MAUX HUMAINS
Le territorial regardait la Seine ; et reportant ses yeux k ce ciel r il dit : « Je vois bien oe que Nature nous annonce par ces signes peu d'eau autour des pieds ; un (il d'argent miroitant le long du pan un peu plus haut que la place de la Concorde ; un ou deux égoub crèveront ; des entonnoirs dans les pavés de bois et quelques pas avalés ; encore n'est-ce pas sûr, car ces années nous ont rendus ntéf tous, ou résignés, ce qui est presque la même chose. Ce sont de p malheurs, allez. Et quand ce seraient de grands malheurs, quar Seine i>asseraît un peu par-dessus les ponts, eh bien, on se range on se tasserait, en amitié, sans colère, sans souvenirs amers, sans de vengeance contre personne. "
Après avoir tiré sur sa pipe et craché militairement, il cond promenant ses yeux sur les tourbillons d'eau et sur les épaves. ■ marquez que cette planète ne nous a rien promis. Sur la pluie qui tomber en trois mois, rien n'a été réglé entre nous et elle. Et mèm regardant de plus près, je vois que cela n'aurait point de sens ; car < pluie et ce courant sont comme ils sont, et ne peuvent être autren On raconte d'un roi qu'il essayait de dire au flot : tu n'iras pas plus I mais ce décret n'était pas motivé convenablement. Si je savais, moi ne suis même pas caporal, si je savais ce qu'il est tombé de pli l'hectare, combien l'évaporation en' a repris, et si les masses pore de ta terre sont rassasiées d'eau, et la pente, et le débit de ce fl enchaîné, je pourrais dire k coup sûr à ce flot sournois : tu n'iras plus loin. Bref tout sera toujours en ordre dans ces choses. Faire , digue ou s'en aller. Travail, non Guerre. Et il s'agit de ne pas se tror li-dessus, car, voyez-vous, tout est Ut ».
I Un silence. La Seine bavardait comme au temps du Mamnw * L'autre Chose, dit-il, n'est point supportable du tout. Voir devan
la Haîne et la Fureur ; pire* les sentir en soî^-mêtne oomme une crue ; chercher les causes de cela ; n*en point trouver qui suffisent ; ne pou^ voir jamais inventer en aucun homme assez d'erreurs, de notions con^ fuses, d'infatuation et de vanité pour rendre compte, si l'on peut dire, de ce cataclysme humain ; voir tous les héros à la roue et tous les lâches levant le fouet ; sans aucune colline ni montagne où se retirer, où ce flot n'arrive point. Savoir que, quand on se serait sauvé dans la lune, on en reviendrait aussitôt, non point pour faire digue, mais poiu* être flot ; par des raisons flamboyuites qui mordent le coeur ; par une émula-' tion de souffrir, qui. rend impitoyable ; par im amour, par un fol espoir ; par un remords aussi, d'avoir approuvé trop légèrement tant de discours emphatiques ; et, il faut le dire, quoique ce soit le plus amer, par une pr<Honde paresse, un appétit de dormir, et, en dormant, d'être ouragan, avalanche, torrent ou flamme, sans pensée aucune, sans vouloir aucun. Gir, dites^moi qui nous a donné cette pensée, cette arme qui est la pensée, sans nous en expliquer l'usage ? »
Cet autre bavardage couvrait celui des flots. Et le regard noir de l'Homme ne voyait plus aucune chose.