‹ Mars;Chapitre 9 sur 99 · DE L'IRRÉSOLUTION · texte numérisé non relu

DE L'IRRÉSOLUTION

Les mouvements de Thomme vont par explosion, toujours au delà des causes extérieures. Il est fou d*expli(]|uer lés guerres par ces difficultés de chancellerie, qui ne manquent jamais. Il faut considérer cet animal si dangereux pour lui-mênie, et qui choisit communément un malheur certain plutôt que d'avoir à le craindre longtemps. Mais il est remarquable comme ces mouvements humains échappent au mora** liste, toujours dominé par l'idée puérile d'une petite machine à calculer. Les sentiments, cependant, décident de tout, et au premier rang l'impatience qui entre dans toutes nos affettions, d'amour, de haine, d'espoir ou de crainte, sans en excepter une seule.

Voici une scène que j'ai vue une fois, et qui fut sans doute ordinaire, en cette guerre où, comme dans toutes, les opinions qu'on ne dit pas furent le moteur principal. Plusieurs officiers d'artillerie assemblés, parmi lesquels un qui est le plus jeune. On lit une lettre officielle qui demande des volontaires pour l'aviation. Tous les regards vont au jeune, qui s'offire comme s'il n'attendait que l'occasion. C'est choisir la mort. Souvent on a demandé ainsi des volontaires, et toujours des mains se lèvent, malgré la crainte, mais je dirais plutôt à cause de la crainte.

Descartes, moraliste troppeu lu, disait que l'irrésolution est le plus grand des maux humains. Toutes les souffrances des passions, d'apparence impalpable, viennent sans doute de là ; mais on n'y fait point attention. L homme d'esprit est continuellement occupé à justifier ses propres actes selon les raisonnements des sots. Quand l'idée vient à Vesprit d'une décision à prendre, redoutable et redoutée, les raisons aussitôt répondent aux raisons, et l'imagination travaille dans le corps, en mouvements contrariés qui font un beau tumulte ; cet état d'effervescence enchaînée est proprement la souffrance morale. Un mal bien

certain nous délivre auisitôl, en proposant clea actions réelles ; ou, pour dire autrement, le fait accompli a cela de bon qu*il eat un appui soude ; on en peut partir ; au lieu que les décisions intérieures ont cela de renuuT'quable qu elles échappent, dès que Ton compte sur elles. De là un besoin de s'engager irrévocablement. C'est pourquoi, dans le moment même où la délibération est sans remède, la main se lève ; non pas malgré Tirré" solution, mais à cause de l'irrésolution. Remarquez que le refus ne décide rien, parce qu'on sait bien que la même question sera posée dix (ois ; et H vieille politique mUilaH'e fait toujours cordialement entendre, selon ses pratiques connues, que Ton finira par forcer ceux qui ne veulent point consentir. Cette attente, sûre d elle-même, est trop forte contre un cœur jeune.

Il se peut que ce mouvement décidé soit proprement viril* Balzac dit, en BédriXf que les femmes supportent oueux I irrésolution et l'attaite ; dont la raison est sans doute dans la structure physii^ue, moins musclée» moins violente en ses réactions sur elleHooême, } oserais dire mcâae thoracique. Du moins )e suis bien sûr que le maie de l'espèce, surtout jeune,, est bâti comme je dis, et prompt à choisir wa malheur* Mettes*» en cent mille ensemble, et vous en verrez sortir le fait humain âccompti^ par quoi sont terminées toujours les délibérationa des vieillards. De quoi les vieillards triomphent; mais cette duiJicité des politiques doit être jugée. Il y a des questions qu'il ne faut point poser à un homme de vingt ans.

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