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contenu tous les inaulx que l* homme a en mariage *, les Secretz et Loix de Mariage ^ la. Complainte du notiveau marié ^, les Dictz et complainctes de trop Tard marié et les Dictz et complainctes de trop Tost marié *, etc.
Non content de tous ces petits poèmes, on traduisit au XV^ siècle des ouvrages étrangers, par exemple le Triunfo de las douas de Juan Rodriguez de la Câmara, et on rajeunit des œuvres du XIII^ siècle. Le Ckastie-Musard, écrit au XIII^ siècle pour prémunir la jeunesse contre les dangers de la vie et particulièrement contre ceux de Tamour, a été repris au XV® siècle et considérablement amplifié *. On possède également de VOnour as dames de
* T. II, 5-17. Outre les Quinze joies de Mariage, l'auteur cite Jean de Meun et Matheolus :
Le bon Matheolus Grant docteur en ceste matière; (en mariage) Il en a faict ung gros breviere, Et a prouvé par mainte histoire Que mesnaigc est ung purgatoire.
* T. III, pp. 168-203, par Jehan d'Ivry, « le Secrétaire des dames ».
' T. IV, 5-17. Cf. Rothschild, Catalogue, t. I, n^ 534, 535,
* Rothschild, Catalogue, t. I, 553-554.
* Imité en Italie dans les Proverbia que dicuntur super natura feminarum, publiés par Tobler, Zeitsch. fût rom. PhiloL, t. IX, pp. 287-331. Cf. Giornale storico délia letteratura ital., t. VII, 432 sq. La version du XVe siècle, est encore manuscrite, Vatican, Reg. 1323, fol. 151 sq. Kcller, Ronnoart, pp. 145-146, en a publié les six premiers couplets.
Robert de Blois un texte du XV® siècle ^ Le Chastiement des dames du même poète et son poème sur . \ Amour dans lequel se trouve un grand éloge des femmes, furent rajeunis et introduits dans le Jardin de Plaisance ^
Le Triunfo de las donas^ dédié à dona Maria, première femme de Jean II d'Espagne, morte en 1445, fut composé dans les circonstances suivantes. Juan Rodriguez de la Câmara ^ était amoureux d'une des dames de l'entourage de la reine, dame qui, pour une cause que nous ignorons, lui défendit de reparaître devant elle. Rentré en grâce, Juan Rodriguez composa deux traités la Cadira del Honor et le Triunfo de las douas qui se complètent l'un l'autre. C'est ce que nous apprend dans son prologue le traducteur du Triunfo : « Et après qu'il fut restitué a sa première franchise fist deux traittez. L'un a la requeste d'aucuns nobles jouvenceaux, lequel il nomma la Chaiere de konncnr, pour ce
* Bib. Xat. ms. fr. 2236.
^ Ed. ArnouUet, fol. 115 r» — 120 v". Le Livre des Dames a ycclles baillé an Jardin de Plaisance. Voy. sur Robert de Blois, Roniania, t. XVI, janvier 1887, p. 25 sq.
^ Juan Rodriguez de la Càmara ô del Padrôn, auteur espagnol du XVe siècle, voyagea en Italie, en France, en Allemagne et en Orient, et termina sa vie dans un couvent, Ses œuvres ont été publiées pour la Société des Bibliophiles espagnols, en 1884, par M. Antonio Paz y Mélia (Madrid, 1884, ^^1-4. 300 exempl. num.). Elles comprennent des Poésies, parmi lesquelles les Siete gozos de amor; puis un traité en prose et vers El Siervo libre de amor . et La Estoria de dos amadores, enfin le Triunfo de las donas et la Cadira del Honor, deux traités en prose.
