Groupe «lu Nord
Le groupe du Nord comprend les carrières et les usines qui se trouvent au nord et au nord-est de la France, notamment dans les départements du Pas-de-Calais, du Nord, des Ardennes , de la Meuse.
Les marbres de ce groupe sont exploités très-activement ; ils ont généralement des couleurs sombres comme les marbres de la Belgique. On les emploie beaucoup à Paris et dans le nord de la France.
M. Deconchy (n° 13). — M. Deconchy exploite l’importante carrière de Franchimont , près de Philippeville, l’une des plus anciennes de la Belgique. Bien que cette carrière se trouve en Belgique , nous en parlerons à la France , M. Deconchy figurant seulement au catalogue parmi les Exposants français.
Les premiers travaux de la carrière de marbre de Fran chimont ont été commencés il y a environ un siècle , et la scierie dans laquelle on débite le marbre qu’on extrait, a été construite en 1703.
Ce marbre se nomme quelquefois rouge royal ; il a une couleur rouge mélangée de gris et de blanc ; ses parties blanches sont généralement formées , comme dans le grand incarnat, par de la chaux carbonatée concrétionnée et cristalline. Ses parties rouges consistent , au contraire , en un calcaire compacte, dans lequel il y a souvent un grand nombre de fossiles. Le calcaire rouge représente donc la roche
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primitive dans laquelle il s’est produit des vides qui ont ensuite été remplis par des infiltrations de chaux carbonatée blanche.
Le marbre de Franchimont forme une couche qui est comprise entre deux couches de schiste , et qui plonge assez fortement. L’exploitation a donné lieu à une excavation profonde , dans laquelle on est gagné par l’eau ; les blocs détachés sont extraits le long d’un plan incliné et au moyen d’un cabestan. On peut obtenir ce marbre en blocs de 10 mètres de longueur.
Le nombre des ouvriers employés à l’exploitation est de 20. La quantité extraite annuellement ne dépasse pas 150 mètres cubes.
La scierie de Franchimont débite 3,000 mètres carrés de marbre en tranches. Le prix de ce marbre à Paris est de 500 fr. le mètre cube , et de 15 fr. le mètre superficiel en tranches de 0m,02 d’épaisseur ; le prix du mètre carré poli est seulement de 10 fr. Le chiffre de sa vente ne dépasse pas 60,000 fr. par an. Une petite partie seulement est vendue en Belgique , tout le reste est consommé en France.
Le marbre de Franchimont est souvent employé à Paris pour décorer les boutiques et les magasins. Avec le marbre de Saint-Anne , il a servi au dallage de la galerie vitrée au Palais-Royal. On en a fait des colonnes qui décorent les appartements du Ministre des finances, rue de Rivoli. Dans le musée des antiques , il forme les piédestaux de diverses statues. Il forme encore les panneaux inférieurs dans la galerie des tableaux au Louvre , ainsi que dans la grande galerie des Batailles , à Versailles .
— M. Deconchy possède à Cousolre, dans le département du Nord, une scierie qui occupe 12 ouvriers, dans laquelle on débite le marbre de Franchimont. Enfin, il possède également deux autres scieries à Fatouville, près de Honfleur, qui produisent annuellement 12,000 mètres carrés de marbre en tranches : elles travaillent différents marbres d’Italie et
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des Pyrénées, qu’il est facile d’y transporter économiquement par le cabotage. L’importance de la vente et de la fabrication de M. Deconchy le place , avec M. Dervillé , à la tête du commerce de la marbrerie en France.
M. Gaudy (T.) (n° 4378). — Il existe aux environs de Boulogne-sur-Mer un calcaire fàês-compacte qui passe à des couches renfermant des productus , et qui appartient à la partie supérieure du calcaire carbonifère. Ce calcaire, de couleur gris brunâtre, blonde, café au lait ou brun grisâtre, donne un marbre un peu sombre, mais qui est d’excellente qualité. Sa densité est faible, car elle est seulement de 2,43. Il présente tantôt des veines , tantôt des concrétions ; quelquefois il est comme granité. Il prend d’ailleurs très-bien le poli. On peut surtout en avoir des blocs de toutes dimensions, et dans la carrière Napoléon, il y en a même des masses qui dépassent 80 mètres cubes.
