‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 35 sur 445 · LES CABALES CONTRE MARIVAUX · texte numérisé non relu

LES CABALES CONTRE MARIVAUX

tout dans le tumulte d'une première représentation. D'ailleurs, je ne supposerai jamais qu'il y ait des hommes capables de n'aller à un spectacle que pour y livrer une honteuse guerre à un ouvrage fait pour amusera » Et cette conviction, trop indulgente pour ses confrères, mais bien honorable pour celui qui la professe, il l'exprime plusieurs fois dans le cours de sa carrière, et presque dans les mômes termes. Une peut supposer, dit-il encore, c qu'il y ait des hommes assez vils pour nuire au succès d'autrui aux dépens de leur propre amusement et de celui des autres'. > On a vu plus haut^, pour sa tragédie d'Annibal, qu'il respecte toujours les sentiments des spectateurs, même lorsqu'ils lui semblent injustes; il n'a garde de prendre son public à partie pour le convaincre d'ignorance et de mauvais goût, habitude chère à tant d'auteurs siffles. Dans V Avertissement d'une de ses pièces, tombée à plat, Vile de la raison^y il reconnaît de bonne grâce qu'il s'est trompé et que le public Ta traité comme il le méritait : « J'ai eu tort de donner cette comédie-ci au théâtre. Elle n'était pas bonne à être

1. Avertissement des Serments indiscrets. Réduite à trois actes, la pièce se serait peut-être complètement relevée, mais Marivaux ne consentit jamais à la remanier, quelques instances qu'on ait pu faire pour Ty décider. Favart écrivait à ce sujet au comte de Duraszo, le 12 juillet 1761 : c Je suis allé avant-hier ches monsieur de Marivaux lui demander sMl avait fait quelques changements aux Serments indiscrets; il m'a assuré qu*il n'avait jamais retouché cette pièce, et qu'il n'était pas dans le dessein d*y rien changer. > Comme il arrive souvent, Marivaux aimait d'autant plus sa pièce qu'elle avait été plus mal accueillie ; Lesbros nous apprend (p. 9) qu'elle resta toujours au nombre de celles qu'il préférait: « Celles dont M. de Marivaux faisait le plus de cas sont la Double inconstance, les deux Surprises de r Amour ^ la àlère confidente, les Serments indiscrets, les Sincères et Vile des Esclaves, »

On ne voit nulle part que Marivaux ait essayé, pour relever quelqu'une de ses autres pièces tombées, de ces refontes, généralement malheureuses comme résultat, tentées par beaucoup d'auteurs dramatiques; en pareil cas, il se résignait, et faisait une nouvelle comédie, ce qui est le meilleur moyen de prendre sa revanche. Il ne faudrait pas croire cependant qu'avant les représentations il se refusât, par excès d'amour-propre ou de coufiance en luimême, à ces corrections que les répétitions amènent toujours et auxquelles résistait si obstinément Piron, qui prétendait « jeter en bronze o ; la Comédie-Française conserve les copies manuscrites de la Réunion des Amours ^ du Legs et du Préjugé vaincu, pleines de retouches, refontes de scènes, etc. (Voy. ci-après, Appendice ii, b.)

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