‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 148 sur 445 · Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, I. VI, p. 223. h · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, I. VI, p. 223. h

5. U y a encore du Figaro dans Arlequin de la Double Inconstance, mais les plaintes de celui-ci, à qui le prince vent piendre sa flancée, comme le comte Alroaviva celle de Figaro, ont une teinte de bonhomie naïve très différente de r ironie amère du barbier : « Je ne suis pas digne d'être fâché contre un prince, je suis trop petit pour cela; si vous m'affligez, je pleurerai de toute ma force, et puis c'est tout; cela doit faire compassion à votre |>uissaiice. U y a une fille qui m'aime; vous, vous en avez plein la maison, et cependant vous m'ôtez la mienne. Prenez que je suis pauvre et que tout mon bien est un liard : vous qui êtes riche de plus de mille écus, vous vous jetez

Lépine est un c Gascon froid ^ », pièce rare, mais d'autan plus plaisante* A la suffisance de sa race, il joint, en effet, un flegme imperturbable : c Le marquis votre maître vous estime, » luiditHortense: c Extrêmement, Madame, répond Lépine, il me connaît'.» Ou bien: « Il vous a semblé que j'étais un serviteur excellent, Madame ; ce sont les termes mômes de la louange dont votre justice m'a gratifié ^. » Avec cela, un génie d'intrigue qui vient à bout de tout, notamment de marier son timide maître à la comtesse et de se marier lui-même avec Lisette, qui a résisté pourtant au mariage de la comtesse et au sien propre. Il ne s'est pas troublé d'un premier refus très net: «Quelquefois pourtant nombre de gens ont estimé que j'étais un garçon assez revenant, a-t-il dit à Lisette ; mais nous y retournerons ; c'est partie à remettre. > Et en effet, il manœuvre si bien pour son maître et pour lui-même, que Lisette se laisse épouser d'admiration: « Maraud ! s*écrie-t-elle au dénouement, je crois en effet qu'il faudra que je t'épouse. > a Je l'avais entrepris *, » répond avec calme « de tous les fous de la Gascogne le plus effronté mais aussi le plus divertissant^ » .

sur ma pauvreté et vous m'arrachez mon liard ; cela n'est-il pas bien triste ?. . . En conscience, si un autre que vous me Tavait prise, est-ce que vous ne me la feriez pas remettre? Eh bien ! personne ne me l'a prise que vous ; voyez la belle occasion de montrer que la justice e»t pour tout le monde ! Allons, Monseigneur, dites-vous comme cela : faut-il que je retienne le bonheur de ce petit homme parce que j'ai le pouvoir de le irarder? N'est-ce pas à moi à être son protecteur, puisque je suis son maître? S*en ira-t-il sans avoir justice? N'en aurais-je pas du regret? Qui est-ce qui fera mon ofnce de prince, si je ne le fais pas ? J'ordonne donc que je lui rendrai Sylvia. » {La Double inconstance, acte III, scène v.)

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