Rations de bouche à 21 sols, coût. 4.259 1. 17 s
1.107 Rations de fourrages à 2 1. 5 s., coût , . 2.490 1. 15 s.
Totaux 6.750 1. 12
Nous, Maire et officiers municipaux de celte commune d'Orgon, certifions véritable la fourniture faite à la seconde colonne marseillaise, montant, d'après le tableau ci-dessus, à la quantité de 4.057 rations d'infanterie et d'artillerie, et de celle de 1.707 rations de fourrages, ainsi qu'il est expliqué dans le dit tableau ; lesquelles rations de vivres à raison de 21 sols produisent la somme, pour deux jours, de quatre mille deux cent cinquante- neuf livres dix-sept sols; et celles de fourrages tant d'infanterie que d'artillerie, à raison de deux livres cinq sols chaque, produisent la somme de deux mille quatre cent quatre-vingt-dix livres quinze sols, lesquelles deux sommes forment un total de six mille cent cinquante livres douze sols.
A Orgon le 22 janvier 1793, l'an 2« de la République.
Dauphin, Berne, Dauphin. Bonnaud.
Vu par nous, administrateurs en permanence du district de Tarascon, département des Bouches-du-Rhône.
A Tarascon, le i" février 1793 et l'an II.
Peyre. Giraudon.
Adresse de la Municipalité de Marseille à l'Assemblée nationale au sujet des imputations calomnieuses du pouvoir exécutif à son égard.
Marseille, le 17 avril 1792.
Législateurs,
Nous espérions que le changement de ministère apporterait un dédommagement aux calomnieuses imputations avec le.squelles les agents du pouvoir exécutif n'ont cessé, jusqu'ici, d'éprouver la patience de la municipalité de Marseille.
Nous ne pensons pas que nos espérances aient été vaines et notre zèle pour la Constitution ne sera, sans doute, plus un crime aux yeux des ministres; mais nous sommes forcés de voir, dans le début des fonctions de M. Roland, chargé du département de l'Intérieur, et par intérim de celui de la Justice, quelques injustices à notre égard.
Les ministres obtiendront constamment de nous l'obéissance que nous devons au pouvoir dont ils sont revêtus par la Constitution ; mais aucun d'eux ne doit confondre ces pouvoirs légitimes avec un pouvoir arbitraire. Il est temps que la commune de Marseille trouve dans la Constitution qu'elle adore et qu'elle défend une protection spéciale contre tous ceux qui entreprendraient de la calomnier.
Le sieur Cahier, ci-devant chargé du département de Tintérieur,. écrivit à MM. les administrateurs du département des Bouches-du- Rhône une lettre injurieuse pour la municipalité de Marseille ; il s'agissait, dans cette lettre de rappeler le corps municipal de cette ville au respect des lois qu'il disait avoir été; par lui, violées, en se rendant complice d'un prétendu attentat commis contre la liberté d'un citoyen, le sieur Picard, d'Avignon.
La municipalité adressa au sieur Cahier la copie d'une lettre qu'elle avait écrite, à ce sujet, au département, non pour justifier sa conduite auprès du ministre, mais pour l'instruire indirectement qu'il avait lui-même transgressé ses pouvoirs. La municipalité disait au sieur Cahier :
« ... Il ne vous restera, Monsieur, aucun motif pour nous refuser votre estime, parce qu'on force l'estime toutes les fois qu'on se conduit bien. Mais il nous reste, à nous, une demande à vous faire au nom de la loi : c'est de nous décliner le nom des personnes qui vous ont donné contre nous des informations calomnieuses ; la Constitution nous donne le droit de vous le demander et vous prescrit. Monsieur, le devoir d'y répondre... »
Le silence du sieur Cahier prouve assez qu'il était lui-même un calomniateur.
Le département des Bouches-du-Rhône reçut dernièrement du sieur Cahier une lettre posthume de son ministère ; cette lettre est encore injurieuse pour la municipalité de Marseille.
Le sieur Cahier l'accuse d'avoir arbitrairement arrêté le cours des courriers au bureau de la poste aux lettres, et d'avoir ainsi porté atteinte à la loi du 20 juillet 1791 concernant le secret et l'inviolabilité des lettres qui défend aux corps administratifs d'ordonner aucun changement dans le service des postes.
