‹ Masques et visagesChapitre 8 sur 19 · LES MARIS ME FONT TOUJOURS RIRB · texte numérisé non relu

LES MARIS ME FONT TOUJOURS RIRB

d*une femme qui , après huit ans de mariage^ ne peut pas seulement souffrir son mari.

— Sac à papier! Dorothée, j'ai oublié le mou de ton chat.

— Cest ça ! mais vous n*avez pas oublié le biscuit pour votre oiseau, égoïste!... C'est bon ! c'est bon I si mon chat n'a rien, je lui donnerai l'oiseau, moi I...

— Je suis comme ce personnage d'Henry Monnier qui n'aime pas les épinards. Je n'aime pas le piano, et j'en suis content, parce que, si j'aimais le piano, ma femme jouerait du cor de chasse.

— Et voilà le grandissime secret que mon seigneur et maître me cache depuis un mois !

— Et vous le connaissiez?

— Depuis six semaines.

— Cte sainte Ursule-là?... c'est une vieille étude... d'un objet que... (jadis!) je... tenais... sous ma serre puissante.

— Serre tempérée, ma poule.

— On dit que le mariage range un homme; moi je ne sais pas... ça me dérange.

LES ENFANTS TERRIBLES

LES ENFANTS TERRIBLES

Un écrivain américain^ Washington Irving^ a dit que les petits chiens et les enfants étaient des membres influents de la société française. L'observation a pu paraître malicieuse aux États-Unis;

en France^ elle ne blessera personne. L'attachement des dames sensibles plaide assez haut pour les chiens; nous ne parlerons que des enfants.

Ils ont toujours tenu une place considérable dans les sociétés polies. Un célèbre capitaine grec

ne craignait pas de dire que son fils gouvernait la Grèce, parce qu'il gouvernait sa mère, qui le gouvernait lui-même. Ce mot nous donne tout de suite le secret de T influence des enfants dans une société. Une si grande autorité dans un âge où la raison n'est nullement développée, où tous les instincts ont encore une force de ressort qui les fait prédominer, doit nécessairement produire des tyrans. Mais le mot est affreux; on les appelle des enfants terribles.

L'enfant terrible est celui qui ne s'est pas plié aux préjugés, qui ne connaît pas les artifices de la langue dorée, et se heurte à tout, excepté à la vérité qui est suspendue à ses lèvres. C'est un sauvageon dont les fi*uits sont toujours aigres. Il est curieux, impertinent et indiscret autant que bavard, sans qu'il entre de méchanceté dans ces défauts. Malgré toutes ses imperfections il a du bon; les parasites et les amoureux le redoutent autant que le chien de garde.

Écoutez-le; on croirait que c'est une bouche de fer qui parle.

LES ENFANTS TERRIBLES

— Maman, c'est mosieu... tu sais, ce mosieu qui a ce nez.

— C'est TOUS qu'êtes le grand sec qui vient toujours pour dîner?... mosieu, papa n'y est pas.

— Qu'est-ce donc qui l'a inventée, la poudre, mosieu?... que papa dit que ça n'efet pas vous.

— : Est-ce que c'est vrai, mosieu d'Alby, que tu couperais des liards en quatre?... Sapristi I comment donc que tu peux faire?

— Maman va venir, pas tout de suite; elle est avec madame Pelet. Vous ne la connaissez pas, madame Pelet?. . . c'est une vieille dame qui vient prendre les cheveux blancs à maman avec une petite pincette. .. . Maman en a joliment I moi, je je n'en ai pas.

LES ENFANTS TERRIBLES

— Petit chérubin, j'ai apporté du bonbon pour vous; je vous le donnerai quand je m*en irai....

— Eh bien, mosieu, donne-le-moi tout de suite, et puis va-t'en.

— Mosieu! n'est-ce pas que ça n'est pas vrai, que vous n'avez pas les cheveux peints?

— N'est-ce pas, mosieu Prud'homme, qu'il ne faut pas mettre un A à omelette?... La! vois-tu^ maman I

— MèrCj est-ce que c'est le crevé de ce matiDj que t'as dit que fa serait toujours assez bon pour lui!

— Que tu es donc godiche, Toinon, de venir • tous les matins comme ça pour que papa te mette de l'argent dans ton affaire... puisque tu vas faire banqueroute, bête !

— Est-ce que voua payez des impositions ' comme papa, mosieu Pastorin, pour être usurier?

LES ENFANTS TERRIBLES

-c- Ma tante Aurélie qui disait l'autre jour à maman qu'elle t'en ferait voir des grises si tu deviens son mari... Des grises... quoi donc^ dis?

