Groupe des Pyrénées
Le groupe des Pyrénées comprend les carrières ainsi que les usines dans lesquelles s’exploitent et s’élaborent les marbres qui sont les plus rapprochés de la chaîne des Pyrénées. Ces marbres sont les plus beaux que nous ayons en France. On trouve en effet, dans les Pyrénées, des marbres blancs et même des marbres statuaires ; on y trouve aussi des marbres inconnus partout ailleurs, qui ont des couleurs très-vives et qui sont éminemment propres à la
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décoration des monuments. L’exploitation de ces richesses minérales de notre sol a atteint son plus grand développement sous le règne de Louis XÏV.
Nous allons passer en revue les exposants du groupe des Pyrénées , et nous commencerons par M. Géruzet.
M. Gérczet (n° 7853). — Dès l’année 1826, M. Géruzet, de retour du Brésil, s’était associé à M. Costallat, son beaupère , marbrier à Bagnères-de-Bigorre , pour exploiter les marbres des Pyrénées. En 1829 il fondait lui-même une usine nouvelle dont il prenait seul la direction. Cette usine reçut peu à peu des améliorations considérables, et bientôt M. Géruzet fut conduit à créer deux entrepôts pour ses marbres: l’un à Bayonne, l’autre à Bordeaux. Le développement que sa fabrication a pris , surtout dans ces deux dernières années, le place incontestablement au premier rang des marbriers en France, et l’on peut même dire en Europe.
M. Géruzet exploite lui-même une grande partie des marbres travaillés dans ses usines; on lui doit aussi la découverte de plusieurs carrières nouvelles et la reprise d’anciennes carrières des Pyrénées, abandonnées depuis Louis XIV. Les principaux marbres qu’il emploie sont : le Sarrancolin , le Camp an , le vert et le rouge de Moulins, la griotte , le porlor , la brèche-portor, Y albâtre calcaire des grottes de Bize-Nistos, les marbres d ’Aspin, de Troubat , de Lourdes, de Vielle- Louvois , de Beaudèan , de Sost, de Sauveterre. Il emploie également les marbres blancs de Saint-Béat , de Loubié , de Gabas et de Sost ; aux marbres blancs des Pyrénées il préfère toutefois ceux d’Italie, qui sont sans défauts , moins durs , à grain plus fin et qui se laissent surtout travailler beaucoup plus facilement.
Le Sarrancolin s’exploite à Ilhet près de Sarrancolin, dans la vallée d’Aure (Hautes-Pyrénées) . Son dessin est bizarre , anguleux et bréchiforme; ses couleurs sont très-variées : le gris, le jaune et le rouge y dominent ; c’est un des marbres les plus estimés, et il s’exploite dans 9 carrières. Le prix du mètre carré varie de 15 à 25 francs.
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Le Campan provient d’Espiadet, dans la vallée de Campan (Hautes-Pyrénées). Le prix du mètre carré est de 13 à 18 francs.
Levert et le rouge de Moulins , le campan Isabelle , ainsi que la griotte , de laquelle nous parlerons plus loin, ne sont que des variétés du marbre Campan. Le prix du mètre carré est compris entre 9 et 12 francs.
Le marbre de Vielle-Louvois paraît encore de même âge que le Campan; il est bréchiforme, de couleur violâtre, traversée par des veines blanches et brimes de chaux carbonatée ferrifère. Une grande vasque de ce marbre de Vielle- Louvois avait été exposée sous la marquise, à l’entrée Est du Palais. Le prix du mètre carré est au plus de 15 francs.
Le porlor ou la brèche-portor s’exploitent à Sauveterre , dans la Haute-Garonne , et aussi dans , la vallée de la Barousse, près de Troubat, dans les Hautes-Pyrénées. Le prix du mètre carré varie de 8 à 10 francs.
Les marbres d'Aspin et de Lourdes sont de tous les marbres des Pyrénées ceux dont l’exploitation est la plus facile : le prix du mètre cube peut s’abaisser jusqu’à 100 fr. , et celui du mètre carré jusqu’à 6 fr.
