‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 57 sur 346 · G mars · texte numérisé non relu

G mars

2. Voici la fin de la lettre : « Que ce misérable gagne de l'argent, comme tant d'autres, à me dire des injures; il est juste que l'auteur de la Voilure embourbée, du Télémaque travesti et du Paysan parvenu écrive contre l'auteur de la llenriade; mais il est aussi d'un trop malhonnête homme de vouloir réveiller la querelle des Lettres philosophiques et de m'exposer à la colère du garde des sceaux... » 11 termine ainsi : « Ils (ses protecteurs) m'épargneront la peine de couvrir, ce zoïle impertinent de l'opprobre et de la confusion qu'il mérite. »

3. Voltaire cependant ne désarma pas. Sept ans après, dans une lettre mêlée de vers adressée à Frédéric II (28 octobre 1743), il disait de Marivaux, en dépit de la rime :

Je préfère la lecture

D'un écrivain sage en propos, A ce frelaté de Voiture, Et plus encore à Marivaux.

Dans une autre lettre, A Messieurs les auteurs des Etrennes de la Saint-Jean, il loue ceux-ci pour leur style « naturel », quoique « bien bas », et déclare le préférer à •> l'impertinent jargon » de Fontenelle et de certains de ses amis : ■< Chez vous, leur dit-il, une femme n'apporte point de la coquetterie dans son équipage en venant au monde; chez vous, une femme ne ressem1)le pas à son visage. » Ces deux phrases sont de Marivaux; voir édit. Beuchot, t. XXXIX, p. 369. Nous le verrons plus loin (26 partie, chap. v), dans une lettre au marquis de Villette, parler avec mépris des « drames bourgeois du néologue Marivaux ».

82 l'homme.

Marivaux avait d'autant plus de mérite à ce refus, que l'ouvrage de Voltaire blessait ses convictions et qu'il sacrifiait à son ennemi, non seulement un profit, dont il avait sans doute grand besoin, mais encore la défense d'idées qui lui tenaient à cœur. En effet, avec un esprit libre, Marivaux n'en conservait pas moins, sinon une vive piété, du moins de sincères croyances religieuses ^ : dans un de ses ouvrages, il ne craignait pas de donner une série de réflexions « chrétiennes - », chose assez rare au xv!!!*" siècle, en dehors de la littérature purement théologique, elle-même assez pauvre. Sans emprunter jamais aux adversaires de ses idées leur violence injurieuse, il ne dissimulait pas, dans sa conversation et ses écrits, son aversion pour leur intolérance, son dédain pour leurs inconséquences peu philosophiques •■'. Plusieurs fois il prit à partie, sans nommer personne, cette famille des faux esprits forts, « qui n'a pour toute philosophie qu'un peu de libertinage, beaucoup de vanité et force ignorance », qui se moque de la crédulité des bonnes gens, « tandis que

i. « Qiioi(iiio trc's ('loigiu' d'iiTliclier la dévotion, il l'étail encore plus de rincréilulilt'. La religion, disait-il, est la ressource du malheureux, ([uelqucfois même celle du philosophe; n'enlevons pas à la pauvre espèce humaine cette consolation que la Providence divine lui a ménagée. >■ (D'Alemberl, p. 000.) « Il savait, il aimait notre religion.... Toute philosophie contraire à ses principes et à ses dogmes lui ])araissait frivole et inconséquente. » (De La Porte, Préface de 1765, p. 15.)

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