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cette belle industrie, le droit de sepl francs par douzaine que les produits similaires arrivés du Levanl payaient, au sortirdes barrières, était, d'après une règle pratiquée de tom les temps, réduit de sept sols pour les maroquins fabriqués à Marseille,
Nous admettons volontiers cependant que les notions sur la maroquinerie du Levant, rapportées en France par Granger, chirurgien de la marine royale, donnèrent une vive impulsion à notre fabrication nationale. Ce qui le prouve, c'est que la note sur ce sujet intéressant, adressée à l'Académie en 1735 par Granger, a été repror duite avec détail par Lalande dans Y Encyclopédie.
Soixante-cinq ans plus tard, M Félix de Beaujour, dans son tableau du commerce de la Grèce, a décrit avec un soin minutieux la manière dont le maroquin se préparait en Turquie au commencement de ce siècle ; et l'industrie provençale a su mettre à profit quelques-unes des indications que ce Mécène de notre littérature commerciale a données, notamment sur Valunage et le confit de chien et de son.
A part ces deux objets, l'ensemble de la maro-
quinerie n'a que 1res peu varié. On est parvenu cependanl à en simplifier plusieurs détails et à en perfectionner quelques points défectueux.
Connue c'est sur ces améliorations que repose en partie la prospérité de la manufacture marseillaise, les divulguer serait nuire à nos fabricants, et servir les intérêts de l'industrie étrangère. En décrivant à grands traits les procédés de fabrication en usage aujourd'hui, nous indiquerons toutefois quelques unes de ces améliorations, ne laissant en réserve que celles qui touchent de trop près à la cause essentielle du succès de nos fabriques, celles surtout qui résultent de l'emploi récent des couleurs dérivées de la houille.
Nos maroquiniers font revenir les peaux sèches sur lesquelles leur industrie s'exerce, en les tenant plongées de deux à quatre jours dans de l'eau fournie par une opération précédente ; ils les écharnent, les épilent à la chaux et les dégorgent, en les faisant digérer vingt-quatre heures au moins dans un bain de son aigri. Entre chacune des premières opérations ou foulait fortement autrefois les peaux dans des baquets à l'aide de pilons en bois. De nos jours, ce pilon-
nagea été remplacé par une violente agitation effectuée dans un tonneau rempli d'eau, donl la surface intérieure esl garnie de chevilles en bois à tête arrondie, et que l'on fait tourner avec rapidité sur un axe horizontal. Dans le jeu de chaque outil, dans les moindres raffinements de la main-d'œuvre, on reconnaît ainsi les élapes par où le génie humain a dû passer, pour soulager et suppléer les forces de l'ouvrier dans un travail constamment plus fructueux.
La couleur rouge est la seule qui s'applique avant le tannage, parce qu'elle s'incorpore trèsdifficilement. Les peaux destinées à recevoir cette teinture, qui met en relief les moindres défauts, sont choisies avec le plus grand soin, sans aucune espèce de tâches, et bien dépouillées de l'excès de chaux.
Les maroquins d'autre couleur sont tannés avant de passer à la teinture ; jadis ils l'étaient indifféremment au sumac, à la noix de galle et à la flotte. Aujourd'hui le sumac est préféré, parce qu'il contient plus de tannin et moins de matière colorante fauve, avantage inappréciable lorsqu'on applique des couleurs délicates.
Le dernier travail que subissent les peaux
après la teinture consiste dans le corroyage. Il serl à en l'aire ressortir le lustre età leur rendre leur souplesse première, Celle opération se pratique de diverses manières, suivanl l'emploi auquel les peaux sont destinées. Ainsi pour le portefeuille et la gainerie, on les amincit le plus possible du côté de la chair, on les mouille légèrement, puis on les étend sur une table avec une étire, espèce de plaque en cuivre, afin qu'elles restent bien plates, On les sèche, on les humecte de nouveau , puis on les passe trois ou quatre fois au cylindre, dans tous les sens, pour donner les croisés du grain.
