‹ Mars;Chapitre 40 sur 99 · DE LA RHÉTORIQUE · texte numérisé non relu

DE LA RHÉTORIQUE

La Rhétoricjue « ijuêlquef otô pour fin et toujottf» pour eUet de cftlifiier les pAstiotis, k la manière Aéè& musique, par des suites de sons prévues, 6àns Surprises ni hésitations. Au contraire les choées inouïes» et qui n ont point de forme^ irritent par Tinsuccès et par les essais contrariés. U laut ôMiprendre d'après ces humbles .causes le silence des uns et loubli des autres concernant la guerre telle qu elle fut. Je n*évite pas touiours» lorsque j*en parle» l'informe cri de colère, auquel l'interlo" cuteur ne manque pas de répondre avec fureur aussi, mais toutefois mieult* parce ()u'il retombe & des développements mille fois faits«

Un de mes jeunes amis, qui connut Tinfanterie, arrive k dire que celui qui a poussé à la guerre sans la faire est un assassin. La colère se satis-^ fait comme elle peut ; mais ie crois aussi que l'expression entretient la colère, parce que l'on sait bien que l'on devrait trouver mieux. Car il est clair que le soldat n'est pas un assassin, ni le belliqueux civil non plus. Ce n'est pas le mot. L'esprit de guerre» chez l'un et chez l'autre, est quelque chose que l'on ne peut décrire en quelque^ mots ; ce sont des sentiments que l'on oublie parce qu'on ne sait pas les décrire ; il y entre de la peur et du courage, de l'abandon et de la résolution, de la pudeiu" et de la colère ; l'homme réagit, ^'incline, se redresse en cette tempête comme un navire fait de toutes ses voiles et de tous ses cor-* dages. Reconstruire la fuite, le glissement et le ressort, c'est un travail difficile, qu'il faut faire à loisir, souvent par touches, toujours en reprenant de lÀin. Travail de plume ; la parole n'y peut rien. Et si je pensais au lecteur» le courage me manquerait.

Remarquez que c'est déjà assez difficile d'expliquer ce qui est connu de tous et ordinaire. Mais enfin les discours communs sont comme une première donnée de la rhétorique ; j'invite alors le lecteur k suivre ses propres pensées ; je les lui fais reconnaître en de nouvelles liaisons et

combinaisons, td, dans ce redoutable sujet, 3 faut rompre d'abord, se sœarer d*abord, et revenir de loin» justement conune les soldats ont rait. Mais j*en rencontrais un, qui tenait sa fillette par la main, et qui disait : «^ Ils ne me connaissent plus ; c'est à un autre qu'ils padent, et il but que cet autre réponde. » Monastère. Ainsi mes pensées sont étrangires k mes amis ; je ne sens plus mes amis à mes côtés. G)ndition pénible, mais ou'il faut pourtant accepter si l'on veut vaincre le Recruteur. Car la Guerre a cette puissance qui lui est propre, qu'<m ne peut plus rien contre elle dès qu on voit oar expérience ce que c'est. Il faut donc la retenir quand elle n*est plus. Situation singulière ; car quel est celui qui s'étudie à faire revivre les maux ? Tous s'entendent pour dire que c*est le plus grand des maux; mais, s'ils savaient ce que c'est, je serais plus tranquille. Craindre ne donne aucune prise ; c'est' Juger oui donne prise.

Il y a donc deux guerres, celle qu'on fait et celle qu'on dit, et qui n*ont presque rien de conunun. II n'y a point de machiavélisme en cela ; la difficulté de dire ce qui est nouveau par de vieux discours suffit bien. Il y a un mot de praticien là'<lessus. G)mme on admirait, conune on s'étonnait, et comme on cherchait un arrangement de mots qui aidât à concevoir la Chose, il dit : <k Les soldats font leur métier » ; ce mot fut apparaître l'Art Militaire, et l'ajustement de ses petits moyens. Et le propre de cet art terrible est de négliger la pensée, soit dans le détail, soit dans l'ensemble. D'où cette paralysie active, dont le sou^ venir scandalise. Le guerrier a quelque chose à avouer ; mais il ne sait ce que c'est. Les lieux communs cependant vont leur train. Toute* fois un signe n'échappe à personne ; les discours sont faibles, et tendent au niveau le plus bas. Les gens d'esprit le sentent bien, et parlent d'autre chose.

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