— Maman a écrit à mosieu Prosper, et papa a vu la lettre. Oh! il était joliment en colère, papa..* parce que maman avait fait une faute.

— Ils t'ont dit de jouer tant que tu voudras dans la salle à manger, et ta mère t*a donné... quatre sous ! . . . Malheureux ! .'. .

— Décidément, mon cher ami, vous n'êtes pas de force au piquet; je vous enfonce.

— Oui, mais comme papa vous a bien enfoncé aussi, pas vrai, père? dans l'affaire des suifs I

— Voyons 1 faites attention : que doit-on donc faire lorsqu'on a péché?

— Quand on a péché?... Quand on a péché, tiens! on revient à la Maison-Blanche, avec tous les barbillons dans un panier, et ma bonne les mange avec Landerneau : c'est un grand soldat qui a des bâtons blancs sur la manche ; moi j'en mange aussi, tiens I

LES ENFANTS TERRIBLES

— Maman! maman I ce monsieur du Luxembourg, que tu as dit (tu sais bien?) que c'était un grand ami de papa!... il n'a pas salué!... Ah! par exemple, en voilà un malhonnête!

— ta canne que papa a trouvée dans l'armoire de maman, le jour qu'il était ai en colère, elU est bien plus belle que fa....

— Comment s'appelle madame votre mère?

— M'sieu, maman est une demoiselle.

— Mosieu, on ne peut pas voir papa; il est en train de faire faillite.

— N'est-ce pas, ma mère, que c'est bien vilain de dire : Vous m'embêtez ? Eh bien, ma bonne a dit tout à l'heure à mon papa : Vous m'embêtez... Ahl mais oui!...

— Cette madame de Lieussaint, est-elle bête ! . . . Puisque je suis Chai'les Dubourg, et que tu es mon papa, tu ne pourrais pas t'appeler Georges Dandin!

LES ENFANTS TERRIBLES

— Un petit de la pension qui disait que t'étais renégat; j'y ai fichu des giffles.... N'est-ce pas, père, que t'es catholique?

LES PARENTS TERRIBLES

LES PARENTS TERRIBLES

Quand Fenfant terrible a atteint Fâge de 'dis-

crétion, il passe d'une venue à l'état d'homme terrible et de parent terrible. Il y a entre ces deux caractères la différence du fruit arrivé à maturité : il n'y a que Tâcreté de moins.

Les parents terribles seraient d'honnêtes parents et les meilleurs desparents^ s'ils étaient capables de parler à point et dé se taire à propos.

Ils font, par défaut de circonspection, le martyre de leurs enfants , qu'ils idolâtrent. S'ils n'étaient que futiles et oiseux , ils passeraient seulement pour des bavards fâcheux ; mais ils sont inconsidérés, malavisés et incommodes jusqu'à la torture : ce sont de véritables bourreaux. Ils touchent aux choses les plus délicates avec la même imprudence et la même étourderie que les enfants touchent aux objets les plus fragiles. Rien ne peut les retenir, ni les convenances, ni le ridicule, ni la crainte de déplaire, ni même la décence : ils bravent l'honnêteté dans les mots, tout comme des Latins, et appellent toutes choses par leur nom. Ils ne s'aperçoivent pas de l'embarras qu'ils donnent. S'ils parlent, leurs enfants tremblent; ils vont dire infailliblement ou une sottise ou une grossièreté. On ne les écoute qu'avec des transes ou la rougeur au front. Ils pensent n'être que sincères et exempts de préjugés. Une des conséquences les plus tristes de ces esprits positifs et froidement réalistes est de n'être frappé que par le vilain côté des objets; c'est ce qu'ils appellent

LES PARENTS TERRIBLES. 183

^ler au fond des choses. Montrez-leur un lac limpide et transparent^ ils feront remonter la vase à sa surface pour vous convaincre d'une illusion dangereuse.

On voudrait que de pareils parents fussent méchants pour avoir le droit de les haïr; mais ils sont bons^ tendres et dévoués : on souffre en se- <2ret^ et on les aime.

LES PARENTS TERRIBLES

— Voyons, Achille, un nom pour la petite, un nom en a...

— Paméla...

— Âmanda. . . Amélia. . . Maria. . .

— Théodora... Y a Emma.

— Emma ou Thérésa.

— Et Indiana.

— Ah! Indiana I... voilà.

UASQDES ET VISAGES.

— Vj'aiment, ce n'est pas parce que e'esl mon (ils, monsieur le baron; mais, tout petit, Tata... (nous l'appelions Tata) eh bien, il faisait déjà des choses. . . très-drôles.

