Le Spectateur français', septième feuille
ancien ». Mais il admire sans restrictions « l'élégance, la sagesse et la majesté » de Y Enéide; il goûte fort (' la fierté tantôt romaine, tantôt gasconne » de Lucain; il estime que Sophocle et Euripide <■ ont été pour le moins les Corneille, les Racine, les Crébillon et les Voltaire de leur temps »; il admire en Aristote, « malgré Fobscurité de sa philosophie, Tauteur dont l'esprit n"a point eu d'autres bornes que celles de l'esprit humain avait de son temps » ; « peut-être même, ajoute-t-il, qu'il les a passées ».
Longtemps, du reste, avant le Miroir, Marivaux avait eu le courage, tout en restant Fallié des Modernes, de dire à chaque parti ses vérités. Aux fanatiques des Anciens, d'abord, il applic[uaitune critique sans méchanceté, à la fois spirituelle et sensée, qui valait mieux que la meilleure des parodies. Il relevait plaisamment la cause intéressée qui attachait aux classiques latins et grecs une foule de médiocres écrivains : « Comment, leur faisait-il dire, comment! messieurs les Modernes, petits marmousets, vous prétendez valoir et surpasser des auteurs qui ont écrit en grec et en latin, et que j'étudie depuis vingt ans! Si le monde allait vous en croire, que deviendrais-je, moi, qu'on associe au respect qu'on leur rend? » Mais il ajoutait, faisant une promesse que, malheureusement, il n'a pas tenue, comme tant d'autres du même genre : « Je parais aujourd'hui napostropher que les amateurs des Anciens; un de ces jours les Modernes auront leur loiii', je m\v engage, et je promets que leur article vaudra bi(m celui-ci. » En attendant, il proteste contre les admirations imposées, ddii (|u"elles viennent : « On aurait beau me dire, cela ne vaut rien ou cela est excellent, on ne me donne de disposition ni pour ni contre; je lis le livre, et le jugeun'ul (jue j't'u l'orme m'appartient, à moi et