ACTE DEUXIÈME
rantie que vous m'offrez pour la somme qui vous est nécessaire ?
d'aiguerose
Indispensable !
TEXIEU
Et quelle est cette somme ?
d'aiguerose Cent vingt !
TEXIER
Mille ?
d'aiguerose Dame !
TEXIER
Perdus au jeu ?
d'aiguerose Oui.
TEXIER
Et vous avez pour payer
Huit jours.
Eh ben, mon vieux !
d'aiguerose
Autrefois, on n'accordait que vingt-quatre heures. Aujourd'hui le relâchement des mœurs a pénétré jusqu'au cercle.
TEXIER
C'est même par là qu'il a commencé. [Un temps.) Comment faites -vous pour perdre de pareilles sommes ?
d'aiguerose Je joue.
Mal!
Hein?
TEXIER
Vous jouiez aussi avant votre mariage et, à cette époque-là, vous gagniez toujours!
d'aiguerose, avec colère. • Texier !
TEXIER
D AIGUEROSE
TEXIER, sec et brutal.
Eh! pai^dieu ! que voulez-vous que je vous dise, moi ! Vous n'avez plus le sou, faites comme autrefois. Qu'est-ce qui vous en empêche? Vous n'avez peut-être pas la prétention d'être devenu un honnête homme?
d'aiguerose Et vous, monsieur?
TEXIER
Ne comparons pas, je vous prie. Moi, je suis une canaille, c'est entendu! Mais je le suis avec une raison, et un but. La raison, c'est que je n'opère que sur d'autres canailles. Le but, c'est ma femme^ ma vieille compagne que j'aime, et mes enfants que je chéris, et dont je veux assurer l'avenir. C'est du chinois, ça, pour vous, n'est-ce pas? Eh bien! oui! moi, Texier, je suis un ouvrier de bonheur, vous entendez ? Je prends cent pour cent d'intérêts à des coquins... comme vous — de l'argent qu'ils n'ont du reste pas gagné, — mais j'accumule ces intérêts pour aider mes fils, trois braves garçons qui seront utiles à leur pays... et pour que
mes filles aient de quoi aider trois autres braves garçons lorsqu'elles seront en âge de se marier.
d'aigueuose Vous devriez mettre ça en vers !
TEXIER
Tandis que vous ?. .. Qu'est-ce que vous faites, vous ?... Qu'est-ce que vous êtes, vous ?... A quoi servez-vous, vous?... Avez-vous seulement une passion?... Vous n'avez même pas le génie du mal, vous n'en avez que l'habitude !... Oh ! pas de grands airs ! Vous êtes depuis longtemps accoutumé à m'entendre vous dire ce que je pense, et vous aviez vingt ans quand je vous l'ai dit pour la première fois!... Oui, vous êtes un inutile, par conséquent un parasite, par conséquent nuisible. La tuile tombée d'un toit qui vous supprimei'ait vous serait, à coup sûr, envoyée par le bon Dieu. Entre nous deux, mon petit, la comparaison ne tient pas!
d'aiguerose, agité.
Vous aurez le prix Monthyon. En attendant, il