La tranquillité publique, |le premier de tous les biens, a exigé, quelquefois, des expéditions d'une importance majeure, et dans ces circonstances, nous n'avons point donné d'ordres à la directrice des postes pour qu'elle eût à arrêter le cours de son service pendant plusieurs heures. Nous nous sommes bornés à la prier d'attendre quelques instants, et c'est avec précipitation que nous avons alors forcé le travail de nos bureaux. Les courriers n'ont jamais été retardés de plus d'une demi-heure et toutes les fois que nous avons prévu un plus long retard nous avons laissé partir les courriers et nous avons envoyé un exprès à Aix. Est-ce là violer la loi ? Faut-il qu'un ministre, sans s'informer des faits, s'en rapporte aux plaintes astucieuses d'une directrice de la secte antiqui regiminis f
A peine cet ex-ministre a-t-il été remplacé, à peine avons-nous cru être exempts des vexations ministérielles, que M. Roland, nommé au département de l'Intérieur, et par intérim à celui de la Justice, parait vouloir les renouveler.
Quand donc est-ce que nous verrons dans les différentes parties de l'administration des hommes tels que la confiance publique ne doive
MARSEILLE RÉVOLLTIO.NNArRE 40T
jamais les abandonner ? La nature eu produit rarement, et il n'est que trop VTM qu'elle produit des traîtres par milliers comme les insectes venimeux dans la fermentation. La liberté, il est vrai, les écrase toutes les fois qu'elle se sent piquée, mais il lui faut du temps. Plus les ministres seront reconnus patriotes, plus les traîtres s'empres.seront de les entourer. C'est aux agents du pouvoir exécutif, premiers mobiles de la Constitution, à se tenir en garde contre ceux qui cherchent à surprendre leur religion. Sans doute a-t-on surpris celle de M. Roland contre nous ?
M. Roland commence par écrire au commissaire du roi auprès du tribunal du district de Marseille et le charge de faire les plus scrupuleuses perquisitions sur une prétendue violence des « factieux » de Marseille, contre la personne du sieur Lamanon, marin de la ville d'Arles ; et ces factieux, suivant l'expression du ministre, sont une populace etïrénèe, dirigée par des émigrés d'Arles connus sous le nom de patriotes « monnaidiers ».
Il n'est que trop vrai, législateurs, qu'il existe des factieux, à Marseille, et qu'ils sont dirigés par des intrigants secrets ; mais il est facile de comprendre que ce sont les anciens ministres qui ont été jusqu'ici leur boussole, et que si leur marche coupable a été détournée, nous le devons au bon peuple dont nous sommes les représentants, peuple fidèle à la Constitution, prêt à mourir pour elle et qualifié par M . Roland de populace effronèe.
Le nommé Lamanon, dont il s'agit, excita l'inquiétude des Marseillais par un pavillon blanc qui ornait un mât de son bâtiment et qu'il dit être une girouette. Le bruit avait couru dans Marseille que les Artésiens rebelles avaient fait le pari d'entrer dans le port avec le pavillon blanc, le signe de notre ancien esclavage. En fallait-il davantage, législateurs, pour occasionner un rassemblement ? Pourriez-vous le désapprouver ■? La gcirde nationale conduisit le marin Lamanon devant le Tribunal de police municipale. Ce Tribunal déclara qu'il n'était point compétent dans cette alïaire. Le juge de paix de l'arrondissement informa. Le résultat de ses perquisitions fut qu'il n'y avait pas lieu à accusation contre Lamanon ; blâma seulement son imprudence, et ce marin fut relâché et protégé.
M. Roland n'aurait-il pas dû demander à la municipalité les ren- >eignements qui intéressent son honneur parce qu'ils tiennent à celui du peuple qu'elle représente ? N'est-ce pas témoigner une méfiance déshonorante pour elle que de charger le commissaire du roi de faire des perquisitions scrupuleuses pour un délit supposé ? N'est-ce pas vouloir trouver des torts dans les mouvements salutaires d'un peuple qui n'a que trop de sujets de se plaindre de tout ce qui l'entoure ? Et c'est au moment où l'Assemblée nationale décrète qu'Arles est une ville rebelle, que M. Roland caractérise son civisme par des inculpations contre les Marseillais qui viennent de la soumettre et d'assurer le triomphe de la loi menacée dans les départements du Midi !
