tournures aisées qui abondent dans la conversation et en sont comme la marque \ arrivent naturellement et rendent la ressemblance parfaite.

Mais ce style, assez alerte et rapide dans le Paysan parvenu, est souvent babillard et traînant dans la Vie de Marianne. Il semble ici ({ue Marivaux, parce qu'il fait parler une femme, se croie obligé de reproduire, non seulement les qualités, mais aussi les défauts de la conversation féminine. Il trouvait avec raison que « le style a un sexe ^ » : il vérihe à ses dépens la justesse de cette observation; le côté féminin de son talent s'accuse et s'aggrave. Parfois, en effet, on dirait que la Vie de Marianne est l'œuvre d'une femme emportée et comme étourdie par sa parole : c'est le décousu, la confusion d'idées, les brusques tours et détours habituels en pareil cas. Ce ramage d'oiseau fatigue ; on devine les petites mines, les petits gestes, tout cela très coquet, mais affecté.

Ce défaut est surtout sensible dans les proniières parties du roman ; il s'atténue dans les suivantes, sans disparaître. En outre, les réflexions, ces réflexions que Marivaux aime tant et où il excelle, sont multipliées, dans ces premières parties, avec une })r()fusion fatigante. Marianne a sur toute chose sa théorie,

1. Marianne cniitloic. ii profusion cela, là, » ccl lionimc'-//i », ■< ce niol-/à », ello, s'interrompt pour dire : ■• Mais poursuivons.... N'esl-il pas vrai?... Mais je son^e... » etc.

2. " Marivaux «lisait que le slyle a un sexe, et qu'on reconnaissait les femmes à une phrase. » (Ghamfort, Œuvres choisies, édit. de Lescure, t. II. p. 154.)

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