‹ Martin et Bamboche ou Les amis d'enfanceChapitre 73 sur 104 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

PERRINE. GLAUDE GÉRARD . [Il s'approche avec anxiété de Perrine çu» laisse tomber ses mains et reste immobüe.)

CLAUDE GÉRARD

Oui, c’est bien elle l... Oh ! mon Diou ! j’ai besoin de tout mon courage... la voilà celle que j’ai tant aimée... la voilà telle que l’abandon, la souffrance et la folie l'ont faite... Ah! jo croyais éprouver de la joie en la retrouvant... jo ne ressens que do l'effroi, qu'une douleur accablante... Ohl mon Dieu! mon Dieut... la revoir ainsi... [H pleure.)

terrine, s’approchant.

Tu pleures I... Moi aussi je pleure bien souvent, car jo l’attends... cl il ne vient pas... Tu no l'as pas vu, lui?

CLAUDE GÉRARD

Ah! ce regard fixe... marne... ce sourire désolé... mon cœur sa brise... (il pleure encore.)

TERRINE

J’ai tant pleuré, vois-tu... que j’aime ceux qui pleurent.. il me semble que ce sont mes frères... tu es mon frère aussi toi... par tes larmes... Pourquoi pleures- lu?

Parce que jo roo souviens d'une jeune fille adorée de son père... adorée d'un flanoô qui deux ans après devait l'épouser.

TERRINE

Une jeune fille!... un fiancé!... continue... continue...

CLAUDE GÉRARD

Le fiancé partit, et pondant son absence, la pauvre enfant séduite, abandonnée...

perbinb, avec plus d’intérêt.

Abandonnée!...

CLAUDE GÉRARD

Maudite do son père !...

terrine, boa et avec terreur.

Maudite de son père!...

CLAUDE CE RA RD

Elle a fui du la maison... du pays...

terrine, avec un extrême intérêt.

Elle a fai... seule?

CLAUDE GÉRARD

Non, dans ses bras elle tenait un enfant.

TERRINE

Oh mon Dieu I

CLAUDE GÉRARD

Errante... mendiant pour elle et pour son fils, elle fuyait dans les bois...

terrine.

Elle avait peur...

CLAUDE GÉRARD

Elle couchait sur la terre avec son enfant; un matin elle se réveilla, chercha autour d'elle... pondant la nuit on avait volé...

TERRINE

Mon enfant!... car c'est moi!... c’est moi!...

CLAUDE GÉRARD

Perrine!...

TERRINE

Mon nom? qui m’appelle? qui^ donc êtes-vous?... Venez... venez... je veux voir... rentra»»* pris de la lumière.) Claude

Gérard ! [En poussant ce cri elle tombe à moitié évanouie dans Us bras de Claude Gérard.)

CLAUDE GÉRARD

Perriue t ma chère Perrine 1 revenez à vous... vous m'effrayez.

TERRINE

Oh! ma têtel ma tète!... je rêve... oui je sens bien que je rêve... je voudrais m'éveiller... et... (avec un cri et des sanglots) je no peux pas... je ne peux pas...

CLAUDE CKRARD.

Cette agitation... on dirait qu'une révolution s’opère en elle... Perrine!... m’entendez-vous?.. . me reconnaissez-vous?... C’est moi qui vous ai toujours tant aimé... Perrine, me reconnaissezvous?...

TERRINE

Cette voix ! cette voix !... il me semble qu'en l’entendant.

Oui, les ténèbres se dissipent...

CLAUDE GÉRARD

Ohl un éclair d’intelligence luit dans ses yeux*

TERRINE

Je me souviens... Ah I mon Dieu!... qu’ai-iedonc.-. que s’estil passé?... quel rêvo horrible ai-je donc fait?... [Regardant autour <TclU.) Où suis-jo?...

CLAUDE GÉRARD

Non, non, ce n’est pas une illusion... Son regard, son accent, son maintien, ne sont plus les mémos... l'intelligence revient.... Oh 1 soyez béni, mon Dieu !

t TERRINE.

Oh t maintenant, je me souviens du pasfé, mais qu'il y a longtemps, mon Dieu!... Oui, jo mu souviens de tout!... Oui, je vous reconnais, vous... vous êtes Claude Gérard, mon ami, mon seul ami... Ohl sauvez-moi, protégez-moi I J’ai méconnu votre coeur, soyez généreux!... Mats lui... lui!... le comte Duriveau... Ohl il va venir aussi, peut-être.... Hier soir... chez ma mère... sous les vieux arbres du jardin... il m’a dit : A demain !... Hier soir! Non, non!... Ohl voilà quo jo redorions follet... Je ne veux plus, jo no veux plus être folle... car maintenant jo comprends tout... j’ai été folle, n’cst-copas?... je le suis encore, peut-être...

