‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 67 sur 346 · Pages 22'6 à 274 de Tanzdi et Nêadarné · texte numérisé non relu

Pages 22'6 à 274 de Tanzdi et Nêadarné

2. Le Pa>/san parvenu, quatrième partie. — Cette riposte de Marivaux seml)lc, malgré son intérêt, n'avoir pas fait grand

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Cette page du Paysan parvenu montre quel polémiste Marivaux aurait été, s'il l'avait voulu. Elle montre aussi dès maintenant ce qu'il appréciait surtout dans le talent du romancier, l'art d'observer et d'expliquer, plutôt que celui d'imaginer. C'est enfin le blâme le plus solidement motivé qu'ait provoqué chez un contemporain cette littérature licencieuse qu'aimait tant le xvm.'^ siècle. Le passage est d'un intérêt toujours présent et il offre une solution acceptable d'un problème assez délicat : jusqu'à quel point la littérature a-t-elle le droit, sans devenir une excitation à la débauche et sans commettre de véritables attentats aux mœurs, de décrire certains désordres, ou comme « badinage », ou pour reproduire la réalité?

Après cette exception à la règle qu'il s'était imposée, tout au plus verrons-nous Marivaux faire allusion çà et là aux défauts qu'on lui reprochait et en prendre son parti avec une tranquillité où l 'amour-propre souffrant se laisse à peine deviner. Parfois il s'amusait à persitler d'une manière détournée, sous le couvert de quelque fiction, le pédantisme de ceux qui le décriaient. Ainsi les écrivains du parti philosophique affectaient de traiter comme des frivolités sans conséquence ses causeries de moraliste dans le Spectateur. Il suppose donc, par une mise en scène renouvelée d'Addison, que, se trouvant un jour dans une boutique de libraire un acheteur se présente, ne sachant trop ce qu'il prendra. Le libraire lui offre les dernières feuilles du Spectateu7\ mais l'acheteur, w homme d'apparence un peu épaisse et suffisante »,

bruit en son temps. Nous ne voyons guère, dans les écrits des contemporains, qu'un passage qui s'y rapporte. Granet, analysant la quatrième partie du Paysan parvenu, relève en passant la leçon littéraire et morale qui en fait le début et ajoute : « Rien de plus sensé et de mieux rendu que ce discours. » {Ré flexions sur les ouvrages de littérature, t. 1, p. 134.)

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se récrie vivement : « Que voulez-vous qu'on fasse de ces feuilles-là? Cela ne peut être rempli que de fadaises, et vous êtes bien de loisir d'imprimer de pareilles choses. — Mais, reprend le libraire, Tavezvous lu, ce Spectateur"? — Moi, le lire! répond l'autre; non : je ne lis que du bon, du raisonnable, de l'instructif, et ce qu'il me faut n'est pas dans vos feuilles. Ce ne sont ordinairement que de petits ouvrages de jeunes gens qui ont quelques vivacités d'écolier, et qui prennent les mauvaises contorsions de leur esprit pour des façons de penser légères, cavalières et délicates. Je ne suis point curieux d'originalités puériles. » Là-dessus, Marivaux intervient dans la conversation, sans se nommer :

Je suis du sentiment de Monsieur, dil-il avec un sérieux de mystificateur; il parle en homme sensé; pures bagatelles que des feuilles. La raison, le bon sens et la finesse peuvent-ils se trouver dans si peu de papier?... Un bon esprit s'avisa-t-il jamais de penser et d'écrire autrement qu'en gros volumes? Jugez de quel poids peuvent être les idées enfermées dans une feuille d'impression, que vous aller enlever d'un souffle; et cpiand même elles seraient raisonnables, ces idées, est-il de la dignité d'un personnage de cinquante ans, par exemple, de lire une feuille volante, de lire un colifichet? Cela le travestit en petit jeune homme, et déshonore sa gravité; il déroge. Non, à cet àge-là, tout savant, tout homme d'esprit ne doit ovivrir (jue des in-folio, de gros tomes, respectables {)ar la |)('sauteur, et qui, lorsqu'il les lit, le mettent en j)osture décente, de sorte qu'à la vue du titre seul, et retournant chacpie feuillet du gros livre, il puisse se dire familièrement en lui-même : Voilà ce qu'il faut à un homme aussi sérieux que moi, d'une aussi profonde réncxion.

Kt présentant un fort volume à l'acheteur :

Voici un traité de morale, Monsieur; le volume n'est pas extrêmement f^M'os, et, à la rigueur, un [)ourrait le chicaner sur la médiocrité de sa forme : mais je vous conseille

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