Le marbre dit de Boulogne se trouve dans un polygone limité par Marquise , Hermelinghen , Landrethun et Leubringhen. Son exploitation ne date guère que de 1804, et elle a dû son premier développement à l’emploi qui a été fait de ce marbre pour la colonne commémorative du camp de Boulogne , destinée à perpétuer le souvenir de la première distribution des décorations de la Légion d’honneur.
Depuis cette époque, on a reconnu l’existence d’une vingtaine de carrières dans lesquelles on pourrait extraire du marbre, mais M. Gaudy ne l’exploite qu’àFerques, à Hidrequen et à Blecquenecq. Deux scieries hydrauliques, d’une force de 16 chevaux chacune , servent à le débiter en tranches; 200 lames de scies y sont en mouvement nuit et jour. Le nombre d’ouvriers employés est de 22 en atelier, de 120 au dehors et sur les carrières. La production annuelle est de 10,000 mètres carrés de marbre en tranches, et de 300 mètres cubes en blocs. La Belgique et la Hollande consomment les deux tiers de ces blocs ; le reste se répand à Valenciennes, au Quesnoy-sous-Deule et à Maubeuge. Les tranches se vendent à Paris , Lille , Bordeaux , Bouen , le
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Havre, Dunkerque, Arras, Amiens, Abbeville, Caen, Dieppe, Saint-Omer, etc.
Le marbre de Boulogne a une couleur un peu sombre qui le rend propre à la décoration des tombeaux ; aussi a-t-il été employé à Paris à la chapelle expiatoire et au monument de l’empereur Napoléon aux Invalides. Du reste, on l’a également employé à la Bourse, à l’église de la Madeleine, ainsi que dans les cathédrales d’Arras et d’Amiens.
Voici quels sont les prix des marbres du Boulonnais achetés directement et rendus à la gare de Paris :
Blocs.
Tranche.
mètre cube.
mètre carré.
Marbre Napoléon, gris brunâtre à veines blondes. .
Marbres Lunel, ainsi que les variétés Henriette,
Joinville .
Marbre rubané, gris brunâtre et blond .
Id. dit Stinkal , brun jaunâtre à taches brunes.
Ces prix sont ceux des marbres achetés directement à Boulogne, et ils sont très-notablement inférieurs à ceux que nous avons donnés antérieurement , qui leur sont attribués par le commerce de Paris. Le marbre de Boulogne revient à un prix très-peu élevé ; aussi son emploi se répand-il chaque jour davantage, surtout depuis l’établissement du chemin de fer. De tous les marbriers de France, M. Gaudy est d’ailleurs le seul qui , par la modicité de ses prix , puisse lutter avantageusement avec les marbriers belges, et il exporte même une grande partie de ses marbres en Belgique.
M. Puissant (n° 4333 France, n° 344 Belgique). — M. Puissant exploite sur une très-grande échelle les marbres de Merbes-le-Châieau , en Hainaut. Cette exploitation occupe 140 ouvriers en atelier et 250 dans les diverses carrières. 80 chevaux de force, obtenus par la vapeur et par l’eau, mettent en mouvement des scies , des machines à moulures. M. Puissant avait exposé une belle cheminée en marbre rouge marron veiné de blanc. Les marbres de Merbes-le-
Château font l’objet d’un commerce important pour Paris ; ils appartiennent au calcaire dévonien de l’Eifel qui est à la base du terrain anthraxifère.
M. Donau (F.) (n° 4276). — M. Donau exploite et travaille les marbres de Givet dans les Ardennes. Son usine a été fondée en 1852. Il occupe 22 ouvriers en atelier, 12 au dehors. Le mouvement est donné par une roue hydraulique de la force de 10 chevaux et par un manège de la force de 2 chevaux. Les marbres exploités dans les environs de Givet appartiennent , comme ceux des Merbes , au calcaire dévonien de l’Eifel. Leur qualité n’est pas inférieure à celle des marbres de la Belgique.
Dans la carrière de Rancennes, découverte en 1847, on extrait des marbres noirs et blancs désignés dans le commerce sous le nom de Florence , de Sainte- Anne , de Braël ; ce dernier, qui est à fond noir parsemé de petites taches blanches, est assez remarquable.
Dans la carrière de Fromelennes, qui a été découverte seulement en 1853, on obtient des marbres rouges, brunâtres , nuancés de blanc et de gris ; on les nomme dans le commerce ripel , granité , griotte.
