DU JUGEMENT
11 y a une intelligence qui est miroir seulement. Fidèle à retracer les circonstances de ce qui est. Parfaite pour enseigner et expliquer ; de nul effet pour Taction. Non qu'elle ne puisse annoncer, d après ]*état actuel, Tétat des choses qui suivra ; mais agir d*après cela ce n*est toujours que suivre. Ainsi le docteiu* en politique nous annonce la guerre ou la disette ; nous ne serons point surpris ; nous aurons nos provisions ou nos chaussures de marcne.
Mais, par l'exemple des provisions, on voit déjà en quoi l'intelligence miroir remet Thomme au^essous d'une bonne machine à prévoir ; car une telle machine ne change pas l'avenir par ses annbnces, au lieu que l'homme qui craint la disette et fait des provisions contribue pour sa part à semer l'alarme et aggrave la crise, comme on a vu.
Venez donc une bonne fois à apercevoir que la guerre est un fait humain, purement humain, dont toutes les causes sont des opinions. Et observons que l'opinion la plus danger eu$g^ jgjjist ji^ategagut çg Ue qui fait cràîré (ja^iriTïftï^^
puisse (ure poûfta(tft qu ém §olt jamaiis vraie ; car si beaucoup d hom-mes l'abandonnaient, elle cesserait d'être vraie. Considérez bien ce rapport singidier, que l'intelligence paresseuse ne veut jamais saisir. Voilà une opinion assurément nuisible, et qui peut-être se trouvera vraie, seulement parce que beaucoup d'hommes l'auront eue. C'est dire que, dans les choses humaines qui sont un tissu d'opinions, la vérité n'est pas constatée, mais faite. Ainsi il n'y a point seulement à connaître, mais à Juger, en prenant ce beau mot dans toute sa force.
Pour ou contre la guerre. Il s'agit de juger ; j'entends de décider au lieu d'attendre les preuves. Situation singulière ; si tu décides pour la guerre, les preuves abondent, et ta propre décision en ajoute encore une ; jusqu à l'effet, qui te rendra enfin glorieux comme un docteur
promet quelque chose de plus profond que la tolérance, toujours marquée de faiblesse. Ce que je veux retenir ici, c'est que la plus forte pensée n*est pas immédiatement pacifique, comme au reste les oppositions de doctrine le font assez voir. Et ici encore il faut dire que c est par la faiblesse que la guerre s'établit. Qui ne peut comprendre s*irrite. Et Thomme, dès qu'il s'instruit et dès qu'il construit en sa pensée, ne peut admettre l'homme. De là tant de hérissements et de timidités orgueilleuses. Essayons de comprendre que le haut de l'honune n'est pas moins dangereux pour la paix que le bas. Je crois même qu'en toute ambition, c'est la prétention d'esprit qui mène tout le reste à la bataille. Si les hommes n'avaient que des besoins, je les craindrais moins.
Voici donc, il me semble, un beau chemin pour les méditations d'un homme jeune et avide de penser. Gir c'est une grave méprise, et de grande conséquence si, par ces mouvements de guerre qui sont des moments inévitables, il se croyait rappelé à l'esclavage et aux mouvements animaux, jusqu'à leur abandonner la conduite et la solution de la guerre. Cet abandon de soi est en beaucoup et nous guette tous. Mais, tout au contraire, le mal de pensée ne se guérit que par la pensée. D'après cette vue donc, je prononcerais que c'est la pensée qui fait la guerre, par cette naïveté qui lui est propre qui fait que voulant l'Amitié Humaine, aussitôt elle la manque, et accuse d'autres causes que sa propre paresse et lâcheté. Au contraire, par victoire et foi, l'une portant l'autre, la pensée doit se reconnaître coupable ici, seule coupable, dès que, rencontrant de nouveau le moment du combat, elle n'ose point le surmonter et le dépasser par ses moyens propres. J'ai laissé quelque obscurité ici, je le crains ; mais je dis pourtant quelque chose oui, sous d'autres rapports, est assez clair pour chacun. Qui ne sait qu il faut du courage pour aimer, dès que l'on pense ?