BOHÈMES
Au-dessous du populaire et bien loin de lui, s'agitent, dans un désordre sans nom, une foule d'hommes déclassés que l'ignorance, la paresse ou l'immoralité ont parqués dans un coin de la société. Ce petit monde se compose des vices tombés de tous les rangs. L*audace est le nerf de toutes les entreprises de ces batteurs de pavé. Tout est bon à leurs appétits désordonnés ; ils ne
connaissent pas de mauvais moyens, ils ne connaissent pas de mauvaises chances. La fourbe ou la violence sont leurs ariiies habituelles, et ils les manient avec facilité. Vous verrez tout à l'heure à quel point de vue large et dégagé ils considèrent les lois et la morale ; ils sont en guerre contre la fiociété et pensent n'exercer que de justes représailles. Parce qu'ils vivent sans règle, sans mœurs et pour ainsi dire sans gîte, on les nomme bohèmes. Us forment entre eux une même famille (|ui a ses coutumes et jusqu'à son langage propres. Peut-être aurions-nous dû détacher de ce groupe hideux quelques individualités qui ne présentent pas un degré de perversité suffisant poUr les faire confondre avec les bohèmes de pure race; mais il nous a semblé que Gavami n'avait pas dû les comprendre dans ce cadre sans de bonnes raisons. Nous les y avons maintenues en les plaçant en tête, afin de montrer mieux le chemin qui conduit au pays de Bohème.