que en icelluy estoit parlé de la vertu, de Thonneur et de la noblesse de Thomme. Et depuis qu'il le parfist, querant a qui le devoit intituler, fit par inci-* dent le présent traittié sur une question après survenue entre la noblesse de Thomme et de la femme, ouquel il détermine par cinquante raisons que la femme soit plus noble et de plus grant excellence que rhomme. Et après qu'il Teut prouvé selon son advis, présenta le dit traittié d'honneur, de vertu et de noblesse a la royne.,. Et pourtant doivent ces deux traittiés estre comme une seule œuvre, de laquelle la première partie est Le Triumphe des dames, et la seconde la Chaiere d'honneur ^
Le mariage de Philippe Le Bon avec Isabelle de Portugal avait attiré à la cour de Bourgogne plusieurs gentilshommes portugais : deux d'entre eux / Vasco Mada de Villalobos et Vasco Fernandez de Lucena présentèrent au duc une traduction en français du Triunfo de las donas. Il expliquent dans des prologues assez intéressants pourquoi et comment ils entreprirent cette translation. C'est Vasco Mada^ de Villalobos, écuyer d'écurie de Philippe le Bon, 1 qui eut le premier l'idée de traduire le traité espa- 1 gnol en français, voulant par là montrer aux femmes] la grandeur de son dévouement à leur cause et son admiration sans bornes. « Prévint a mes mains, ditil, ne scay par quelle adventure, ung traittié qui se intituloit Le Triomphe des Daines, lequel jadis
* Obrasy de Juan Rodriguez de la Câmara, p. 326. Cf. pp. 329 sq.
composa en son meisnies langaige ung gentil homme espaingnol, nommé Jehan Rodriguez de la Chambre, a la louenge des dames, ouquel il preuve par tresevidentes raisons comme grande est l'excellence d'icelles sur les hommes ^ ji>. Mais une difficulté s'opposait à la réalisation du projet : Vasco Mada de Villalobos ne savait pas le français assez bien pour entreprendre une traduction aussi importante. Il eut recours alors à un de ses amis, Fernand de Lucenne '^ qui maniait le français avec élégance et originalité. « Et affin que une si notable œuvre, qui tant fait a leur faveur, fust communiquée et publiée es lieux ou leur grant valeur peust amender et acroistre leur loable renom, je, Vasquo Queymado de Ville lobes, portingalois, vostre très humble escuier d'escuierie, et leur indigne serviteur, la feis translater d'espaignol en langaige franchois par ung mien amy qui cy après se nommera, lequel de ces deux langaiges avoit moienne congnois-
sance '\ »
* Oâras, pp. 319-320.
'* Fernand de Lucena traduisit le Triunfo d'espagnol en français, et non pas, comme dit M. de Montaiglon, I^ec, t. XI, p. 188, d'après une traduction portugaise qu'aurait préalablement faite Vasco Mada de Villalobos. — Vasco-Fernandez, comte de Lucena, occupe une place fort importante dans l'histoire politique et littéraire du Portugal. Il vint en Bourgogne, lorsque don Pedro, duc de Coïmbre, fut mort. Il traduisit Quinte-Curce et la Cyropédie pour Charles le Téméraire. Cf. Senebier, Catalogue,
n° 75» P- 340» et n» 76, p. 341.
^ ObraSf p. 320.
Le prologue de Villalobos, adressé à Philippe le Bon, (( piller, protecteur et deffendeur invincible de l'honneur et noblesse *» du sexe féminin, est immédiatement suivi du prologue du traducteur lui-même, qui, à ce qu'il nous apprend, a déjà ce aucunes fois servy les dames en rime, » Fernand de Lucenne. « Revestons-le, dit ce dernier en parlant du Triunfo, revestons-le de la nouvelle robe du langaige du pays, affin que, vestu de sa livrée, les gens n'aient cause de le mescongnoistre, ne chiens de l'abaier. Et ou povons mieulx emploier ung tal livre qui parle de l'excellence, vertu et noblesse des dames que ou roiaulme franchois, ou l'en treuve tant d'excellentes, vertueuses et nobles dames '^}y> Après avoir donné quelques explications sur le sujet du traité, et sur plusieurs termes difficiles, il continue ainsi : « Et ja soit que ma langue ne se piiist bien ploier a parler le franchois, qui est langaige assez divers du mien , et par especial en si haultes materes ou la immense grandeur surmonte l'Humilité de mon rude engin, touteffois, le grant désir de accroistre l'honneur de celles que des mon enfance ay servy, et l'affectueuse requeste d'ung mien assez chier amy, et leur anchien serviteur, constraingnent et efforchent mon vueil a povoir ce que ne puis, en satisfaisant par ung langaige bastard ce que ne scay par légitime ®.))