La basane vient immédiatement après le maroquin, dans l'ordre d'importance de la fabrication marseillaise. Faite avec la peau de mouton, de brebis ou de bélier, la basane diffère du mouton tanné au sumac, en ce qu'on la tanne avec la poudre de l'écorce de chêne. Teinte, puis amincie sous le couteau du corroyeur, glacée et apprêtée comme le maroquin, dorée, marbrée ou estampée, elle sert à faire des gaines et des garnitures de chapeaux, des dessus de chaises, de tables, de banquettes et de fauteuils. On l'emploie surtout comme couverture
de livres, à la différence àes peaux de mouton passées en /m'ijir, donl on se sert généralement pour couvrir les registres.. Plus forte et moins façonnée, la basane est employée par les selliers, bourreliers, coûretiers, souffletiers, ot convient surtout aux tabliers de forgerons.
On distingue cinq sortes de basanes : 1° Les basanes tannées ou de couche, qui sont tannées «le même que les peaux de vœu ; elles servent le plus souvent à faire des tapisseries de cuir doré ; 2° Les basanes chipées, qu'on obtient en faisant macérer les peaux dans une dissolution de tan qui porte le nom cYauvergne ; seulement, au lieu d'étendre les peaux dans la fosse, on les coud, on les remplit de tan et d'eau, et on les met dans des fosses pleines de jusée : C'est ce qu'on appelle le chipage ou travail à la chipée ; 3° Les basanes coudrées, que l'on ne l'ait que rougir dans l'eau chaude avec le tan, après qu'elles ont été pelées par le moyen de la chaux ; 4° Les basanes passées en mesquis, dans l'apprêt desquelles les tanneurs ont remplacé le tan par le redou ; 5" Enfin les basanes aludes, ainsi nommées parce que l'eau d'alun est principalement employée dans les apprêts qu'elles
reçoivent. C'est de cette espèce de basane qu'on se sc'i'i pour les couvertures de livres et de portefeuilles.
Toutes les peaux dont nous avons parlé jusqu'ici sont soumises au tannage avant d'être livrées à la fabrication ; mais les branches de la mégisserie et de la chamoiserie ne font pas usage de ces peaux tannées.
Pour ébourrer les peaux d'agneaux et fie chevreaux qu'il emploie, le mégissier les enduit soit de sulfure de calcium, soit de chaux et de sulfure d'arsenic (orpiment). 11 les passe ensuite en blanc, c'est-à-dire les fait tremper dans une pâte de farine, mêlée de sel et d'alun, et délayée dans de l'eau : préparation qui les rend souples et moelleuses. Le mégissier prépare aussi des peaux qui doivent conserver leurs poils, telles que les housses, les fourrures, etc. Celles de ces peaux qui sont travaillées à Marseille d'une manière à peu près ininterrompue sont les grandes peaux de Provence connues sous le nom de peauos d'Arles, et qui, dans la gradation de beauté des peaux, viennent immédiatement après les peaux de Turin et les peaux de Béarn ou d'Espagne. Les
peaux d'Arles soi il d'un excellent usage en pelleterie. On en distingue de (mis qualités, sous la dénomination d'agneaux forts, à raison de la longueur, de la forer e1 de l'abondance de la laine; à? agneaux c/v/aix, dont la laine esl serrée et frisée, et de peaux ordinaires, qui constituer la qualité moindre,
Le travail de la mégisserie, qui jusque vers 1840, exigeait une dizaine d'opérations successives et ne durait pas moins de deux ou trois mois, a été singulièrement simplifié depuis cette époque : Réduites à trois ou quatre, ces opérations ne demandent aujourd'hui jamais plus de trois semaines.
Le 1er décembre 1880, Marseille comptait 2Q maîtres-corroyeurs et maroquiniers, 3 mégissiers et un ebamoiseur, occupant ensemble 426 ouvriers, dont le salaire varie de quatre à cinq francs par jour.
Les principales maisons en ce genre sont, pour la mégisserie, Frédéric Eyraud, et pour la corroyerie et la maroquinerie , Allard et Astruc, dont les produits ont été fort remarqués à la dernière exposition, enfin Gheysson et Broquier et plusieurs autres dont le nom
m'échappe, -et qui mériteraient de même une mention.