— L’usine de M. Géruzet se distingue surtout par un outillage puissant et très-perfectionné qui permet de travailler le marbre avec la plus grande facilité , et même de lui donner les formes les plus légères. Quatre roues hydrauliques, d’une force de 8o chevaux, sont établies sur l’Adour, et pendant toute l’année elles mettent en mouvement les machines suivantes :
Dix châssis , dont chacun peut porter quarante lames destinées à scier les blocs en tranches de toutes dimensions. Ces châssis produisent annuellement 30,000 mètres carrés de marbre en tranches.
Quatre grandes scies à une lame pour débiter les tranches coupées par les châssis.
Un châssis pour subdiviser les tranches en tranches trèsminces destinées au placage.
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Huit machines pour faire les moulures droites dans les frises , les panneaux , les pilastres , les corniches.
Deux machines pour les moulures courbes , dans les rosaces , les encadrements , etc.
Une machine à scier les formes circulaires, comme les tables rondes.
Trois machines à moulinet pour polir les tables rondes et toutes les formes circulaires.
Une machine à creuser les coupes , les vasques , les bénitiers.
Une machine à mouvement rectiligne et circulaire alternatif pour dresser une surface plane quelconque.
Une scie circulaire pour les pierres dures.
Trois machines pour double sciage , propres à faire des autels bombés , des tombeaux , des consoles de cheminées.
Un grand tour pour les colonnes et les vasques.
Un tour pour les colonnes torses.
Neuf tours ordinaires pour tourner les objets de moyenne ou de petite dimension , tels que les étagères et les garnitures de cheminées.
Onze tours à polir, à plateau vertical.
Deux tours à polir, à plateau horizontal.
Deux machines à mouvement combiné dans toutes les directions.
Deux machines à percer : l’une avec l’eau et le sable ; l’autre au moyen de la mèche.
Cent cinq ouvriers sont occupés dans les ateliers et 15 au dehors, dans les carrières.
Un tiers environ des objets fabriqués sont exportés dans les deux Amériques , dans les mers du Sud et dans le monde entier. Les belles colonnes de marbre Gampan qui décorent le palais du roi , à Berlin , sortent des ateliers de Bagnères. En outre , M. Géruzet a exécuté des travaux de marbrerie importants à l’église de Bagnères-de-Luchon , à la chapelle de l’hospice d’Agen, à la cathédrale de Bayonne, au palais de justice de Bordeaux.
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Les produits exposés par M. Géruzet sont extrêmement nombreux et variés ; ils se distinguent non-seulement par la beauté des marbres dont il a découvert ou retrouvé les carrières, mais encore par le fini du travail, et surtout par l’élégance et par la légèreté des formes qu’il est parvenu à leur donner.
La bonne installation des nombreuses machines qu’il emploie pour travailler le marbre explique d’ailleurs la supériorité à laquelle il est parvenu : cette supériorité est surtout très-grande dans le travail sur le tour des objets de petites dimensions.
Parmi les produits les plus remarquables qu’il avait exposés , signalons spécialement une colonne qui réunit les principaux marbres des Pyrénées et qui , au moyen du tour, a été complètement évidée à l’intérieur. 'Elle a 4 mètres de hauteur et un diamètre de 0ni,63 à sa base ; elle se compose de tambours de 0m,28 de hauteur, qui s’emboîtent facilement l’un dans l’autre, un tambour saillant succédant alternativement à un tambour rentrant ; son prix est seulement de 600 francs.
Cette colonne évidée présente le grand avantage d’avoir un poids très-faible , de pouvoir se démonter en plusieurs pièces et d’être par conséquent facilement transportable : le marbre enlevé dans son intérieur étant utilisé, elle peut d’ailleurs être livrée à un prix très-réduit.
Dès 1834, M. Géruzet a reçu une médaille d’argent; en 1839, en 1844, en 1849, il a obtenu des médailles d’or à nos Expositions nationales; en 1836, il a été décoré de la Légion d’honneur.
A chaque exposition, M. Géruzet s’est signalé par quelque perfectionnement dans son industrie, soit en introduisant des machines ingénieuses dans son usine , soit en exploitant des carrières nouvelles. Son exemple a provoqué autour de lui la création de cinq usines , et par conséquent il a donné une grande impulsion à l’exploitation de nos marbres si remarquables des Pyrénées.
