‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 47 sur 346 · Voir L. de Loménie, les Mirabeau, l. I, x, p · texte numérisé non relu

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à les reprendre sous forme d'un journal qu'il rédigerait seul et publierait lui-même chaque semaine, sous le titre du Spectaieu)% renouvelé d'Addison : ainsi naquit le Speciateur français *.

11 eût fallu, pour réussir dans une pareille entreprise, non pas plus de talent que n'en avait Marivaux, mais plus de savoir-faire et d'habileté. Le Spectateur français se vendit peu, et, dès la première feuille, il parut à des époques très irrégulières ^. Cela était facile à prévoir; en effet, Marivaux prétendait n'écrire qu'à son jour et à son heure, ne jamais forcer l'inspiration, ne pas imiter ces auteurs « à qui, dans le loisir, il prend une envie vague de penser sur une ou plusieurs matières », ce que l'on pourrait appeler « réfléchir à propos de rien ». Il n'aimait pas ces « pensées auxquelles l'on s'excite », et s'écriait, rien qu'en y songeant : « Quoi, donner la torture à son esprit pour en tirer des réflexions qu'on n'aurait point, si l'on ne s'avisait d'y tâcher! Cela me passe, je ne sais point créer, je sais seulement surprendre en moi les pensées que le hasard me fait naître, et je serais fâché d'y mettre rien du mien ^. » Le genre de travail que préférait Marivaux a, certes, son agrément et ses avantages, mais il n'en est pas de plus incompatible avec le travail à jour fixe du journaliste, et c'est un journal qu'il prétendait faire. Au

1. Le Spectateur anglais eut de nombreux iiiiilateurs au XVIII' siècle, mais, dit M. E. Hatin (Histoire de la pirsse en France, t. III, p. 129), <■ Marivaux est le premier, du moins à ma connaissance, qui, chez nous, se soit exercé dans ce genre si difficile. » — On peut voir dans les Œuvres badines du comte de Caylus, t. VI, p. 97, une lettre satirique sur la multiplicité des Spectateurs.

2. Le Spectateur devait paraître tous les huit jours, et le second numéro mit deux semaines à succéder au premier; bientôt il ne parut plus que tous les mois.

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