M. Roland ne s'est point borné à cela. Il vient encore d'écrire à
MM. les administrateurs du département qu'une lettre du ministre de la. Guerre lui donne connaissance des plaintes formées par les ofliciers artilleurs des troupes de ligne, à Marseille, contre la municipalité qui, suivant leurs dires, s'est emparée de tous les effets et munitions de guerre qu'ils prétendent devoir être mis sous leur inspection immédiate. Il leur prescrit de prendre les plus prompts éclaircissements pour le mettre à même de rendre compte au roi de tous nos prétendus torts, et finit par donner des ordres précis pour que nous ayons à remettre, sur-le-champ, ces effets et munitions de guerre enlevés par nous, dit-il, pour une destination secrète, ainsi que nos batteries, au pouvoir des officiers artilleurs.
Voilà, législateurs, ce que nous avons à répondre à ces inculpapations, à toutes celles qu'on pourrait nous faire sur ce que, malgré les désirs de M. Roland, nous conserverons jusqu'à la décision de l'Assemblée nationale, les effets et munitions de guerre qui nous appartiennent et que nous emploierons jusqu'à la dernière goutte de notre sang contre les ennemis de la Constitution.
Une partie des canons et effets militaires dont il s'agit concernent les batteries de nos côtes ; ils nous appartiennent et nous avons les titres de propriété dans nos archives. Nous avons adressé dans le temps un mémoire qui le constate à l'Assemblée constituante et à défaut d'être retrouvé aujourd'hui dans les bureaux de l'Assemblée législative, nous vous adresserons sous peu le double de ce travail avec des observations plus étendues. Une autre partie nous appartient par droit de conquête ; ces canons furent chargés à mitraille et tournés contre les citoyens de Marseille, lorsque cette ville fidèle donna le premier exemple de son amour pour la liberté. Des faux d'une longueur prodigieuse furent préparées par les suppôts du despotisme qui commandaient pour lui dans les fortS; pour assassiner les citoyens qui auraient tenté de les escalader. Le courage des Marseillais franchit ces obstacles et s'empara des armes qui avaient trop longtemps servi à les retenir dans les fers. Canons, bombes, atïûts, fusils, poudre, munitions, tombèrent alors au pouvoir des patriotes. Les canons furent déposés dans l'emplacement qui les enferme encore ; les fusils furent distribués à l'armement d'une faible portion de notre garde nationale.
Marseille vigilante a soutenu par les armes et par son courage la constitution de nos contrées ; c'est elle qu'on accuse parce que c'est elle qui s'oppose à ses ennemis, parce que sans elle le supplément de révolution qui vient de s'opérer n'aurait pas eu lieu, parce que les armes de la liberté soutenant aujourd'hui ce courage servent de barrière insurmontable aux intrigues des factieux.
Jetez, législateurs, un coup d'œil sur la conduite des Marseillais ; ils ne veulent point d'éloges, mais ils pensent qu'à l'instar des braves Parisiens, ils ont comme eux les mêmes droits à la propriété des armes qui ont été par eux arrachées aux mains du despotisme.
Demandez-leur la vie ; elle est à la Constitution ; mais au nom de
■cette charte sacrée, sans laquelle il n'est plus de Français, plus de patrie, laissez-nous nos armes. Sans elles, les Phocéens sauraient -encore mourir libres, mais ils mourraient sans défendre la liberté.
Nous sommes avec respect, législateurs, les Maire et officiers ■de la commune de Marseille.
(Suivent les signatures) Conforme à l'original :
FOURXIER, Secrétaire Greffier.
Extrait du rapport des Commissaires sur le désarmement de la ville d'Arles
« L'an mil sept cent quatre-vingt-douze et Tan IV» de la Liberté, ■en suite de la réquisition de MM. les Commissaires du département des Bouches-du-Rhône, nous, Simon, commandant en chef l'artillerie de l'Armée marseillaise, accompagné de M. Maquinot, administrateur de la commune de cette ville d'Arles [tour le désarmement d'icelle, conformément à la loi du 17 mars dernier, nous serions portés ce jourd'hui à dix heures du matin dans la maison commune et aurions demandé au sieur Arnaud, concierge, s'il n'avait point d'armes dans la maison commune et après avoir déclaré n'en sçavoir aucune, nous a avoué se rappeler qu'une des salles du rez-de-chaussée en contenait.
