‹ Masques et visages GavariniChapitre 31 sur 40 · LES PETITS MORDENT · texte numérisé non relu

LES PETITS MORDENT

— Y a-t-i donc, faut do quoi être comme ça faraud... parce que, le jour de la distribution des nez, on s aura levé à trois heures du matin !

— Y avait deux paroissiens de la queue qui se disaient tout bas que la défunte était une femme bien légère...

— Merci! j’aurais voulu les y voir, eux, à la descendre, la sylphide, d’un troisième au-dessus de l’entre-sol !

— En v’ià du guignon! La femme à Salanthoud, qui perd son homme le même jour que son chien !

Pauv’ femme!... un si beau caniche!

— La moustache et pas de régiment!...

mais pourvu qu’on paye la goutte aux anciens... pas vrai, colonel?

tri.

POPULAIRE

On conçoit la prédilection de Gavarni pour les types populaires; ils ont une physionomie caractérisée et des grâces pittoresques qui doivent séduire l’artiste. Sous le rapport moral, ils offrent au même degré tout un ordre particulier d’idées et de passions, parfaitement tranché sur le fond des mœurs générales, et dont l’élude est fort intéressante.

Le populaire de Paris a quelques qualités, tous les défauts, et pas un ridicule. Il est essentiellement léger et ne s’attache bien qu’à des ombres et à des mots. Il esl surtout remarquable par un tour d’esprit libre et vif, qui le fait incliner tout naturellement à la critique et. à la raillerie. Quoiqu’il affecte de ne croire à rien,

de n’être abusé par rien, il est d’une facile crédulité (‘I

se laisse engluer par tous les charlatans et les meneurs d’ours de ce monde; il s’agit tout uniment de lui dorer la pilule. On ne parle pas assez du désintéressement de la classe populaire; je le trouve sublime. Ses regrets ne vont jamais plus loin qu’hier; ses espérances, plus loin que demain. Il faut de grandes calamités pour l’atteindre; un petit bonheur lui suffit. Ses joies les plus vives se composent de peu : il se contente, pour ses meilleurs jours, d’un petit amour, d’un petit vaudeville et d’un petit éeot. Combien y a-t-il d’hommes, parmi ceux dont on cite le plus le désintéressement, qui fussent satisfaits à si peu de frais?

Gavarni a saisi avec un rare bonheur toutes les nuances de ce caractère naïf, goguenard, franc dans ses boutades, mobile dans ses affections, constant dans sa résignation à toutes les misères.

POPULAIRE

on en refait du neuf.

— Qu’est-ce que lu peux venir chercher par ici, philosophe?

* — Je ramasse toutes vos vieilles blagues d’amour, mes colombes;

i ; — La police va... a bien finir par les re-

ciller, les ha... arrières .. paV qu’y a vingtcinq ans que j’ai toujours dit, sous tous...

les gouvernements, qu’on n’en trouverait pas de plus... joli emplacement pour la Cou... ourlille que 1’ Palais-Royal...

— Nous descendons de la branche des l'ignonfmné par les femmes, mon cher!

— Et moi, je descends de la Courtillo.

— Toinon, je n’vaux rien quand on m’ostine; je m’eonnais!...

— Une fichue connaisance que l’as là î

— Que veux-tu, Zénobie? chacun a sa misère! Le lièvre a, le taf; le chien, les puces; le loup, la faim... l’homme a la soif.

Et la femme a

— Gueux de Paris! c’est la mort aux balais?

POPULAIRE

— Paris! du bruit plus que de besogne... niais pas tant que de boue !

— Au moins, moi, j’dis pas que j 'aime pas le trois-six !

— Les hommes? quéque chose de prope !

— Si moi j’ai rien à la caisse d’épargne... c’est les événements qu’en est cause.

MASQUES ET VISAMES

— L’ piano dans un ménage, e’est plus cher que 1' pain... mais c’est flatteur.

— Demander au concierge où est le portier!... qu’i faut être bête!

— Un aime cet homme pour luimême.

j rr — Clarisse, vous avez une peine en

dessous! Mais, voyez-vous, Clarisse, c’est pas à moi qu’on cachera les mélancolies qu’y a dans les cuisines; je connais ça à vos robinets, moi. . Venons boire la goutte.

POPULAIRE

— M’ame Norme!...

— Hein !

— Y a quarante ans, je croquais les pommes vertes et je n’haïssais pas les femmes mures.

— Après?..

— Après... Quand j’ai aimé les pommes mûres, j’ai aimé les femmes vertes.

— Vieux passionné!... allez donc manger vos pommes cuites.

Si le rosier 11e sent rien, le porteur sent l’ail.

— El il vja des pauvres femmes assez fichues bêles pour se fiche à l’eau parce qu’un homme les quittèra !... Un homme!

quelque chose de rare !...

fiilHÈMFiS

Au-dessous du populaire et bien loin de lui, s’agitenl, dans un désordre sans nom, une foule d’hommes déclassés que l’ignorance, la paresse ou lümmoralité ont parqués dans un coin de la société. Ce petit inonde se compose des vices tombés de tous les rangs. L’audace est le nerf de toutes les entreprises de ces batteurs de pavé. Tout est bon à leurs appétits désordonnés; ils ne connaissent pas de mauvais moyens, ils ne connaissent que de mauvaises chances. La fourbe ou la violence sont leurs armes habituelles, et ils les manient avec facilité. Vous verrez tout à l’heure à quel point de vue large et dégagé ils considèrent les lois et la morale; ils sont en guerre contre la société et. pensent n’exercer que de justes représailles. Parce qu’ils vivent sans règle,

m MASQUES ET VISAGES,

sans mœurs et pour ainsi dire sans gîte, on les nomme bohèmes. Ils forment entre eux une même famille qui a ses coutumes et jusqu’à son langage propres. Peut-être aurions-nous dû détacher de ce groupe hideux quelques individualités qui ne présentent pas un degré de perversité suffisant pour les faire confondre avec les bohèmes de pure race; mais il nous a semblé que Gavarni n’avait pas dû les comprendre dans ce cadre sans de bonnes raisons. Nous les y avons maintenues en les plaçant en tête, afin de montrer mieux le chemin qui conduit au pays de Bohème.

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