En donnant la statistique dos petites peaux vers la fin du XVIII0 siècle, nous avons dit que la tannerie marseillaise travaillait principalement aujourd'hui la peau de chèvre et de mouton. Cette fabrication a pris, en effet, depuis un quart de siècle, un développement considérable sur notre place. Quelques chiffres en fournissent la preuve: La plus importante de nos fabriques, celle de M. E. Jullien, qui, de 12 ouvriers qu'elle avait à l'origine, en employait 40 environ dans l'année 1846, en occupe aujourd'hui près d'un millier. Sa croissance s'est faite ainsi presque d'un seul jet. Cinq millions de kilogrammes d'écorces de chêne vert suffisent à peine à sa consommation annuelle ; et sa production normale est de 5 à 6,000 douzaines de peaux par semaine. Une ruche n'a pas plus d'activité et une activité plus féconde. De tels exemples ne sont pas communs ; et quand on les rencontre on ne saurait trop les signaler. On peut voir ainsi comment se
créeni dans L'industrie de grandes positions, sans éléments d'emprunt, etpar l'intelligence el l'activité soutenue d'un seul homme.
La principale usine de M. E. Jullien, située au boulevard National, el qui n'a peut-être pas sa pareille en Europe, se développe en plusieurs corps de bâtiments, sur une superficie de 14,000 mètres environ. G moulins à écorceet à sumac, 7 laveuses à bourre, plusieurs pompes et 150 coud reuses y sont mis en mouvement par six machin.-s à feu développant une force de 750 chevaux vapeur. 1 . 800 cuves au moins sont disposées dans de vastes constructions à proximité des ateliers, et qui sont chauffées artificiellement, dans les mois d'hiver, par un tuyau d'échappement de vapeur qui les parcourt dans toute leur étendue, et de là pénètre avec uniformité dans les séchoirs. Cette importante amélioration, dont M. E. Jullien peut s'attribuer le mérite, offre le double avantage de prémunir, contre les rigueurs d'une basse température, les ouvriers que leurs fonctions obligent à tenir presque toujours leurs mains ou leurs bras plongés dans l'eau, et aussi de permettre au tannin, dont l'excès de froid contrarie la disso-
lution, d'abandonner toute sa riehesseaux peaux sur lesquelles on l'applique. Ajoutons que toul instrument nouveau, dont l'emploi est bien vérifié, trouve place à l'instant dans cette usine intelligente, qui ne recule ni devant lesessais ni devant la dépense. Telle est la loi de la grande industrie •. rien n'est fait pour elle tant qu'il reste quelque chose à faire ; toujom*s en quête, toujours en éveil, elle porte en elle-même les conditions de son mouvement et le germe de ses progrès.
Personne n'ignore que la cherté du charbon fossile à Marseille aggrave singulièrement les charges de notre industrie. Heureusement nos principaux tanneurs, M. Jullien à leur tête, ont su trouver une combinaison ingénieuse pour amoindrir la dépense du combustible et tirer en même temps un parti utile d'un résidu dépourvu naguère de toute valeur marchande : Ils ont fait emploi de la tannée pour desservir les appareils à feu et chauffer les chaudières. A cet effet, on soumet préalablement ce combustible d'un nouveau genre à l'action d'un pressoir puissant, ou de presses hydrauliques mues par la vapeur. qui, le débarrassant de son excès d'humidité, le
rendent suffisamment propre à suppléer la houille et le lignite. Quand on sait qu'une quantité de l.ooi) à 1.200 k. de tannée sèche, résultant de la pression de 3.000 k. de tannée humide, possède une puissance de calorification équivalente à celle de 270 à 300 k. de combustible normal, on est à même d'apprécier l'importance économique qu'a prise cette innovation, qui laissera une date dans les annales de la tannerie marseillaise. Que de découvertes tout aussi fécondes attendent que l'esprit d'invention de l'homme les fasse éclore ! La force de la vapeur elle-même, telle qu'elle s'exerce dans les meilleurs appareils, est-il raisonnable de penser qu'elle se dissipera toujours comme elle le fait : Un quart d'effet perdu. Trois quarts d'effet utile, est-ce donc là le dernier mot du génie humain ? Ohligée par l'ardeur des rivalités étrangères à faire de continuelles évolutions sur elle-même, pour assurer et accroître son empire au dehors, l'industrie des petites peaux a contribué de la manière la plus heureuse à l'extension du mouvement commercial de notre place, qui, par suite, est devenue le grand foyer de la fabrication des peaux de chèvre et de mouton.