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De tous les marbriers qui ont pris part au grand concours ouvert par l’Exposition Universelle, le Jury n’en a trouvé aucun qui lui fût supérieur.
M. Tapie (Fr.) (n° 7853). — Employé d’abord comme simple ouvrier dans la marbrerie , M. Fr. Tapie est depuis 1829 le contre-maître de l’atelier des tours à l’usine de Bagnères-de-Bigorre appartenant à M. Géruzet. La marbrerie lui doit l’invention de plusieurs machines aussi simples qu’ingénieuses, qui ont le double avantage d’économiser la matière et de diminuer la main-d’œuvre. Il suffira de citer une scie propre à galber les consoles de cheminée et à débiter le marbre suivant des surfaces courbes. A l’Exposition Universelle, il présentable modèle d’une machine à creuser les coupes qui permet d’évider très-simplement des vasques de tout diamètre et de toute épaisseur, sans que leur noyau intérieur soit perdu. En 1844, M. Fr. Tapie a reçu une médaille d’argent du conseil général des Hautes- Pyrénées, et à l’Exposition de 1849 il a obtenu une médaille de bronze. Le jury de 1855 lui a décerné une médaille de 2e classe pour les ingénieux perfectionnements qu’il a apportés aux machines qui servent à travailler le marbre.
M. Dervillé (n° 4275). — M. Dervillé exploite les carrières de marbre blanc de Saint-Béat, qui sont des plus importantes que nous ayons en France. Il dirige en outre deux usines, l’une à Paris, l’autre à Marseille.
Indépendamment du marbre blanc de Saint -Béat, il travaille les principaux marbres de France, ainsi que les marbres d’Italie, notamment le Carrare, le bleu turquin, le bleu fleuri, le portor. Il a deux scieries mécaniques, dont l’une est mue par l’eau et l’autre par une machine à vapeur. Ces scieries mettent en mouvement 600 lames. Il occupe environ 350 ouvriers.
— M. Dervillé a travaillé les marbres qui décorent plusieurs de nos principaux monuments ; dans ces derniers temps, il a surtout donné une vive impulsion à l’exploitation du marbre blanc de Saint-Béat.
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Les carrières de Saint-Béat sont ouvertes sur le versant septentrional de la montagne de Rie , à 250 mètres au-dessus de la route départementale ; elles présentent des bancs de marbre blanc, d’une épaisseur de 0m,30 à 5 mètres ; ces bancs s’inclinent un peu à l’ouest; ils s’observent sur une étendue d’une centaine de mètres.
On y trouve des blocs qui ont plus de h mètres de longueur, et il n’est pas rare que leur volume dépasse 5 mètres cubes. Les dimensions des blocs sont donc plus que suffisantes.
Le marbre de Saint-Béat est propre à la statuaire ; il est blanc , quelquefois avec une teinte légèrement grisâtre ; il la doit à une petite quantité de matière bitumineuse qui exhale même une odeur désagréable lorsqu’on le frappe avec le marteau. Il est très-cristallin , scintillant , lamelleux , et sa structure le rapproche des marbres blancs de la Grèce. 11 a plus de cohésion que le marbre de Carrare et il se laisse travailler moins facilement : il a cependant été employé avec succès par plusieurs de nos principaux statuaires et pour certains ouvrages , quelques-uns le préfèrent même au marbre de Carrare.
Le calcaire saccharoïde de Saint-Béat contient accidentellement des mouches de soufre ; il passe aussi à des couches grises ou noirâtres dans lesquelles on reconnaît des traces de fossiles, et, d’après Leymerie, ces fossiles seraient jurassiques : le calcaire de Saint-Béat est , en tout cas , métamorphique , et il est d’ailleurs traversé par des filons d’une ophite verte et terreuse.
Les Romains ont exploité le marbre de Saint-Béat, et l’on voit encore des traces de leurs travaux. Des fouilles entreprises , en 182 â, à Martres, et plus tard à Nérac, ont même fait découvrir des sculptures romaines en marbre de Saint-Béat ; ces sculptures sont actuellement au musée de Toulouse, et elles ne permettent pas de conserver des doutes sur l’exploitation du marbre de Saint-Béat par les Romains.