Nous ayant remis les clefs nous nous y serions portés, où étant, nous aurions trouvé 14 pièces de canon du calibre d'une livre de balles, avec ses écouvillons et tire-bourres. Plus nous aurions trouvé un quart de caisse à coulisse, manière Dossone, de cartouches à fusils. Plus nous aurions trouvé plusieurs mandrins de différents calibres, papiers et pots à colle, le tout à l'usage des cartouches ; et finalement aurions trouvé, dans la même salle, 400 gargousses de papier vides de ditlerents calibres ; et attendu l'heure de midi, nous nous serions retirés après nous être assignés à 2 heures de relevée.
Advenue la dite heure de deux, nous étant tous assemblés, nous nous serions portés à la porte d'un appartement attenant à la maison commune, dit le poids. La porte étant fermée, aurions demandé la clef au concierge qui nous a répondu être entre les mains des canonniers émigrés, salariés par la commune. Sur quoi, aurions requis le sieur Bataillier, serrurier, de faire l'ouverture de la dite porte; à quoi, ceci fait, nous serions entrés et aurions trouvé : 666 gargousses de fer-blanc remplies de vieux clous ou ferraille ; 128 sacs de raisins
de mitraille de différents ctilibres ; 66 boulets du calibre de douze ; 59 boulets du calibre de six ; 57 broches à raisin, à culot de fer; plusieurs sangles et cordages pour faire des bricoles ; plusieurs ècouvillons, lanternes et tire-bourres ; plusieurs leviers et dégo*-geoirs et tire-feux ; 300 boulets de fer roulé du calibre de deux et trois ; quelques étuis à lance et finalement 3 affûts de marine neufs.
De là nous nous serions portés à l'une des tours de la porte de la Cavalerie et à l'arsenal attenant où nous aurions trouvé une batterie nouvellement construite, armée de 5 canons, dont 3 pièces du calibre de trois et 2 de six, avec leurs armements ; 78 boulets du calibre de six ; 50 boulets de deux et trois ; 5 barils de poudre de Carpentras ; 8 caisses de poudre de la même qualité ; 3 barils de gargousses de différents calibres pour canons ; 2 caisses de cartouches à fusils ; 15 grappes à raisin de mitraille; 30 boîtes de fer-blanc à mitraille ; plusieurs refouloirs et tire- bourres.
De là nous nous serions portés à la tour deBIondel où nous aurions trouvé une batterie pour trois pièces, nouvellement construite dont les canons avaient été jetés en bas de la tour, la veille.
De là nous nous serions portés à la tour de la Dominante où nous aurions trouvé une batterie pour deux pièces, nouvellement construite, sans canons.
De là nous nous serions portés aux deux tours, derrière le (Irand Couvent, où nous aurions trouvé plusieurs batteries, nouvellement construites, sans canons.
De là nous nous serions portés à la Grenouillade, distante de la ville d'un demi-quart de lieue où nous aurions trouvé une batterie nouvellement construite, pour cinq pièces, sans canons.
De là nous nous serions portés au bac de Fourque, où nous aurions trouvé une batterie de quatre pièces nouvellement construite sur la chaussée du petit Rhône, dont les canons avaient été jetés et enlevés .
De là nous nous serions portés à la maison du ci-devant évèque où nous aurions trouvé, dans la basse-cour, 16 pièces de canon, dont 2 du calibre de huit et les autres quatorze de différents calibres inférieurs, ainsi que deux affûts de pièces de quatre.
De là nous nous serions portés à la grande salle du premier étage de la maison commune où nous aurions trouvé: 912 fusils, qu'on nous a dit être destinés pour la Corse et qui avaient été retenus par la municipalité ; 800 fusils vieux d'ordoimance ; 3 barils de poudre et 2 caisses de cartouches à fusil ; 445 sacs à terre.
De là nous nous serions portés dans l'appartement de la porte du Marché-Neuf, où nous aurions trouvé 18 boites, montées sur des espèces d'affûts, et 8 mousquetons.
