LE CARNAVAL
Quand on dit que le carnaval tombe en désuétude et qu'il va s'cffaeant, je ne suis nullement persuadé d'un progrès de la raison et des mœurs. Je crois entendre un homme qui regarde dans un stéréoscope; il s'abuse sur une image double : le monde et le bal masqué. La corruption des mœurs a si fort accru la licence, qu'entre ces deux images je ne vois de différence que l'habit; c'est peut-être ce qui fait dire que le carnaval tombe.
Pourquoi donc tomberait-il ? Est-ce que nous vaudrions mieux que nos pères? On dit : « C'est un plaisir usé.» Ce mot nous donne tout de suite l'explication de cette comédie vertueuse qui n'est au fond qu'un regret. Oui, il est bien vrai que les hommes d'un certain âge sont désabusés d'un plaisir qui veut l'ivresse et la furie de la jeunesse; mais ils n'en sont pas devenus plus sages : ce sont ces mêmes
hommes qui ont fait de la société un carnaval sans masque.
Pour Gavarni, cette différence même n'existe pas; il peint indifféremment et avec la même bonne foi les hommes et les masques. C'est toujours le même rvnisme qui pose.