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Au moyen âge , le marbre de Saint-Béat a aussi été exploité. Il a servi à décorer la plupart des églises du Midi, qui remontent aux xie et xne siècles : on peut citer notamment la basilique de Saint-Sernin et la cathédrale Saint- Étienne, à Toulouse. Des tombeaux de la même époque sont aussi en marbre de Saint-Béat.
Sous François Ier, le marbre de Saint-Béat fut exploité de nouveau. Des chroniques locales prétendent même que des lettres de noblesse furent conférées par François Ier à la personne qui lui envoya le premier bloc de ce marbre.
Sous Louis XI Y, son exploitation fut reprise très-activement , et il servit à faire les escaliers ainsi que le pourtour des bassins dans le parc de Versailles.
Depuis cette époque, l’exploitation paraît avoir été abandonnée. En 1821, elle fut reprise parM. Layerle-Capel, avec celle de quelques autres carrières de marbres des Pyrénées, et c’est depuis 1851 que M. Dervillé est devenu le propriétaire des carrières de Saint-Béat. Des travaux préparatoires qui touchent à leur terme sont entrepris en ce moment sous la direction de M. Fabrige, pour donner à ces carrières tout le développement qu’elles peuvent atteindre.
Dans ces derniers temps , les carrières de Saint-Béat ont fourni le marbre qui a servi à M. Dantan à exécuter les deux statues allégoriques de 3 mètres de haut qui sont dans le palais de justice de Tarbes. Les vingt-huit colonnes du promenoir à l’établissement thermal de Bagnères-de-Luchon ont été débitées dans quatre blocs qui avaient Am,30 de longueur, 2m, 70 de largeur et lm,30 d’épaisseur.
Les derniers travaux de recherches ont fait découvrir une variété de marbre d’une couleur plus blanche et d’un grain un peu plus fin que celui qui est habituel au marbre de Saint-Béat : on pouvait en voir un très-beau bloc qui avait été envoyé à l’Exposition.
M. Galinier (Th.) (n° Æ285). — M. Galinier exploite le marbre rouge nommé si improprement griotte d'Italie, puisque , jusqu’à présent, on le connaît seulement à Gaunes ,
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près de la limite des départements de l’Aude et de l’Hérault. Ce marbre a une couleur rouge vif, comme celle de la cerise griotte. Il est noduleux et parsemé de taches blanches produites par de la chaux carbon atée spathique , qui s’est infiltrée dans l’intérieur de céphalopodes , notamment de clyménies L Quelquefois la chaux carbonatée y forme des veines blanches; mais alors il est moins estimé. Il prend très-bien le poli, et c’est assurément l’un des plus beaux marbres que l’on connaisse.
M. Galinier a découvert à Félines-Hautpoul de nouvelles carrières dont il a entrepris l’exploitation. Les différents marbres qu’il a envoyés à l’Exposition se rapprochent plus ou moins de la griotte. Plusieurs passent à Y incarnat, mais ils ne sont cependant pas aussi beaux que le rouge incarnat de MM. Grimes et Caffort, duquel nous allons parler. D’autres sont rouge jaspé , rouge mélangé de vert T rouge nuancé de gris.
Tous ces marbres peuvent s’extraire en blocs de grandes dimensions. Leur exploitation est active et occupe maintenant 18 ouvriers aux carrières , 20 à l’atelier. 2 h mètres cubes de marbre griotte viennent d’être envoyés à Paris pour servir à la décoration du Louvre.
MM. Grimes et Caffort (n° 150). — MM. Grimes et Caffort exploitent dans les environs de Caunes des marbres qui sont très-propres à la décoration des monuments. Le plus remarquable est le marbre grand incarnat ou rouge incarnat , qui est à grandes parties rouges et blanches. Il appartient au terrain dévonien, et on doit le regarder comme une variété de la griotte de Caunes. Les parties rouges proviennent du calcaire dévonien qui s’est déposé primitivement ; on y observe quelquefois des fossiles , notamment des entroques et des orthocères. Les parties blanches ont une teinte un peu grisâtre ; leur structure est
1 Dufrénotj et E. de Beaumont : Explication de la carte géologique de France, I, p. 167.
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concrétionnée comme celle des stalagmites ; elles sont formées par de la chaux carbonatée fibreuse qui s’est déposée par infiltration de la même manière que dans les filons ; elle a rempli les interstices laissés par ie calcaire rouge primitif , et elle a réuni tous ses fragments en un marbre bien compacte. Lorsque ce marbre a été exposé pendant de longues années à l’action de l’air, comme les parties blanches s’altèrent moins rapidement que les parties rouges, elles forment à la surface de légères saillies.
