‹ Marjolaine, vaudeville en 1 acteChapitre 18 sur 20 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

LA COMTESSE, seule, et dan» la plu» vive agitation.

Le chevalier!... c'était le chevalier!... Ah! j’étouffe!... Ainsi, quand j’enseignais il Nicolas les moyens de plaire. . . quand j'engageais Alarjolaine à écouter l’amonr de ce paysan. .. j'étais leur dnpe à tous les deux !... Ah! quelle école!... quelle école!... Non...

non... je ne resterai pas dans cette ferme un instant de plus... je ne donnerai pas an chevalier le plaisir de... {Elle aperçoit Aïeoloj qui entre.) Ciel!... c’est lui !... fl a repris des habits de gentilhomme!... je tien»

ma vengeance.

Elle cache le portefeuille et redeeceml sur rerent-eoÿr e.

scêm: XV.

LA COMTESSE, NICOLAS, avec les habits du Vicomte.

KICOLAS, à part. La voilà!... Puisque Nicolas u’avait pas déplu à la couitesse, espérons que le chevalier...

LA CO.UTESSE , à pari , U regardant du coinde l'œil. .Maisc'estqu'il est très-hieu ainsi.

NICOLAS, à part. Approchons. (//auL) Madame la comtesse...

LA COMTESSE , affectant de ne pas te regarder. lleiu? qui est là?

NICOLAS. C'est moi, madame la comtesse.

LA COMTESSE , jouant avec son éventail.

Ah! c'est toi, Nicolas? Eh bien, où en es-tu de ta conquête ?

NICOLAS. Ma conquête , madame la comtesse?

LA COMTESSE. Oui; la petite Alarjolaine .se laisse-t-elle eulin toucher, et gayneras-tu mes cent louis?

LE ciiEVALlEB. Vos ccnt louis T

LA COMTESSE, avec moquerie. J'avais dit deux cenl.s, je crois.

LE CHEVALIER. J'avoue que maintenant je ne songe plus guère à cette petite...

LA COMTESSE. Hein?...

LE CHEVALIER. Et quant à vos cent louis, je les donnerais tolon tiers avec tout l'or du monde pour un sourire, pour un regard....

d'une autre personne' . .

LA COMTESSE. Eli mais... c'est fort joli ce que lu me dis là, Nicolas.

LE cilEVAUER , O part. Nicolas... Nicolas... Est-ce que décidément elle ne va pas me regarder '! [Haut.) Madame la comtesse... vous seriez peut-être moins étonnée de mes paroles si vous daigniez jeter les yeux de mon côté...

LA COMTESSE. Comment!... (Elle le regarde et se met à rire.) Ah! mou Dieu!....

lia ! ha ! ha !

LE CHEVALIER, à part. Hein!... elle rit.

LA COMTESSE, riant. Mon pauvre Nicolas... Ha! lia! ha! Mais qui donc, qui donc, t’a allublé de la sorte ?

LE CHEVALIER. AITublé ?... Il uic Semblait, madame , que je pourrais comme un antre porter cet babil et sans qu'on s'étonnât beaucoup de cette métamurpbose.

LA COMTESSE, riant. .Mé. .. ta .. morpho.se.

Et le langage... le langage aus.si ! c'est adorable!... .Mais va, crois-moi, mon ami, reste ce que tu étais, reprends ta veste, tes sabots; avec ça du moins tu ne sembleras pas gauche, embarrassé.

LE CHEVALIER. Gaiiclie... cmbarrassc !. . .

LA COMTESSE. Tu étais là-dedans comme ;

chez toi, tandis que sons ce costume....

LE CHEVALIER, (le cosUinie, belle dame , on a trouvé quelquefois que je le portais aussi bien qu’un autre, et personne n'a jamais pensé que le chevalier de Bcaiigency...

LA COMTESSE, Ail! le clicvalicr !. . . Bon!

bon !... J’y suis. .. je romprends tout !

LEtllEVALlER. Ail! euCu!,..

LA COMTESSE. C’est le chevalier...

LE CHEVALIER. Oui, madame...

LA COMTESSE. C’est mon coustp...

LE CHEVALIER. Oui, madame...

LA COMTESSE. Qui t'a appris ces hellu phrases, quand il deineuraii ici.

LE chevalier, rlait-il?

LA COMTESSE. C’esl lui qui t’a habitué à porter ce vêlement.

LE CHEVALIER. .Mais, madame...

LA COMTESSE. Mais il aurait dû te dire que le chapeau se lance graciemsemeiit sous le bras cl ne se jette pas eomme lu viens de le faire...

LE CHEVALIER. Eli! madame!...

LA COMTESSE, l! aurait dû l'apprendre que le jalrol se froi.sse légèrement du bout des doigts cl ne se déchire pas comme tu le fais en ce nmiucnt.

LE CHEVALIER. .Mais, au uuiu du ciel I madame...

LA COMTESSE. Allons, allons, ne le fâche pas, Nicolas... Monsieur le chevalier le corrigera bien vite de ces petits défauts, lui, si aimable et si brillant. .. il t’apprendra à plaire, à séduire... lui qui dédaigne la tendresse d’une parente, lui qui n’a pas craint, par un refus lionicux, de déchirer le cœur de son amie d'enfancc.

LE CHEVALiER , d part. Que dit-elle?

LA COMTESSE. Et en échange de ces bons conseils, tu lui en donneras un autre... lu lui diras de se montrer plus prudent et plus sage.... et quand il veut garder l'incugnito, de ne pas laisser scs jiapicrs et son nom dans la veste dont il se défait !

Elle le.<> lui montre.

LE CHEVALIER. Mcs papiers 1... mes tablettes! ait!... Je vois... je comprends...

'Vous saviez...

LA COMTESSE. Jc Savais, chevalier, votre amour pour Marjolaine...

EL CHEVALIER. Mon aiiiour!... Dites ma folie... car jc ne vous avais pas vue, vous, que je voulais fuir... car je ne vous connais.sais pas. vous, dont j’admire à présent l’esprit cl la grâce... vous, que je jure d'adorer toute ma vie....

Il toaibe à ses genoux.

LA COMTESSE. Allons donc, chevalier, il était écrit que vous y tomberiez deux fois aujourd’hui!

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