— Ëh bien, mosieu, vous allez voir ce quenous a fait un jour ma petite... quand elle était toute petite...

— C'est gentil; mais... pourquoi est-ce que ton feuillage est toujours fait avec les mêmes 3 ? 33... 333... 3333331... Mais c'est gentil.

LES PARENTS TERRIBLES- 187

— Et moi, je défends qu'on ait de ces mouataches-Ià... sous aucun prétexte I

— Qu'est-ce que t'as, Mim^e ? encore tes satanées coliques ?

— Mosieu Charles m'a dit : Enfin, qu'est-ce qu'elle a?... Eh bien^j'ai dit : Ce n'est rien.. .j'ai dit ce que t'as.

— Viens, va ! nous resterions là jusqu'à demain. . . Un bal, c'est toujours la même chose.

— Voyons, Beauminet, nous avons donc encore été frappé ce matin dans ce que nous avons de plus chair?

— N'est-ce pas, papa, que le mosieu du petit jardin a une belle tête ?

— Ton mosieu du petit jardin a une perruque.

LES PARENTS TERRIBLES

— la jolie pièce!

— Toujours la mËme : il y a quarante ans que cet amoureux-là est à épouser son amoureuse.

■ Celle-là peint.

— Amanda, vous avez été sourde à tout ce que la tendresse peut trouver de... choses dans le cœur d'une mère!... A présent, épouse-le, ton corael à piston, et fiche-moi la paix !

— Ahl tu me reconnais pas aux Champ8-Ly-< sées quand j'ai pas ma redingote ! Mais^ malheureuse enfant, quand t'es venue au monde, toi, qui t'a reconnue ?

— Jacques Maubourguet, t'as voulu faire un mosieu de ton garçon, qui n'est qu'un rien du tout. . . bon ! . . . Mais le v'ià \ icomte. . . de Maubourguet! Jacques, mon bonhomme, comme n'y a qu'un Dieu, tu vas me lui secouer la vicomte... et pas plus tard que tout de suite.

— Enfin, mon oncle, dis-moi... des amours de fleurettes comme ça, d'où ça vient et ce que ça devient. . .

— Du fumier.

COMEDIE BOURGEOISE

COMÉDIE BOURGEOISE

Le mot bourgeois a perdu pour nous son acception primitive et ne représente plus guère qu'un être abstrait. Autrefois il était facile de dire où commençait et où finissait la bourgeoisie : elle constituait une classe parfaitement distincte et définie; mais la révolution de 89^ qui a confondu tous les rangs^ n*a laissé subsister qu'une divi-

sion arbitraire^ et il ne nous reste plus qu*un mot sans aucune signification précise.

Demandez à Tartisan ce qu'il entend par le mot bourgeois; il vous donnera tout de suite l'idée d'un maître dominé par un égoïsme étroit et un intérêt sordide ; dur et hautain avec les inférieurs, humble et obséquieux avec les supérieurs.

Demandez à l'artiste quel sens implique pour lui ce terme bourgeois ; il vous dira qu'il individualise la sottise présomptueuse.

Demandez au gentilhomme, qui croit encore au blason, ce qu'il pense du bourgeois; il vous le peindra dévoré de l'envie de s'élever, raffinant sur les belles façons, et réussissant médiocrement à faire l'important et le glorieux; fastueux sans délicatesse, et pince-maille du même coup.

En réunissant tous ces traits, on parviendrait à dessiner la figure du bourgeois. Gavarni achèvera la ressemblance en quelques coups de crayon.

COMÉDIE BOURGEOISE

— Ohl mais, voyez donc m'sieu Berthot...

comme le faubourg Saint-Germain est farce I

— Je Tai été dix-sept ans, moi, commis dans la nouveauté, et je n*ai jamais porté de moustaches I

— Je n'ai jamais été ce qui s'appelle un joli garçon^ non... on avait une figure chiffonnée qui ne déplaisait pas trop au sexe.

— P'pa, qu'est-ce que c'est donc que l'assurance sur la vie ?

— C'est pour qu'on ne meure pas.

— Et sur la grêle, p'pa?... c'est pour qu'on n'ait pas la petite vérole... hein, p'pa?

— Non, bête, c'est pour la grêle dans les champs... une manière à eux de vacciner les pommes de terre.

GOMËDIE BOURGEOISE. 197

— Marne Beauminet veut des fleurs... j ai apporté des graines en veux-tu en voilà!... aussi je retournerai à Paris les mains pleines... de durillons.

c A vonsisUr, monsieur Martin,

a Oh I je t'en prie^ un mot de pitié ! un mot du cœur!... J'ai tant pleuré^ que je n*ai plus de larmes.... Martini vous ne savez donc pas jusqu'où peut aller le désespoir d'une femme outragée? » «

— Non... Mais il y en a un autre^ Martin^ dans la maison !