Le rouge incarnat, qui décore beaucoup de nos monuments, s’extrait, depuis plusieurs siècles, d’une carrière unique , celle de Gaunes dans l’Aude. Il peut être obtenu en blocs ayant k mètres de longueur et cubant 2m,50 ; il y a même des blocs qui ont jusqu’à 8 mètres de longueur. Sous Louis XI Y, ce beau marbre a servi à décorer les palais de Versailles et de Trianon. On le trouve aussi dans plusieurs églises de Paris , notamment à Saint-Sulpice. Il a été souvent employé au musée du Louvre, et les colonnes de l’arc de triomphe du Carrousel en sont également formées.
MM. Grimes et Caffort exploitent encore d’autres variétés de marbres à C aunes ; citons :
Le rouge turquin , qui est une variété du grand incarnat présentant des parties grises ; il peut être obtenu en blocs de à à 5 mètres de longueur, cubant jusqu’à Am,50 ;
La griotte brune , la griotte panachée , le vert de moulin , le rouge français , qui est assez beau, mais inférieur au rouge antique de Grèce. Ces derniers marbres s’exploitent en blocs ayant 1 mètre , au plus 2 mètres ou 2m,50 de longueur.
Le prix moyen de tous ces marbres est , à Carcassonne , de 350 francs le mètre cube. Le mètre carré, en tranches de 0m,022 d’épaisseur, revient à 12 francs. Le prix proposé à Paris, pour la décoration du nouveau Louvre, est de 750 francs pour le rouge incarnat ; de 825 francs pour le rouge turquin ; de 750 francs pour la griotte brune; de 950 francs pour la griotte panachée; de 1,000 francs pour le rouge français. Ces prix augmenteraient d’ailleurs avec les dimensions des
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blocs; ainsi pour le rouge turquin en blocs cle 3 à 5 mètres cubes , le prix du mètre cube s’élèverait jusqu’à 1,000 fr.
Tous les marbres des environs de Cannes sont extrêmement remarquables et propres à la décoration des plus beaux monuments; malheureusement, bien qu’ils soient seulement à 15 kilomètres du canal du Midi , ils sont à une très-grande distance de Paris , en sorte que leur prix de revient est trop élevé pour qu’il leur soit possible de lutter avec les marbres de la Belgique. Aussi, depuis longtemps , l’exploitation du rouge incarnat se borne- t-elle à ce qui est nécessaire à la consommation dans un rayon assez petit, et en ce moment elle est même complètement abandonnée. Il est très-vraisemblable toutefois que les travaux du nouveau Louvre viendront bientôt rendre quelque activité à cette ancienne et importante exploitation.
M. Callion (F.) (n° A262). — M. Callion exploite les marbres de la vallée d’Aspe, à Monmour, près d’Oloron , dans les Basses-Pyrénées. Il occupe 15 ouvriers sur les carrières et au-dessous; 3 ouvriers seulement travaillent au sciage du marbre dans son usine. Le mouvement est donné par une roue hydraulique de la force de quatre chevaux; il y a quatre châssis ayant chacun de 1 à 25 lames. Le prix de revient du mètre carré de marbre débité en tranches et pris à Pau, varie de 7 fr. 50 à 8 fr. 50. La production de M. Callion ne dépasse pas 20,000 francs.