Tous ces marbres sont de bonne qualité et ils prennent très-bien le poli. Ils sont pour la plus grande partie débités en tranches et ils se vendent au prix de 11 francs le mètre carré. Cette exploitation de M. Donau paraît dans de bonnes conditions de succès.
M. Josset (M.-J.). — M. Josset, à Maubeuge (Nord), exploite les marbres de la Belgique et du nord de la France. Ses ateliers sont à Jeumont et à Cousolre. Il a établi en outre un dépôt de marbres à la Ruission , dans le canton de Merbes-le-Château.
M. Broutechoux (n° 7845) . — La statistique géologique de la Meuse décrit une lumachelle qui a été signalée dans les anciens ouvrages de minéralogie sous le nom de pierre chaline ou de marbre de VArgonne L Elle est formée de coquilles
1 Buvignier et Sauvage; Statistique géologique de la Meuse, p. 374-375.
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noirâtres disséminées dans un calcaire gris bleuâtre; elle devient jaunâtre dans les parties qui ont été exposées à l’air, et alors sa couleur est très-nuancée. Elle est très-compacte, très-résistante, et par suite difficile à tailler; mais elle prend bien le poli. Elle se trouve près de Verdun , à Avocourt , à Aubréville, à Parois, à Brocourt, à Rampont ; ses bancs atteignent de 0m,30 à 0m,40 d’épaisseur.
Depuis quelques années, M. Broutechoux a entrepris d’exploiter cette lumachelle , et il a envoyé à l’Exposition une cheminée et une pendule sorties de ses ateliers.
MM. Lucq (n° M00). — Depuis 1836, MM. Lucq exploitent dans le département du Nord une lumachelle qui ressemble beaucoup à la précédente, et qui provient de Pontsur-Sambre , près Maubeuge. Sa couleur est gris brunâtre assez sombre ; les fossiles qu’elle enveloppe ont une couleur noirâtre.
<5. — Groupe «le l’Ouest.
Le groupe de l’Ouest comprend les carrières et les usines de la presqu’île de Bretagne et des départements voisins. Les marbres de cette partie de la France se trouvent surtout dans les départements de la Mayenne, de la Sarthe, du Calvados. Ils sont homogènes, compactes, et de la bonne qualité ; mais , comme ceux du nord de la France , ils ont généralement des couleurs un peu sombres. Leur exploitation est d’ailleurs très-active, et depuis quelques années elle a pris beaucoup de développement ; elle va sans doute créer une concurrence sérieuse aux marbres du nord de la France et de la Belgique.
MM. Landeau, Noyers et Cle (n° A338). — MM. Landeau et Noyers exploitent aux environs de Sablé, dans la Sarthe, cinq variétés de marbre appartenant au terrain anthraxifère des bords de la Loire. Ils distinguent le marbre noir , le gris panaché , le rose en juger aie, le sainte-anne et le sarrancolin de T Ouest : ces deux derniers ressemblent assez aux marbres de la Belgique et des Pyrénées dont ils portent le nom. Tous
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ces marbres sont compactes , exempts de fils et de défauts ; ils prennent bien le poli; ils peuvent s’exploiter en grands blocs : ainsi, les tranches envoyées à l’Exposition avaient une surface de lm c ,50. Il y avait d’ailleurs une belle colonne de sarrancolin de l’Ouest, ayant 4m,30 de hauteur et un diamètre de Om,Z|l.
Une force motrice de 90 chevaux au moins, met en mouvement à scieries hydrauliques comprenant plus de 340 lames. L’organisation des machines est très- bien entendue et présente quelques perfectionnements; elle permet de travailler des pièces de marbre de toutes les dimensions. Le nombre des ouvriers est constant pendant toute l’année , il s’élève à 150 : ces ouvriers produisent annuellement 12,000 à 15,000 mètres carrés de marbre en tranches.
Le marbre de Sablé est surtout employé pour cheminées et pour dessus de meubles; la colonne envoyée à l’Exposition montre qu’il pourrait aussi être employé dans les monuments ; cependant, ses couleurs sont moins vives que celles de plusieurs des marbres de nos carrières de France. Il s’expédie dans la Bretagne , la Touraine , la Normandie et jusqu’à Paris, où le chemin de fer lui permet de lutter avec avantage contre les marbres de la Belgique.