— Une rareté rarissime : un rosier noir, mosieu... noir ! et qui donne des roses blanches.. Mais ça coûte cher.

— Se coûter la journée d'un financier pour se gagner celle d'un laboureur. . . c'est ingénieux !

— Vous voyez, Françoise, ce panier de fraises qu'on vous fait trois francs : j'en offre un franc, moi, et la marchande m'appelle....

— Oui, madame, elle vous appelle.... morue!

COMÉDIE BOURGEOISB.

Le grenadier Beauminet se demande jusqu'à quel point ses opinions personnelles lui^ permettent de prendre les armes un jour de pluie battante.

— Je t'avais dit, brigand ! de ne pas quitter ta mère!... Et ta casquette?... Encore une casquette que ta mère me laisse perdre !

Non p'pa... M'man, je ne Tai pas quittée...

C'est le mosieu de Tentre-sol qui Ta montée, ma casquette, pour rire : m'man est allée Tavoir.

— Si tu veux réussir ici, sois gracieux pour le

SOO HASQUES ET VISAGES.

gilet blanc qae voilà^ et pour ce gilet de velours qui est l'ami du gilet blanc.

— Et le gilet à ramage?

— Ça ! c'est rien : c'est le maître de la maison!

— Lea bourgeois 1

— Quel vénérable troupeau de mufîes I

LES INVALIDES DU SENTIMENT

LES INVALIDES DU SENTIMENT

Dryden a dit : cc*La cause de l'amour ne saurait être assignée; il ne faut pas la chercher dans un visage ; elle est dans le sentiment de celui qui aime. »

Nous ajoutons : Voilà ce que c'est que l'amour : un sentiment vague, fantasque, plein de disparates, tyrannique et exclusif.

Si Ton ne connaît bien ni la nature ni la cause

de l'amour^ on en connaît les effets ordinaires^ et ils justifient fort bien Topinion de Bacon^ qui le regarde comme une passion théâtrale plus que de la vie pratique.

Quant à ses conséquences^ elles sont toujours amères et navrantes. Laissons parler ceux que Tamour a blessés. Leurs paroles seraient notre meilleure leçon, si l'amour n'était toujours plus fort que la raison.

LES INVALIDES DU SENTIMENT

— Les femmes, un tas de serpents !

— Ma première passion compte aujourd'hui plus de lustres que de dents.

— J'ai voulu connaître les femmes : ça m'a coûté une jolie fortune et cinquante belles années. Et qu'est-ce que les femmes?... Ma parole d'honneur, je n'en sais rien I

— Le cœur m'a ruiné l'estomac I

— Toutes ces bêlises-là ont dérangé ma constitution.

LE« INVALIDES DU SENTIMENT

— Je n'ai plus la terre de Chenérailles ni mes bois.... je n'ai plus le moulin d'Orcy. J'ai la goutte.... Fichue bftte !

LA FOLLE DU LOGIS

LA FOLLE DU LOGIS

Les hommes I . . « passe pour les hommes ! .... Ils sont faits pour les rudes labeurs^ pour les luttes acharnées^ pour tous les genres d'amertume qui remplissent la vie intellectuelle. Mais la femme? Écoutez Molière :

Il n'est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes, Qu'une femme étudie et sache tant de choses.

Former aux bonnes mœurs Pesprit de ses enfants, Faire aller son ménage, avoir rœil sur ses gens,

Et régler la dépense avec économie,

Doit ôtre son étude et sa philosophie.

Nos pères, sur ce point, étaient gens fort sensés.

Qui disaient qu'une femme en sait toujours assez

Quand la capacité de son esprit se hausse

A connaître un pourpoint avec un haut-de-chausse.

Les leurs ne lisaient point, mais elles vivaient bien ;

Leurs ménages étaient tout leur docte entretien,

Et leurs livres un dé, du fil et des aiguillés.

Dont elles travaillaient au trousseau de leurs filles*

Les femmes d*à présent sont bien loin de ces mœurs.

Elles veulent écrire et devenir auteurs.

Gayarni va nous montrer les femmes devenues auteurs; le portrait (^'il en a fait donne raison^ de tout points à notre grand comique.

LA FOLLE DU LOGIS

HOMMES BT FSMMBS DB PLUMB

Source de rHéliconl mon cœur est une éponge ; Muses ! Talezandrin est le vers qui me ronge I

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