Paméla, lettre x
d'amour même, laisse entendre à l'homme de qui elle va recevoir un nom et une fortune que c'est lui qui est l'obligé : pour elle, son sexe et sa beauté la font égale à toutes les conditions, supérieure à tous les bienfaits. Paméla, au contraire, lorsque le jeune seigneur qui Taime consent à l'épouser, exprime sa joie par des effusions d'humble reconnaissance : « Cette pauvre, pauvre sotte tille sera aujourd'hui, midi sonné, aussi bien sa femme que s'il épousait une duchesse!... Oh! le cher charmant homme M » Un peu avant, à la veille du mariage, elle demandait à son seigneur la liberté de lui baiser la main : « Mon cœur vous est si dévoué, lui disait-elle, que ma seule crainte est de me montrer plus empressée que vous ne le souhaiteriez ^! » Au lendemain du mariage, l'avenir des deux jeunes femmes se présente aussi différent que leurs caractères. Marianne aimera toujours Valville, mais elle recevra des hommages; elle sera fidèle, mais elle admettra des adorateurs, les considérant comme le cortège nécessaire de sa beauté. Tout ce que son mari peut lui demander, c'est qu'elle lui fasse honneur par son goût et son esprit, qu'elle sache présider un dîner, tenir un salon. Tout autre est l'idéal de bonheur que rêve Paméla : vénérer son mari, ne vivre que pour lui, diriger sa maison avec zèle et vigihince, l'entourer de soins, assurer son bien-être, fuir h>s assemblées, lui consacrer tous ses instants ({uand il est là, l'attendre quand il est absent, et lire « atin de polir son esprit pour se rendre plus digne de sa compagnie et de son entretien » ; trop heureuse s'il veut bien « de temps à autre » lui