LÉVIATHAN
Les opinions communes ont une puissance que ie connais, que ie subis tout autant qu*un autre. Quand, dans une réunion d*honunes, se produit rEfiervescence, et quand lopinion commune se manifeste par discours, acdamations, ou chant, nul ne va chercher des preuves. Une telle affirmation est plus forte que toutes les preuves ; Témotion imitée, r^rcutée, multipliée porte en chacun la foi sauvage de ce Léviathan à mille têtes ; et nous voilà tous en disposition de nous faire tuer.
L*Etat Neurasthénique se venge bien alors ; cette pensée molle, sans jugement comme sans objet, et qui faisait rire, vit tout à coup de mille vies rassemblées. On s'étonne que le fematisme ait aussi bien porté en trophée les doctrines les plus puériles ou les moins vraisemblables. C*est que l'accord réel et senti en chacun fait preuve de n'importe quoi.^ Le Culte porte leDûni. De quoi partant, les Sociologues conduentr
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vidu, w S 'îTeHf'cet ac^rd même, ce retour à la vie commune, cette âme collective et une.
Ils ont raison. G)mme naturalistes de Léviathan aux mille têtes, ils ont raison. Ce redoutaUe animal, dès qu'il se reforme, nous tient tous. Non seulement il roule et piétine par sa force l'individu qui essaie de résister, mais il fait pis que contraindre ; il persuade. En celui qui répète avec fureur ce qu'il faut dire, qui pense avec fureur ce qu'il faut penser, qui psalmodie enfin selon le Concile, je ne sais plus distinguer entre le%( ^ bonheur surhumain d'être approuvé, et la peur d'être battu. Consi^[ dérons de près cet étrange état qui est celui du citoyen en toute Effer^ vescence. Assuré qu'il est qu'il cédera à la peur, il n'attend point cette échéance, et se jette dans l'enthousiasme. En cet état d'inspiration où toutes les parties de lui sont poussées par des motifs de tout niveau, il porte son opinion comme l'âne portait les reliques. Ce n'est pas le
moment dV contredire ; prenez garde ; vous aurez contre vous ensemble le lâche, le prudent, le naïf, le paresseux et le timide ; et to^t cela ensemble fait une espèce de troupe fort brutale. Brutale pourquoi? • Surtout par un secret remords, résultant de cette idée importune que vous réveillez, et qu*il ne veut réveiller à aucun prix : « Il se peut que ce que )e crie là soit parfaitement faux, et même absurde ; mais )e ne veux, )e ne puis, je n*ose en convenir ; j*en ai trop dit déjà, et trop fait ; il est trop tard. » Voilà pourquoi Léviathan écrase ceux qu*il n'entraîne pas ; et pour mon compte, devant cette force de Nature, semblable |au cyclone et au volcan, je cède et j*agis comme les autres. Il n*y a point le lK>nte si 1 on cède à la force.
Il y a honte pourtant, si Tesprit cède. Il y a cette partie pensante en chacun, qui, dès qu*on Tinterroge, revendique contre la force, contre le nombre, contre les supplices, contre les prisons. Celle-là veut être solitaire et libre, devant le volcan, et dans la foule même ; toujoiurs mesurant, p^ant, jugeant ; nullement jugée, sinon par quelque ^ige libre et solitaire aussi ; les uns et les autres sans armes. Et cette âévation en solitude ^t justement la seule diose humaine quePhomme salue» tant qu*il n*est pas ivre.