CLAUDE CÉRARD.

Non, grâce au ciel!... Votre raison revient, mais du calme... Oh ! par pitié, du calme!... ne détruisez pas ce quo Dieu vient do faire pour vous.

TERRINE

Mai*, mon fils... car je sais bien qno j’avais un fils. . Pauvre

enfant!... perdu... um sa mère... sans caresses... sans pain, peut-être!. ..Vous lui direz que j'ai été folle, n’esl-co pas?

CUUDi cf.haud, Mitant.

Mais...

PERRIRB.

Il faut qu’il le sache bien, c'est le désespoir do l'avoir perdu qui m’a rendue folle, il m’on aimera plus encore... Et son père?

CUCHE céiiaRD.

Le comte Duriveau... a des torts bien cruels à expier...

naim.

Ah ! malédiction sur ce père sans entrailles !

CLAUDE cérahd, gravement.

Le comte Durivoau vous doit, h vous et à son fils, une réparation éclatante... vous l'obtiendrez... je verrai le Comte... panai va. Elit s'assied arec fatigue,

Gaudc Gérard, vous n'en ferez rien.... pas d'humiliantes prières...

CLAUDE CF.RARD

Oh ! ce n'est pas une voix suppliante que je Iqi ferai entendre, maix la voix du dovoir et de la conscience...

le gardien, cn/ront.

Monsieur, celle demoiselle est là !

Prier- la d'entrer.

SCCSG V.

Les Mêmes, BÉGINA .

CLAUDE cérard, allant au-devant d’elle.

Oh! mademoiselle, que de bonté 1 RÉGIRA.

No me remerciez pas... Quand même vous no m'auriez pas écrit, je serais venuo. car j’oi un devoir sacré è remplir... une pauvre femme privée de sa raison...

CLAUDE GÉRARD

Oui) colloque tous avez sauvée.

RÉGIRA

Sauvée ! dites-vous.

CLAUDE GÉRARD

Oui, le bien-ôtre quo vous lui avez procuré, la wcouwa d'anciens souvenirs présentés à son esprit, ont ranimé sa raison. récir'a.

Quoi 1 elle pourrait comprendre...

ciAtrpB Gérard.

Voyez... tS’odrrssflnf à Perrine 9 U ‘ parait accablée.) Pcrrine! (Montrant /freina.) Une amie!...

rtnaiRB.

Oh ! je la connais. Vous m'avez fait tant de bien . (CAerehortf.) Mais Toiro nom?... je ne le sais pas...

Régina! Régina de Noirlieu...

PERRIN8

De Noir lieu!... De Noirlieu I... Oui, c'est ainsi qu’elle s'appelait,

REGIRA.

Qui?

PKBRIRR.

Ma soeur de tait...

CLAUDE CÉRARD.

Que dit-elle?

niciXA.

C’est vrai ! c’est vrai !

PERRINE

EUe m’aimait tant...

RÉGIRA

C’était ma mère...

PERRIRB.

Votre mère! (La regardant.) Oui, Claude, oui; elle est belle comme elle... et benne comme elle...

Claude Gérard, à Régina.

Mais qui a pu vous apprendre...

RÉGIRA

Des papiers renfermés dans la cassette que monsieur Martin m’a apportée hier... Ces écrits, tracés par ma mère, contiennent l'histoire de sa vie et de ses malheurs.

PERRIRB.

Oh! oui, elle était malheureuse, ma pauvre sosur... et malheureuse par ma faute.

CLACDB GÉRARD.

De grâce, mademoiselle, comment se fait-il?...

RÉGIRA

Ma mère n’avalt épousé M. do Noirlieu que contrainte par sa famille... Après quelques mois de mariage seulement, mon père la quitta pour faire un voyage à l'eiranger, et ma mère allait habiter pendant sun absence un chiieau dan» le Berry ; c’est là qu’elle rencontra sa sœur de lait, qu'ello n’avait pas revue depuis son enfance... Mais Pemno étau malheureuse; elle avait été chassée par «on père, cl, presque folle, elle errait dans les campagnes, portant son enfant dans ses bras...