Avanl d'aller plus loin, il importe de montrer quel a été le mouvement de la production des peaux dans ces dernières années, et quel en est l'état actuel.
Des 26 tanneries que Marseille compte en 1880, quatre tannent exclusivement le gros cuir, et comme nous l'avons déjà vu, produisent annuellement 4.000 cuirs tannés et n'occupent ensemble que 18 ouvriers; 2 autres, avec 30 ouvriers, ne se livrent qu'au tannage des peaux de mouton ; les 20 qui restent ne travaillent que la peau de chèvre.
Le salaire des ouvriers tanneurs est de 4 à 5 fr. par jour ; celui des femmes de 1 .50 à 2 fr.
On est toujours mal venu à tirer des horoscopes : mais il y a lieu de croire qu'avant longtemps cette question des salaires, qui tient en éveil l'émotion publique, entrera pour une plus grande part qu'autrefois dans les comptes respectifs et les moyens de défense des industries. Il est bon de s'y tenir préparé.
Les arrivages de peaux de moutons et d'agneaux en laine surge de la Plata ont été, pendant l'année 1879, de 1.678 balles, dont 1 .670 de provenance directe et 8 des entrepôts
d'Europe. Ce chiffre est inférieur de 2. 721 balles à celui de l'année précédente.
La quantité de es peaux tannées au sumac a été de 11 à 45.000 douzaines, qui s- divisent ainsi qu'il su il :
Marseille, 2 lanneries, (outillées à la vapeur), M ouvriers. . . . 33,000 douzaines .li\, 3 » (système ancien) il) i 1 2,000
Totaux. . j tanneries. 70 ouvriers. (5,000 douzaines
Les peaux d'agneaux en poil du pays, qui se traitaient encore en 1877. au prix de 35 à 36 fr. la douzaine, sont tombées au prix de 27 à 28 francs; celles de l'Algérie se sont vendues de 18 à 20 fr., au lieu de 25 à 26.
Les causes de cette baisse sont : la vogue qui s'attache aux gants de filoselle, l'abstention de l'Amérique et surtout l'emploi pour la ganterie de la peau de chamois préférablement à la peau d'agneau.
Bien qu'il se vende aux enchères, à Londres, toutes les cinq semaines, jusqu'à quinze cent mille peaux de chèvres tannées dans les Indes, nous avons vu que les arrivages de l'année der-
nière à Marseille ont été plus nombreux que ceux des deux années précédentes. Jl en est résulté naturellement une augmentation de 30 . 659 douzaines sur la quantité tannée dans l'exerice précédent.
Ces peaux de chèvres tannées se sont vendues en moyenne :
Choix de Lyon. F. G » à 9 » j
« de Paris. ... 4 50 à 6 25 l le kilog. 2e choix 3 » à 4 25 )
La récolte des écorces de chêne vert a été des plus abondantes en 1879. Elle s'est écoulée au prix de 10 à 15 fr. les 100 kilog., prix inférieur à celui de 1878. On en a employé 10.702.776 kil. pour le tannage des peaux de chèvre, chiffre supérieur de 735.816 kil. à celui de l'année précédente. Depuis quelques années, le prix du sumac oscille entre 24 et 26 francs ; et celui de l'huile de morue entre 45 et 50 fr. les cinquante kilogrammes. Voici quelles sont les conditions de vente à Marseille : Les peaux de chèvres se vendent à la douzaine , à la consommation, avec escompte de 3 °/0.
Celles de mouton se vendent aux 100 kil., à
la consommation ; escompte :î p. "/,,. La tare est de 1/2 kilogramme par balles pour liens.
Les peaux île La Plata se vendent aux 100 kil ; à la consommation, sans tare, escompte 1/2 p. "/„, Courtage : 1/2 p. " „ pavé par le vendeur ; 1/2 payé par l'acheteur. Mode do paiement : comptant.