M. Cazaux (B.) (n° A26A). — M. Cazaux exploite, de puis 18A5, le marbre blanc de Gabas , et il le débite soit en tranches , soit en carreaux pour le dallage. Son usine est à Laruns, dans les Basses - Pyrénées. Le moteur est une roue hydraulique d’une force de douze chevaux : il fait manœuvrer quatre châssis à vingt-cinq lames ; un châssis à quatre lames pour débiter le marbre ; une scie volante et une scie circulaire. Le nombre des ouvriers, hommes ou femmes, est de quinze en atelier et de vingt au dehors. Le prix du mètre cube rendu à Pau est seulement de 216 fr. Les tranches se vendent de 8 à 9 francs le mètre carré, lors-
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que leur épaisseur est de 1,5 centimètres à 2,5 centimètres; leur prix s’élève au double, ou à 18 francs, lorsque leur épaisseur est de h centimètres, leur longueur de 1 mètre, leur largeur de 65 centimètres. A l’Exposition de 18A9, M. Cazaux a reçu une médaille d’or à titre d’encouragement pour son exploitation de marbre blanc , qui est malheureusement si rare en France
M. Ardenne (n° A2M). — En 1836 , M. Ardenne a découvert à Castera-Verduzan , dans le Gers , une carrière d’un marbre qui a une belle couleur jaune d’or. Le marbre de Caslera-Verduzan appartient au terrain d’eau douce miocène de la Gascogne. On y distingue quelquefois des concrétions à zones concentriques , de même que dans le calcaire à priapolithes de Castres. Sa belle couleur jaune est due à un mélange intime d’ocre. Dans quelques parties il ya d’ailleurs de la chaux carbonatée blanche spatliique et transparente. La présence de ce marbre est tout à fait accidentelle dans le terrain tertiaire, et on ne le connaît pas sur d’autres points du départementdu Gers; il est très-vraisemblable qu’il a été produit par des sources thermales ferrugineuses , comme celles qui coulent encore autour de Castera-Verduzan , notamment dans la propriété de M. le marquis Odon de Pins.
Le marbre de Castera-Verduzan prend très-bien le poli , et c’est un des plus beaux marbres jaunes que l’on connaisse; on peut l’extraire en blocs ayant 1 mètre de long, et, dans quelques cas rares, lm,90 ; leur hauteur est seulement de 0m,30 à 0m,65. Ces blocs ne forment pas une couche régulière ; il faut les choisir dans la carrière même, au milieu du calcaire ordinaire et dans celles de ses parties qui ont été pénétrées par la source thermale ferrugineuse.
Jusqu’à présent ce marbre n’a pas été exploité d’une manière régulière , et une scierie reste encore à construire. On en fait cependant des cheminées , des guéridons , des autels; on s’en sert aussi pour des bracelets , des épingles, des chandeliers et de petits objets d’ornement à l’exécution
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desquels il est très-propre. La vente de ces objets a été limitée aux environs de Castera-Verduzan. Quelques blocs de marbre brut ont été vendus à Bagnères-de-Bigorre au prix très-réduit de 300 fr. le mètre cube.
— Groupe «les llpes.
Le groupe des Alpes comprend les carrières de marbre et les usines qui sont situées sur le versant français des Alpes. On y trouve quelques beaux marbres, notamment du marbre d’un noir foncé très-pur et du cipolin ; l’exploitation de ce cipolin avait lieu dans le val Godemar, mais elle est abandonnée maintenant. Il y a aussi dans les Alpes de l’anhydrite, et surtout une grande variété de belles serpentines que nous avons déjà décrites. Les usines dans lesquelles on travaille ces serpentines sont d’ailleurs celles dans lesquelles on élabore les marbres des Alpes , et nous allons en parler maintenant.
M. Bigillion (n° Ix 257). — Depuis 1851, M. Bigillion a entrepris des exploitations de marbres, qui, comme toutes celles des Alpes, paraissent devoir prendre quelque développement.
Les marbres qu’il exploite sont le marbre por torde Chor* ges et du Lauzet. Le marbre noir , d’une teinte bien uniforme , dit marbre noir antique , qui se trouve à Saint-Crépin. Ce marbre a été exploité par les Bomains.
La brèche portor de Saint-Crépin. Elle est formée de fragments noirs, entourés par des veines blanches ou brunâtres de chaux carbonate ferrifère.
Enfin le marbre rose de Chorges , et le marbre violacé et bréchiforme de Guillestre.