PBRRIMB.

Mon enfant! mon pauvre enfant!

RÉGIRA

Ma mère la recueillit, la prit chez elle, cl voulant essayer d’attendrir en 9a faveur celui qui l’avait Ucheraenl abandonnée, efia lui écrivit au nom de Perrine.

PERRIRB.

Délas I je ne savais pas écrire, moi.

RÉGIRA

Celte lettre, avant d’ôlrc terminée, fut surprise par mon père qui revint è l’improviste... Soupçonneux et jaloux, il se cnn trahi, et, sans vouloir entendre aucune justification, il condamna ms mère b un exil obscurci presque misérubl • ; et elle, pour échapper à un amour qui faisait sa terreur, l'accepta sans vj défendre. Cet événement acheva d'egarer la raison déjà trop affaiblio de Terrine ; elle s’accusait d’ôiro la cause du malheur do sa protectrice... Elle s'enfuit du chètcau.

PERRIRB.

Je voulais aller trouver le comte, lui dire que la coupable c'était Perrine.,. mais la fatigue, la douleur, et bientôt la faim... Je suis tombée... j’ai dormi longtemps, oh! bien longtemps. régira.

Et votre enfant?

PERRIRB.

Ils me l’ont volé pendant que jo dormais. (Pleurant.) Mon pauvre enfantl Ma bonne sœur l’aimait tant; elle lui avait mis au cou une belle croix de sa mère...

CLAUDE GÉRARD

Quo dit-cllo?

régira.

La vérité... Oh ! maintenant, ja le vois, elle a toute sa raisoa, puisqu'elle s’en souvient... Oui, cette croix ma mère en parla; c'était une rcliquo do ma famille, et quoique en simple bois d'ébène...

CLAUDE GÉRARD

Une croix en bois d'ébène...

RÉGINA

Elle renfermait un secret; en la séparant en deux on voyait un Christ sculpté en or.

PERRIRB.

C’est cela! C'est bien cela...

CLACDB GÉRARD.

Mon Dieu I le coeur me bat d’angoisse et de joie...

Qu’avez-vous, monsieur Claude?...

CUUDE GÉRARD.

L’espoir de rendre cette infortunée la plus heureuse d« mères.

RÉGIRA

Quoi t vous sauriez ?...

CLAUDE GÉRARD

Silence î qu’elle ignore encore... car si ie me trompais après avoir fait luire h scs yeux... ce Ferait la replonger dans un abtme do douleurs... Pardon, mademoiselle] Perrine, je me relire... perrine.

Déjà, mon ami?...

CLAUDE GÉRARD

Car il faut quo j'édaircisse au plus vite... jo n'ai pas be$oio de la recommander à votre tendre sullicilude... Bonne rtchèn enfant, tous nos bonheurs nous seront venus pap vous... { Il tort .) régira.

Ah l mon Dieu ! puisse-t-il réussir dan* co qu'fl va entreprendre.

SCÙhL VL

RÉGINA, PERRINE* UN f.ARRÎfcN, UNE GARDIENNE, entrant par la parte où est pane Claude Gérard.

LE cardier, à Perrine .

Voyons, ma bonne femme, il faut rentrer, il est temps de » coucher.

pEnnixe, gui était resté* pensive, revenant à elle.

Oh 1 oui... dormir, je le vpuxbien... je suis fatiguée... la pensée val ai brillante et si rapide... elle m'entraîne, elle m epuise.

Le sommeil vous rendra de*’ forces.

rrrrinb.

Ah î oui» le sommeil !... Oh I je no lo crains plus mainlonapt, je sois sûre du réveil...

régira.

Adieu, bonne mère... adieu...

tIMfifS»

Non, poc adieu... mais à demain... Il demain, [le gardien ouvre la porte de gauche, il fait entrer Per nue et la gardienne.)

LEqifimgv .

Ursule, (il mettras lo verrou en <jc<|ans cl lu sortiras par U porte du corridor.

régira.

Mon ami, veuillez vous informer si ma voilure est là ?

LK GARDIEN, MOltriaui .

La voiture ?oui, oui, elle est là, mais monsieur le docteur je prio mademoiselle* de l'attendre un instant, il vji 10 rendro ici. niciiu.

Mon ami, il se fait tard, et je ne puis attendre... Je veux rentrer au plus vite... Vous direz à monsieur lo docteur Duvfll que je viendrai le remercier demain... 1

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