* Oâras, p. 321.
* Oâras, p. 324.
' Oâras, p. 327.
Cette traduction fut faite en 1459 ou 1460 : dans le prologue de Fernand de Lucenne, il est en effet question de la mort récente d'Alphonse V d'Aragon, survenue en 1458 ; et le manuscrit 10778 de la Bibliothèque de Bourgogne fut grosse à Bruxelles en 1460 \
Juan Rodriguez, dans son Triunfo, se prend au Corbaccio de Boccace, au « raaldiciente et vituperoso Covarcho ofensor del valor de las donas, non fundando sobre divina nin humana auctoridat, mas sola ficcion. Et dignamente se yntitula Covarchon, como el su componedor, por aver parlado mas del convenible, e aver en el fengido novelas torpes et desonestas, aya perdido su fama loable , segund el
* M, Paz y Mélia a publié dans TAppendice des Obras de Juan Rodriguez la traduction française du Triunfo d*après deux mss. de la Bib. de Bourgogne, mss. 10778, et 2027. Obras, p. 319- 368. Voici l'en-têtp du ms. 10778 : « Cy commence le Triumphe des Dames, compilé jadis par noble homme, Jehan Rodriguez de la Chambre, en louenge des femmes, et translaté par Fernant de Lucenne, d'espaignol en franchois, a la requeste de noble homme Vasquimade de Ville lobes, escuier d'escuierie de treshault, etc., monseigneur le duc de Bourgoingne, de Lotrik, etc., comme dessus est dit. Et fu grosse en sa ville de Bruxelles Tan de l'incarnation nostre Seigneur, mil quatre cens soixante. Obras, p. 329. La traduction du Triunfo fut imprimée plusieurs fois. Brunet, Manuel, V, col. 948, cite une édition de Pierre Sergent ; Du Verdier, t. III, 554, décrit une édition de Michel-le-Noir ; Harrisse, Colombiniana, p. 176, mentionne une édition in-4 goth" s. d. de 20 fF. n. c. Paris, chez Pierre le Caron (Bib. Nat. Rés*
cuervo, a quien es en nombre e parlar semejable '», etc. Ensuite il prouve la supériorité des femmes sur les hommes par cinquante arguments , riche et curieuse collection dont voici un article : « La sexta razon es por ser mas limpia ; de lo quai da testimonio el natural esperimento por los antiguos provado, es a saber: que despues que una mujer se oviere la faz o las manos con diligencia lavado, quantas vezes despues fuere vista lavarse, tantas quedarâ sinple el augua, como era de su principio clara ; e por el contrario del ombre aviene, el quai, si veces se lavare innumerables, siempre jamas el augua deverna turvia, como sea criado del non limpio vapor de la tierra , e la muger de carne linpia purificada ^ » Le
^ Obras, p. 87. M. Schuchardt, Jahrb, f. rom, u. engl. Litt, t. XII, p. 114, a montré que corbaccio n*est pas le péjoratif de corbo, mais l'équivalent de l'esp. corbacho, du franc, cravache. — Ailleurs, Obras, p. 99 et 343, Juan Rodriguez parle en ces termes de Boccace « le non moins plain de vices que de ans Bocacc, qui par vicieuse passion controuvant malices jamais non pensées, diffama toutes les femmes, pource que une, usant de vertu, n'a pas voulu acomplir son deshonneste voloir. »
* Obras. p. 90. Voici la traduction, p. 335 : « La sixiesme raison est pour estre plus nette, de quoi fait tesmoing l'experiment naturel par les anciens esprouvé, c'est assavoir : que après que la femme se aura une fois lavé son viaire ou les mains par soingneuse diligence, toutes les fois que après se lavera, telle demourra l'eaue et aussi clere comme elle estoit en son commencement. Et par le contraire advient de l'omme, lequel se par fois innumerables se lavoit, tousjours devendra l'eaue tourble, comme il soit créé de la sale vapeur de terre, et la femme de char nette, purifiée. * Ce fragment du Triomphe des Dames éclaire un
