‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 39 sur 346 · D'Alembert, p · texte numérisé non relu

D'Alembert, p

pour leur amour-propre et trop contraire à leurs habitudes. Aussi, malgré le charme, Félégance, la finesse d'Âdrienne Lecouvreur, lui préférait-il de beaucoup Sylvia. Il arrivait à Adrienne, à la première représentation de la seconde Surprise de VAmour^ de jouer avec des allures de reine un personnage de marquise où il eut fallu surtout de l'aisance ' et la pièce était accueillie très froidement *. D'autres fois, c'était le contraire, mais toujours pour la même cause ; bonne aux premières représentations, Adrienne se gâtait aux suivants : « On a plusieurs fois oui dire à l'auteur, nous apprend d'Alembert ^, que dans les premières représentations, elle prenait assez bien l'esprit de ces rôles déliés et métaphysiques; mais que les applaudissements l'encourageaient à faire encore mieux, si c'était possible; et qu'à force de mieux faire, elle devenait précieuse et maniérée*. »

Mais, si l'on comprend la fortune toujours incertaine de Marivaux au Théâtre-Français, on s'explique moins qu'au Théâtre-Italien, avec ses acteurs préférés et un public sans parti-pris, il n'ait pas été toujours heureux, bien s'en faut, même lorsqu'il méritait le

\. D'Alembert, p. 582 et (HO, n. 10.

2. La pièce prenait sa revanclie sur un lliéàtrc do sociélr, où elle était trouvée charmante et restait dans le répertoire des châteaux (de Paulmy, Manuel des châteaux, p. 215); on la reprenait alors à la Comédie-Fran(;aise et Mlle Grandval, bien inférieure à Mlle Lecouvreur, mais simple et naturelle, lui assurait un succès durable.

4. Au Tliéàlre-Français, Marivaux eut, de son temps, pour principaux interprètes, outre Mlles Lecouvreur et firandval, dont il vient d'être qu(!slion, Mlles Dangeville, Gaussin et .loly, Préville et les deux QuinauU. Plus tard, Mlles Mars, Gontat et Anaïs, Mmes Allan, Judith, Madeleine Brohan, et surtout Mme Arnould-Plessy excellèrent dans son répertoire; voir à leur sujet, Fr. Sarcey, le Temps, l't mars 18S1. Parmi les hommes, on se souvient siiilmii, dr l'irmiii, Mniirose, Provost, Bressan, Samson, Régnier.

plus de l'être. N'y fut-il pas victime de quelqu'une de ces cabales, assez puissantes un siècle auparavant pour faire tomber la Phrdre d(; Racine, si puissantes encore au xviii" siècle que leur histoire est une partie de l'histoire théâtrale de ce temps? Tout le monde le croyait, excepté lui. Il faisait précéder cette pièce même des Serments indiscrets^ dont il était question tout à l'heure, d'un avertissement dans lequel il expliquait, avec une sincérité et une sérénité parfaites, ce qu'il croyait être la cause de son échec, en dehors de toute cabale : « La représentation de cette pièce-ci, disait-il, n'a pas été achevée; elle demande de l'attention; il y avait beaucoup de monde, et bien des gens ont prétendu qu'il y avait une cabale pour la faire tomber; mais je n'en crois rien : elle est d'un genre dont la simplicité aurait pu toute seule tenir lieu de cabale, surtout dans le tumulte d'une première représentation. D'ailleurs, je ne supposerai jamais qu'il y ait des hommes capables de n'aller à un spectacle que pour y livrer une honteuse guerre à un ouvrage fait pour amuser *. » Et cette conviction, trop indulgente pour ses confrères, mais fort honorable pour celui qui la professe, il l'exprime plusieurs

1. Avertissement des Serments indiscrets. — Réduite à trois actes, la pièce se serait peut-être complètement relevée, mais Marivaux ne consentit jamais à la remanier, quelques instances qu'on ait pu faire pour l'y décider. Favart écrivait à ce sujet au comte de Durazzo, le 12 juillet 1701 : « Je suis allé avant-hier chez M. de Marivaux lui demander s'il avait fait quelques changements aux Serments indiscrets:, il m'a assuré qu'il n'avait jamais retouché cette pièce, et qu'il n'était pas dans le dessein d'y rien changer. » Gomme il arrive souvent, Marivaux aimait d'autant plus sa pièce qu'elle avait été plus mal accueillie; Lesbros nous apprend (p. 9) qu'elle resta toujours au nombre de celles qu'il préférait : •• Celles dont M. de Marivaux faisait le plus de cas sont la Double Inconstance, les deux Surprises de l'amour, la Mère confidente, les Serments indiscrets, tes Sincères et rite des Esclaves ».

fois dans le cours de sa carrière, et presque dans les mêmes termes. Il ne peut supposer, dit-il encore, ({ qu'il y ait des hommes assez vils pour nuire au succès d'autrui aux dépens de leur propre amusement et de celui des autres *. » On a vu plus haut ^, pour sa tragédie d'Annibal, qu'il respecte toujours les sentiments des spectateurs, même lorsqu'ils lui semblent injustes; il n'a garde de prendre son public à partie pour le convaincre d'ignorance et de mauvais goût. Dans VAvertissemetit d'une de ses pièces, tombée à plat, rile de la raison ^, il reconnaît de bonne grâce qu'il s'est trompé et que le public l'a traité comme il le méritait : « J'ai eu tort de donner cette comédie-ci au théâtre. Elle n'était pas bonne à être représentée, et le public lui a fait justice en la condamnant. Point d'intrigue, peu d'action, peu d'intérêt; ce sujet, tel que je l'avais conçu, n'était point susceptible de tout cela*. » Lors-

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