Toutes les batteries, redoutes et fortifications ci-dessus désignées, étaient situées de manière à défendre les approches de la ville. Nous les avons fait détruire sur-le-champ.
Finalement nous nous serions portés chez les sieurs Jacques San-
dron, aîné, à U porte de la Serre ; Joseph Aimes et Henri Moulin, à la porte du Marchè-Xeuf ; Caudron, cadet, Jean Reinaud et Joseph Friclar, à celle de la Cavalerie ; tous les six charrons de cette ville, cliez lesquels nous aurions trouvé un atïùt de canon de campagne et entre les six charrons, aurions trouvé quatre avant-trains, aussi commencés .
Interrogés pour qui et en vertu de quel ordre ils faisaient les susdits affûts et avant-trains, ont répondu être pour la municipalité d'Arles et par ordre du sieur Loys, maire ; Garcin, officier municipal.
Nos opérations conformes à la susdite réquisition, étant finies, nous avons dressé le présent procès-verbal que nous avons signé avec les dits canonniers et les six maîtres charrons ci-dessus nommés.
Fait à Arles l'an et jour susdits.
Conforme à l'original resté en mains de MM. les commissaires du département des Bouches-du-Rhône.
W^m J- GooÈNE,
■^^fe^^^ Secrétaire de la Commission.
Proclamation aux Armées de la République
Le Comité général des trente-deux Sections de Marseille aux Armées de la RépvbHq^'e Fram'aise.
Soldats français ,
Vous avez juré de mourir libres, et nous aussi. La liberté prit naissance dans nos murs. Les premiers, nous avons versé notre sang pour elle ; des dangers sans nombre, des sacrifices immenses ont signalé de notre part toutes les époques de la Révolution, et l'on nous accuse aujourd'hui ! Mais écoutez :
Nous avons essuyé des mouvements convulsifs, des orages politiques qui nous menaçaient d'un bouleversement universel ; nous avons vu la Convention consumer en discussions inutiles un temps qu'elle devait employer à nous donner des lois ; abandonner l'ensemble de l'administration, pour ne s'occuper que de futiles détails ; accumuler tous les pouvoirs et les confondre ; oublier les ennemis du dehors pour ne s'occuper que de haines et de vengeances particulières, se diviser en factions, au lieu de se réunir pour l'intérêt général ; consumer dans un mois au delà des revenus d'une année ; créer deux
milliards d'as?ignats, sans considérer que c'était anéantir la fortune publique, et augmenter le prix des denrées et ruiner ce peuple dont le bonheur était le prétexte imaginaire de leurs folles opérations. Nous avons vu s'agrandir le gouffre qui engloutissait les richesses nationales et multiplier les harpies qui s'en engraissaient ; nous avons vu disparaître les trésors des églises sans voir augmenter notre numéraire; les biens des émigrés réunis à ceux du clergé, sans voir augmenter notre crédit. Marseille a fait des dons immenses pour secourir nos armées et elles ont manqué de tout ; elle a donné des armes et nos frères n'ont point été armés ; elle a donné des habits et ils n'ont point été habillés. Nous avons vu nos troupes faire des prodiges de valeur et abandonner leurs conquêtes ; nous avons vu l'anarchie renversant les lois, égarant l'esprit public, semant partout des maximes atroces, déchirer la République naissante pour la livrer à nos ennemis. Nous avons interrogé les événements ; ils nous ont montré la faction liberticide qui, sous le masque du patriotisme, voulait s'élever de crime en crime à la hauteur du trône que nous avons renversé, pour y placer un fantôme méprisable qui légitimât ou amnistiât les forfaits. Des complots horribles se sont dévoilés à nos yeux. Mais le peuple s'est levé en masse ; il a arrêté la hache homicide, et terrassant les factieux, il les a fait rentrer dans la boue.