Conditions de Marseille en vente publique :
Courtage : 1/2 p. °/0 payé par l'acheteur. Annonces, impressions, foimiations des lots el enregistrement à la charge du vendeur, sans escompte ni tares.
Outre les frais ci-dessus, communs à ton les les peaux, celles de La Plata supportent encore les frais suivants :
Portefaix et surveillance, au débarquement : 0f,50 par balle; à la livraison : 0',50 par balle.
A la livraison : sortie du magasin et pesage, 2 francs par tonne à la charge de l'acheteur.
Quant aux cuirs, voici les conditions de Marseille : Les cuirs tannes se vendent au kilogramme à la consommation ; escompte : 2 p. °/0. Les cuirs en poils salés et les non salés se vendent aux 50 kil. à la consommation. Escompte 3 p. °/0.
Courtage: I 2 payé par le vendeur , 1/2 payé par l'acheteur.
Escompte.1 : '2 p. °/0 puni- les cuirs tannés, '3 p. "j„ pour 1rs cuirs eu poil.
Délai de livraison : :î jours de rigueur, à moins de conventions particulières.
Les conditions de Marseille en vente publique sont : courtage, 1/2 à la charge du l'acheteur; tous les autres frais d'enchères à la charge du vendeur.
Ce qui me reste à dire, c'est la belle figure que les tanneurs de Marseille ont faite à l'Exposition universelle de 1878, où jamais les forces productives de l'humanité n'avaient été groupées dans un si bel ensemble, ni mises en parallèle avec un art si savant : M. E. Jullien a reçu, dans cette solennité du travail, la croix de la Légion d'honneur et une médaille d'or, belles récompenses auxquelles l'opinion publique s'est vivement associée (1). Vanité nationale
(1) Voici l'ordre et la date des récompenses que M. Jullien a obtenues précédemment, dans sa belle carrière industrielle : '
Médaille de vermeil, deci mée en IRf.l, pu 1 - s... i. h- .!.< Sl.ifisti-|iie Je Mm-eill*- ;
d'or 1861, Exposition de Marseille j
Diph! Il ncur \S~r2, » de Lyon ;
» hors concours 1873, o »
Médaille d'or 18C.7, Exposition Universelle .le Paris.
Ajoutons que M. E. Jullien, digne émule de ces tanneurs
à part, on peut dire que les petites peaux sorties des usines de M. E. Jullien sont les premières du monde.
Marchent immédiatement après lui, MM.
Autran frères, qui ont également une réputation acquise et un travail depuis longtemps assuré. Récompensés, en 1869, d'une médaille d'argent à l'exposition d'Altona (Danemark), et de deux médailles d'or aux expositions de Lyon en 1872 et 1873, ces honorables fabricants ont vu leurs succès confirmés à l'Exposition de 1878 par une médaille d'argent.
Leur outillage perfectionné comprend une machine de 20 chevaux qui met en mouvement toute l'usine et deux moulins à broyer le tan. La consommation qu'ils font de cette substance s'élève annuellement à un million de kilogrammes Ce n'est pas à ce chiffre qu'ils se borneront avant longtemps.
M. Agnel fils aîné, qui exposait pour la pre-
marseillais du Moyen-Age. qui jetèrent tant d'éclat sur noire cité, a été, de 1865 à 1870, membre du Conseil municipal et adjoint au Maire de Marseille. Il est depuis do longues années administrateur de la caisse d'épargne et actuellement membre de la Chambre de Commerce.
inière fois, a obtenu une médaille de bronze. C'est un début qui promet.
La conclusion à tirer de cette répartition de récompenses, c'est que, sans beaucoup de bruit, uos grandes fabriques, qu'on a vu se prêter à tous les perfectionnements mécaniques dont la concurrence extérieure a fait désonnais une loi pour la plupart des industries, sortent de la ligne d'une exploitation ordinaire, et donnent à la tannerie de notre ville un caractère particulier.
Il est à regretter que la cordonnerie marseillaise n"ait pas fait figurer à cette exposition quelques échantillons de ces chaussures où elle excelle, et qui sont sans égales pour la solidité.
