LES P \R T AGE USES
Elles sont un rameau do la famille dos parasites.
Il n’est pas vrai que leur vie soit un roman ; ollo ressemble assez à nue chanson — do corps do garde.
Il faut un fard à toute laideur; elles lo savent, et pensent réhabiliter leur vertu en donnant à croire qu’elles ont été perdues par l’orgueil, comme les anges révoltés, + ou par une fragilité de nature, comme leur première mère. C’est une exagération de force et de faiblesse. Qui peut les croire ?
Voici la vérité sous une gaze.
La Partageuse est née pauvre. L’éducation n’a corrigé ni ses instincts ni son orthographe. Sa première, sa plus irrésistible passion, a été pour les meringues et les robes de soie. Sous l’empire de cet amour immodéré, sa légè-
n MASQUES ET VISAGES.
reté a fait le reste. L 'Arthur auquel la chaste vestale s’était fiancée de son agrément semblait lui promettre un avenir gros de cachemires et de petits-fours : l’illusion fut de courte durée. Une série indéterminée d’injustes
noces l’a éclairée sans décourager son ambition. Un
Turcaret, en la couvrant de sa protection, l’a faite partageuse; .et, pour s’accommoder à son état, elle a rompu avec tous ses scrupules. Elle a appris que les hommes veulent être moqués et dupés, et elle a fait de la ruse le ressort de ses moindres actions. Des clients sans pudeur ont assiégé sa maison et vont fait affluer toutes les délicatesses du luxe. On la prendrait pour une patricienne. Elle a des étoffes précieuses, des tapis somptueux, des chevaux impatients et des laquais à ses armes. C’est plus qu’elle n’avait rêvé dans sa pauvret ; mais elle ne comptait alors, pour se pousser, que sur sa jeunesse et sa belle humeur, et les élans soudains d’un cœur toujours prêt à se rendre. L’impudence a d’autres ressources et une meilleure fortune. C’est dans les phases rapides de cette vie pleine de mensonge et d’un faux éclat que Gavarni va nous peindre les Partageuses, pauvres femmes, insouciantes courtisanes, éphémères qui s’agitent un moment dans un rayon de soleil, et rentrent bientôt dans l’ombre.