Nous avons vu, par le plus grand des crimes, nos députés les plus chers arrachés du sein de la Représentation Nationale; et nous avons dit : Nous avons abattu l'ancien despotisme et nous ne souffrirons pas celui de la Municipalité de Paris ; nous voulons une Constitution qui soit le résultat du vœu libre de nos députés et non pas des complots anarchistes de Marat et des tribunaires (sic) ; nous voulons des lois et non pas les ordres arbitraires de ces dictateurs insolents qui, descendus de la Montagne, se précipitaient dans les départements et les ravageaient comme autant de torrents destructifs. Nous avons juré de maintenir la liberté et nous déjouerons les manœuvres qui tendraient à nous doimer des maîtres; nous avons juré l'égalité et nous ne souffrirons pas qu'une minorité coupable s'élève au-dessus de tous; nous avons juré de maintenir l'unité de la République et nous périrons, s'il le faut, sur ses débris.
Nous avons dit encore : La chose publique est en péril, il faut la sauver ; la Convention est asservie ; il faut la rendre libre, et nous avons marché. Soixante et quinze départements se sont déjà prononcés. Bientôt le peuple français se lèvera tout entier et ses ennemis seront dissipés. Soldats français, d'après celte conduite et ces principes, jugez-nous, et nommez vos vrais ennemis. Sont-ce les protecteurs de l'ordre et des lois qui veulent prévenir le meurtre et le pillage, conserver vos familles et vos propriétés ? Sont-ce les Marseillais, les Lyonnais, les Bordelais, les Nimois armés pour la liberté, ou ceux qui voudraient la noyer dans des flots de sang, et qui, prodiguant la vie de tant de braves guerriers, préparaient des fers pour en charger leurs m.ains triomphantes ? Et cependant la calomnie nous
MARSEILLE BÉVOLUTIONNAIRE 503
poursuit et nous accuse. Disposant de toutes les bouches de la renommée à force de fraudes, de vexations et de mensonges, la faction anarchiste défigure les événements, dénature les principes, étouffe le cri de vérité et nous ôte les moyens de la faire entendre. Elle nous menace aujourd'hui, nous, défenseurs de la liberté, des armes que vous avez pris pour en combattre les ennemis. Elle A pu croire que, servant les coupables projets, vous viendriez en assassins frapper vos frères, vos amis, les sauveurs de la Patrie et les conservateurs de vos droits ! Mais nous ne l'avons pas cru ; non, braves soldats, les Marseillais n'ont pas cru que vos liéres phalanges, abandonnant le poste d'honneur où les plaça la confiance de leurs concitoyens, vinssent porter la mort et la désolation dans leurs paisibles foyers. Mais si jamais, à force d'erreurs et de séductions, les méchants vous engageaient à marcher contre nous, ce moment serait celui de leur perte; nous volerions au-devant de vous, nous ferions parler le sentiment et la vérité ; vous verriez l'abîme affreux où nos ennemis voulaient nous précipiter les uns par les autres, et pénétrés de la plus juste indignation, vous frapperiez vous-mêmes les monstres qui vous auraient égarés. Soldats français, aidez-nous à sauver la Pairie, notre mère commune ; repoussez les ennemis du dehors, et nous vous répondons, sur nos tètes, de la liberté, de l'égalité, de l'unité de la République et du règne des lois, qui doit en assurer le triomphe et la durée.
Le Comité général des 32 Sections de Marseille, le 3 juillet 1793, l'an 2 de la République Française.
Peloux, président ; Castelanet et Pixatel, secrétairei'
PIECE JUSTIFICATIVE N° lO
Propositions d'Abeille, membre du Comité de Salut public de la ville de Marseille, à l'amiral Hood, commandant l'escadre anglaise de la Méditerranée.
« A Son Excellence Mylord Hood, commandant en chef l'armée navale de S. M. R. dans la Méditerranée.
« Mylord,
« Le soussigné a l'honneur d'offrir ses respects à votre Excellence, et de mettre sous ses yeux les pleins pouvoirs qu'il a reçus du Comité de Sûreté générale, dont il est membre.
« En ces deux qualités et en se référant à la déclaration qu'il a faite hier au capitaine Wodley, il s'empresse de confirmer les demandes
que MM. Cèzat et Labat, députés par le dit Comité, ont eu l'iionneur d'adresser, ce matin, à Votre Excellence. Elle«5 contiennent l'expression des véritables sentiments et des vœux de tous les propriétaires et de tous les administrateurs des communes du département des Bouches-du-Rhône, représentés par le Comité de sûreté générale.