L'épreuve des traités de commerce conclus en 1860, qui substituèrent, pour le produit étranger, le régime du droit réduit à la prohibition absolue, trouva notre tannerie bien préparée. Il y avait là une cause naturelle d'émotions et. un champ ouvert aux incertitudes. Tout ne se bornait pas, pour les hommes prévoyants, à la question de savoir si au fond nous étions à même de soutenir le choc de ces rudes voisins à
qui nous ouvrions nos portes d'une manière si délibérée. Un autre souci devait s'y mêler. A
l'étal réel des forces engagées et aux chances qui en naissaient, s'ajoutaient, comme menace, les surprises et les caprices de l'opinion. Le passé là-dessus n'étail pas rassurant. Ces préférences de la première heure avaient contribué pour une bonne part aux préjudices que le traité de 1786, signé par M. de Vergennes et lord Eden, avait causés à notre industrie. Desengouements pour les produits anglais naquirent à cette époque on ne sait pourquoi, et acquirent d'autant plus de violence qu'ils avaient moins de raison d'être. On devait craindre que dans des circonstances identiques la même faute se renouvelât. C'est effectivement ce que notre tannerie vit se produire : Alléchés par ce fruit longtemps défendu et désormais mis à leur portée, les acheteurs suspendirent leurs commandes aux fabriques marseillaises, dans l'espoir surtout de traiter bientôt plus fruetueusementavecl'Angleterre, devant laquelle il semblait que nous n'avions plus qu'à désarmer. Le mal eût pu devenir très grand, jeter un trouble profond sur notre place, en nous faisant perdre le
— lli'.l —
riche Ira lie de ces petites peaux, qui sont devenues pour Marseille un des principaux tributs dugrand mouvement maritime et commercial qui s'esl produit ; donner enfin à l'accident une telle importance qu'au boul de très peu de temps nos usines eussent dû se fermer. Dieu merci, cette catastrophe nous fut épargnée. Les prix des peaux anglaises baissèrent dans les proportions qu'on avait prévues, niais leur qualité ne pouvait, de l'aveu de tous, être mise en parallèle avec celle de nos produits. Ce qui leur manquait alors comme aujourd'hui, c'est un je ne sais quoi plus aisé à sentir qu'à définir ; c'est si l'on veut, la manière, la perfection de l'apprêt, que favorisent peut-être chez nous un ciel plus pur et moins chargé de vapeurs, des ateliers moins tristes et mieux pourvus de lumière. Que serait-ce, grand Dieu, si, à côté de tant d'éléments de force, l'Angleterre ne présentait aucun défaut à sa cuirasse ! Avec son sol, où la houille et les minerais se touchent dans les plus beaux gites du monde ; ses peaux indiennes, d'un prix si réduit et affranchies de tout droit ; ses inépuisables ressources ; son activité prodigieuse ; son ardeur à se frayer des voies dans
les contrées que la civilisation n'a point visitées ou n'a qu'incomplètemeni assujetties ; cette soif enfin de domination qui inspire tous ses actes, el lui a valu une partie de sa grandeur, elle aurail ravi bientôt à la France, à Marseille, ce beau fleuron des peaux ouvrées, le seul peut-être de notre couronne industrielle qui soit à l'abri de ses atteintes.
Cette fois du moins, le marché de nos petites peaux fut bien défendu ; et il est resté dans nos mains non comme faveur, mais comme prix de la lutte. Effectivement, lorsque de proche en proche, ses produits purent être mis en comparaison avec ceux de l'Angleterre, c'est à Marseille que revint d'un consentement unanime, la palme de la fabrication des petites peaux. Au fond l'épreuve a été concluante : si l'acheteur surpaie les peaux ouvrées dans notre ville, c'est qu'il retrouve au moins à l'emploi l'équivalent du sacrifiée qu'il a fait. C'est que rien ne les supplée dans la fabrication, c'est qu'elles sont plus fermes, plus fortes et plus fines à la fois que les peaux étrangères. 11 n'y a donc pas lieu d'être étonné que notre tannerie ait vu revenir bientôt vers elle, avec de
nouvelles recrues, tous ses anciens clients, peu disposés à abandonner ses drapeaux une seconde lois. Jamais plus vigoureuses représailles ne furent prises.
A notre sens, aucun signe de force ne vaut celui-là.