Cinquante-cinq ouvriers sont occupés sur les carrières et sept chevaux servent au transport des blocs extraits. Le nombre des ouvriers travaillant dans l’usine est seulement de six. La journée de ces ouvriers varie de 1 fr. 50 c. à h fr.
L’usine elle-même est établie à Gap ; on y débite le marbre
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en tranches. Le moteur est une roue de la force de 10 chevaux : cette roue manœuvre à châssis ayant chacun 10 lames.
Les marbres exploités sont pour la plus grande partie vendus à des marbriers de Paris , notamment à MM. Michel et Cantini. La valeur des marbres livrés au commerce annuellement est de 55,000 fr. Voici d’ailleurs quel est le prix du mètre carré en tranches et du mètre cube brut rendus à Paris :
Mètre carré
Mètre cube.
en tranches.
brut.
Marbre porlor de Chorges .
20 fr
560 fr
— porlor du Lauzet, au Monestier de Briançon.
— rose de Chorges. ... .
— violet de Guilleslre .
— noir antique de Saint-Crépin .
— brèche-porlor de Saint-Crépin .
— de Rezoul. . .
Un coup d’œil jeté sur les prix de ces marbres des Hautes- Alpes montre qu’ils sont très-peu élevés ; car ils ne dépassent pas 600 fr., c’est-à-dire le prix de vente des marbres ordinaires de la Belgique. Bien que les marbres des Hautes- Alpes soient à une grande distance , ils peuvent être faci lement transportés par la mer, le Bhône et les canaux , en sorte que , dès à présent , ils commencent à prendre part à l’approvisionnement de Paris.
M. Astreoud (A.) (n° Zi35Zi) . — En 1851, M. Perroncel entreprit l’exploitation de plusieurs carrières de marbre dans les Alpes françaises ; il forma des ouvriers marbriers dans un pays où cette industrie était tout à fait inconnue , et il créa l’usine de Bon-Bepos à La Mure d’Isère. Les beaux marbres qu’il envoya à l’Exposition française de 18M fixèrent l’attention du Jury, qui lui décerna une médaille de bronze. Depuis 1851, M. Astréoud a remplacé M. Perroncel, et il se présente à l’Exposition Universelle avec des marbres qui sont également remarquables.
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Citons spécialement le marbre noir à grain très-fin et à couleur bien uniforme de Sainte -Luce, canton de Corps, dans l’Isère ; ce dernier marbre prend très-bien le poli, et il a été préféré au marbre noir de Dinan pour le tombeau de l’Empereur Napoléon aux Invalides : on l’a extrait en blocs de 5m,50 de longueur sur lm,20 de largeur et sur 0m,65 d’épaisseur. La carrière de marbre noir de Sainte- Luce est à 18 kilomètres de La Mure; elle occupe h à 6 ouvriers qui exploitent 25 mètres cubes de marbre par an.
AuPeychagnay, h à 6 ouvriers exploitent encore un marbre noir veiné de gris , nommé gris panaché , qui est à h kilomètres seulement de La Mure ; on en extrait annuellement 35 mètres cubes.
M. Astréoud a découvert récemment un beau marbre jaune jaspé, à Saint-Maximin (Yar) ; il en a envoyé un échantillon à l’Exposition.
— A l’usine de Bon-Repos , le moteur est une roue d’une force de 1 h chevaux ; cette roue donne le mouvement aux machines suivantes :
6 châssis garnis de 15 à 30 lames ;
6 lames à débiter les blocs ou lçs tranches ;
3 tours pour couper, creuser et polir les tables rondes ;
2 tours pour les colonnes et autres objets à surface de révolution.
Le personnel de l’ usine se compose de : 1 contre-maître, 3 ouvriers employés au sciage et à la surveillance du travail de jour et de nuit. Comme l’arrosage se fait seul, il leur suffit de mettre toutes lés heures un peu de sable sous les lames qui opèrent le sciage des blocs.
Dans l’atelier de confection , il y a 13 ouvriers qui travaillent ou sculptent le marbre , et 27 ouvrières qui le polissent.
Le salaire du contre-maître est de 90 fr. par mois ; celui des ouvriers marbriers varie de 2 à A fr. par jour ; celui des polisseuses est de 60 cent, à 1 fr. 25 cent.