Votre Excellence approuvera, sans doute, que dans ces circonstances orageuses, les pouvoirs n'aient pas été donnés d'une manière plus explicite, et que les députés aient été chargés d'en développer eux-mêmes l'étendue et le véritable sens.
La ville de Marseille fait tous ses efforts pour repousser l'armée que les factieux de Paris ont envoyé contre elle. Sa position n'avait rien d'alarmant, lorsqu'elle a envoyé le 17 de ce mois, à Toulon, MM. de Naillac et Bonnieu ; mais depuis ce temps l'armée départementale a été forcée de se replier, et il est malheureusement probable que ses forces militaires sont inférieures à celles de ses ennemis.
Après avoir exposé à Votre Excellence les sentiments de ses commettants, le soussigné ose espérer que la grande et généreuse nation qu'elle représente si dignement viendra au secours d'un pays malheureux qui peut, avec une assistance prompte, éloigner et détruire les brigands qui veulent l'opprimer.
Si ce bonheur lui est réservé, si mes commettants peuvent conserver la liberté pour laquelle ils combattent, ou la recouvrer s'ils ont le malheur de la perdre, je prends l'engagement, en leur nom, après avoir rendu hommage à Votre Magnanimité, de faire proclamer, avec transport, dans le département des Bouches-du-Rhône, Louis XVU. fils de mon infortuné roi Louis XVI, que tous les Français vertueux n'ont cessé de pleurer, et de leur faire jurer soumission et fidélité à ce véritable chef de la monarchie française.
« Fait à bord du vaisseau amiral de S. M. B. Victory, le 23 au soir du mois d'août 1793.
Signe : J. Abeille.
Proclamation de l'amiral Hood aux habitants de Marseille et de Toulon
« Le très honorable amiral Hood, commandant la flotte de Sa Majesté Britannique, aux habitants de Marseille et de Toulon.
« Français, « Vous êtes depuis quatre ans travaillés par une révolution qui a successivement amené sur vous tous les malheurs. Après avoir détruit le gouvernement, foulé aux pieds toutes les lois, assassiné la vertu, préconisé le crime, des factieux, parlant de liberté pour vous la ravir, de souveraineté du peuple pour dominer eux-mêmes, de propriété pour
les violer toutes, ont établi leur odieuse tyrannie sur les débris d'un trône où fume encore le sang de votre légitime souverain. Les bras sont enlevés à Tagriculture ; votre numéraire a disparu ; votre commerce est anéanti ; une horrible famine vous menace : voilà le tableau de vos maux. Il a dû affliger les puissances coalisées ; elles n'ont vu de remède que dans le rétablissement de la monarchie.
« Je viens vous offrir les forces qui me sont confiées, pour épargner l'etfusion du sang, pour écraser les factieux, rétablir l'harmonie et la tranquillité que leur détestable système menace de troubler dans toute l'Europe.
« Comptez sur la tidélitè d'une nation franche ; je viens de donner une preuve éclatante de sa loyauté. Plusieurs vaisseaux chargés de blé, venant de Gènes, arrivent dans vos ports escortés par des vaisseaux anglais.
« Prononcez-vous donc, et je vais faire succéder des années de bonheur à quatre ans de servitude et de calamité.
« Signé : HoOD, »
■^^ Le très honorable Samuel lord Hood, vice-amiral, commandant en ■Ht ohef la Hotte de Sa Majesté Britannique dans la Méditerranée ;
Certifie à tous qu'il appartiendra, que M. Jean Abeille, ci-devant membre du Comité de Sûreté générale de Marseille, après avoir coopéré à envoyer des députés vers moi, comme membre du Comité, est venu lui-même à bord du vaisseau de S. M. B. Victory, où mon pavillon flottait le 23 août 1793, muni de pleins pouvoirs pour traiter avec moi du rétablissement de la monarchie en France, et qu'il a, dans cette mission, parfaitement rempli les instructions de ses constituants et manifesté le plus ardent désir pour le rétablissement de l'ordre dans les provinces méridionales de la France. En conséquence, je le recommande aux égards qu'il mérite, comme un véritable ami de Louis XVII et des puissances alliées.
Déclaration de l'amiral Hood en faveur d'Abeille comme suite aux négociations entamées