Triomphe des dames eut du succès à la fin du XV® et au commencement du XVI® siècle ^
Arrêtons-nous ici, quoique le débat que Martin Le Franc a résolu en faveur du sexe féminin, ne soit pas près d'être clos. Au XVI® siècle, outre les deux ou trois poèmes que j'ai cités, les pièces pour ou contre les femmes abondent. Il suffit de rappeler au hasard les noms de Pierre Gringoire, Jean du Pontalais , Roger de CoUerye, Pierre Grognet, Jean Bouchet, Laurent Des Moulins, Symphorien Champier, Gratien Du Pont sieur de Drusac ^ François
passage du Commentaire des Documenti d'Amore de Francesco da Barberino se rapportant à la comtesse de Die. Voici ce passage que Thomas rapporte dans sa Thèse et qu'il n'a pas compris : La comtesse de Die disait que les hommes ne font que leur devoir en témoignant de la déférence aux femmes, « quoniam vir de humo et terra lutosa creatus seu formatus extiterat, femina vero de nobilissima costa humana jam mundificata Dei presidio, quod €x utrlusque manus lavatione probabat. » Thomas propose à tort de remplacer lavatione par comparatione, Voy. Francesco da Barberino et la Littérature provençale en Italie au moyen-àge. Thèse prés, à la Fac. des Lettres de Paris, par Antoine Thomas. Paris. Ernest Thorin, 1883, in-80, p. 120 et p. 174.
* Le Triomphe des Dames d'Olivier de la Marche n'a rien de commun avec le Triomphe des Dames de Juan Rodriguez. Olivier de la Marche habille les femmes de vêtements allégoriques, les pantoufles d'humilité, les souliers de soing et bonne diligence, les chausses de persévérance, la chemise d'honesteté, etc.
'■* Quelques-uns de ces auteurs citent le Champion des Dames et l'imitent. Une citation des Controverses des sexes masculin et féminin montrera ce que devient une strophe de Martin Le Franc sous la plume de Gratien du Pont. Cf. ci-dessus, p. m.
Arnault et François Chevalier, Antoine Prévost, Pierre de Lesnauderie, Jean d'Ivry, Jean du Pré, etc. ^ Jean Le Fèvre avait raison, quand il écrivait à la fin du Rebours de Matheolus, faisant allusion à la vieille et interminable querelle des deux sexes :
Si croy je que jamais finée Ne sera, ne déterminée.
Une aultre chose le cueur dire me incite,
Laquelle dit l'Adversaire et recite
En ce beau livre le Champion des Dames,
Quand il racompte des femmes les diffames,
Que je dira5r ains que du propos sorte».
Car dit que femme fut faicte de la sorte
Que ung potier faict, quand de terre les potz
Il a tous faitz, lequel ne prend repoz
Que de roigneures des ditz potz il ne face
Quelques marmotz, ou bestes contreface,
Pour les plaisirs, et très grans appetiz
Qu'en telles choses prennent enfans petiz,
Qui trestous ayment, fort naturellement,
Telles foUies pour leur esbatement.
Ainsi fist Dieu ; car, quand il eust faict l'homme.
De ses roigneures la femme fist en somme.
Controverses des sexes mascuUn etfemenin, édit. de 1536, in- 16. t. n, fol. 19 vo. Cf. t, I, fol. 39 vo.
* Voy. la Bibliographie des ouvrages relatifs a Famour, aux femmes f au mariage, et des livres facétieux, pantagruéliques, scatolo' giques, satyriques, etc., par M. le C. d'I*** (Jules Gay, libraireéditeur). 3010 édition. Turin et Londres, 1 871-1873. 6 vol. in-12.