L’usine de Bon-Repos travaille non-seulement les mar-
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bres des carrières quelle exploite directement, mais encore différents marbres des Alpes , notamment le marbre de Laffray, la brèche portor de Saint-Crépin, et la brèche de couleur violette de Guillestre dans les Hautes-Alpes. Elle échange aussi la serpentine de Maurins et le marbre noir de Sainte-Luce contre des marbres d’Italie.
Nom des Marbres.
En bloc
En tranches de 0‘\025
En tranches polies
à la Mure
Paris
à la Mure
Paris
à la Mure
Paris
Marbre noir de Sainte-Luce .
— gris panaché du Peychagnay. . . .
Des cheminées ordinaires en marbre des Alpes peuvent être livrées au prix très-réduit de 12 à 20 fr.
L’usine de Bon-Repos échange annuellement pour 25,000 fr. de serpentine de Maurins et de marbre noir de Sainte- Luce qui sont livrés en blocs. Elle vend, en outre, pour 60,000 fr. de marbrerie confectionnée.
Ses principaux débouchés sont, pour les marbres bruts , Marseille , Paris et la Belgique : c’est à Marseille surtout que se font les échanges des marbres des Alpes contre ceux d’Italie. Pour les marbres travaillés, les débouchés sont la Savoie , Genève , Lyon , Saint-Étienne , Lons-le-Saulnier, Besançon et tout le bassin du Rhône.
La production de l’usine de Bon-Repos est en voie de progrès , et elle se développera encore davantage avec le perfectionnement des voies de communication.
M. Sapey (C.) (n° M20). — M. le sénateur Sapey a exposé des marbres remarquables provenant de ses carrières de l’Isère et des Hautes- Alpes. 11 exploite notamment une brèche d’une belle couleur rouge violacé. Cette brèche est traversée par des veines nombreuses de chaux carbonatée blanche et spathique. Elle renferme des fragments de calcaire rouge violacé , de la serpentine verte , du quartz et
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diverses roches dures qui en rendent le sciage et le polissage difficiles. Le prix du mètre cube est de 900 fr. à Yizille, de 1,000 fr. à Paris.
Les marbres exploités par M. Sapey sont sciés dans l’usine de Saint-Firmin près de Vizille. Le nombre total des ouvriers employés est de 35. Le mauvais état des chemins qui conduisent aux carrières est l’un des principaux obstacles au développement des exploitations.
Les débouchés sont d’ailleurs Mulhouse , Strasbourg , Metz, Nancy, Besançon, Paris, Agen, ainsi que la Savoie et la Belgique.
M. Molinier (F.) (n° 4321). — M. Molinier, marbrier depuis trente ans , exploite , outre la serpentine de Maurins , plusieurs marbres des Basses-Alpes.
Signalons un marbre rouge violâtre , à taches foncées , qui provient de la commune de Saint-Paul. Son prix est de 500 fr.
Citons aussi le portor de Saint-Paul , dans les Basses- Alpes ; ce dernier est noir grisâtre et traversé par de petites veines très-ondulées de fer carbonaté jaune et de chaux carbonatée blanche ; il revient à 800 fr. le mètre cube.
M. Molinier exploite en outre la brèche jaune de Digne; elle a une pâte violacée , dans laquelle sont disséminés des fragments arrondis et de grosseur variable; leur couleur est jaune, rougeâtre, brune ou grise, moins foncée que celle de la pâte. Cette brèche , qui est d’un bel effet et qui ressemble à celle d’Alet , peut être livrée au prix de 400 fr.
Enfin il y a encore un marbre noir de Beaujeu (Basses- Alpes) , d’une couleur un peu terne , dont le prix est seulement de 300 fr.
L’exploitation de M. Molinier occupe en ce moment 19 ouvriers et produit des marbres pour une valeur qui n’excède pas 35,000 fr., mais elle pourra prendre du développement dès qu’une route impériale qui vient d’être décrétée permettra d’extraire plus facilement les blocs des carrières. Le
MARBRES
Jury a décerné une médaille de 2e classe à M. Molinier, pour son exploitation des marbres des Basses-Alpes.