MM. Landeau et Noyers ont su vaincre les grandes difficultés inhérentes à l’exploitation de carrières nouvelles , à la création d’un grand établissement destiné au travail des marbres; depuis plusieurs années déjà, ils livrent au commerce de grandes quantités de marbres très-estimés et trèsutiles dans les constructions : leur industrie est une source de prospérité pour la ville de Sablé ; aussi le Jury a-t-il pensé qu’ils méritaient une médaille de 2e classe.
Société marbrière du Maine (n°7839). — La société marbrière du Maine s’est fondée au Mans en 1851, et dès à présent elle exploite 12 carrières dont les marbres sont travaillés dans deux usines importantes L
1 Rapport du Jury départemental (Secrétaire Marcel Vêtillart).
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Les carrières qu’elle exploite se trouvent à Joué-en-Charnie, à Loué et aux environs de Saint-Pierre-sur-Erve , dans le département de la Sarthe; à Neuvillette, à Greez-en- Bouère et près de Laval, dans le département de la Mayenne. Ses marbres appartiennent à peu près aux mêmes variétés que ceux de la Société Landeau et Noyers, de Sablé. Elle les distingue d’après leurs couleurs ou d’après la localité de laquelle ils proviennent, savoir : gris perlé , gris fleuri , brun panaché , brèche portor , bleu de Neuvillette , rose de Laize , blanc de Corbinière , brèche Sainte-Catherine, Sainte- Anne de V Ouest, et deux variétés de sarrancolin de l’Ouest, l’une rouge, l’autre jaune.
L’Exposition présentait une table d’un marbre gris assez vulgaire , mais très-compacte et très-résistant , que la Société du Maine proposait de livrer, pour les halles de Paris, au prix de 18 centimes le mètre carré monté sur consoles. Les marbres de la Société du Maine peuvent s’extraire en blocs considérables, ayant pour ainsi dire toutes dimensions. Ils sont très-compactes et ils prennent bien le poli ; cependant ils ont généralement des couleurs sombres comme les autres marbres des bords de la Loire et comme ceux de la Belgique.
— Deux usines servent au travail des marbres de la Société du Maine.
La première est à Pontlieuc , où elle dispose d’une chute d’eau de 25 chevaux. Une machine à raboter est destinée à faire les moulures. Une scie circulaire débite les marbres en pavés et en losanges. Il y a aussi une machine à polir. Le sciage du marbre en tranches est opéré par 6 armures ayant chacune 25 lames.
La deuxième usine se trouve au gué de Maulny ; elle est beaucoup moins importante ; le sciage y est opéré par quatre armures seulement, ce qui donne en tout 250 lames pour les deux usines. La quantité de marbres en tranches qu’ elles peuvent débiter est de 1,000 mètres carrés par mois : soit 12,000 mètres par an.
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La Société marbrière du Maine occupe dès à présent 110 ouvriers, hommes, femmes et enfants. Elle livre surtout du marbre en tranches pour cheminées et pour meubles.
Le prix du mètre carré poli, au Mans, descend jusqu’à 8 francs pour le gris perlé , le brun panaché , le bleu de Neuvillette; il est au plus de 10 francs pour le Sainte-Anne et le sarrancolin ; il ne s’élève à 18 francs que pour le Sainte- Catherine , et à 25 francs que pour la brèche-portor .
Le prix du mètre cube, rendu à Paris, est très-peu élevé ; car il varie de 175 à 200 fr. ; ce prix est bien inférieur à celui que le commerce de Paris attribue aux marbres de la Sarthe et de la Mayenne.
La Société marbrière du Maine s’est formée pour donner du travail à une population malheureuse : dans ce but , elle a crée des usines , elle a repris des carrières abandonnées depuis 1848 et elle en a ouvert de nouvelles. L’exploitation de ses marbres peut se faire économiquement ; et , d’un autre côté , le chemin de fer permet de les transporter facilement à Paris ; il est donc probable que les marbres du Mans viendront , par la suite , prendre part à la consommation de Paris , comme les marbres de la Belgique et du nord de la France , avec lesquels ils ont beaucoup de ressemblance.
Mme Va Henry (n° 4294) . — Mme Ve Henry fait exploiter et travailler, dans son usine de Laval, les marbres de la Mayenne . Ces marbres sont noirs, gris et rouges; ils ne diffèrent pas de ceux que nous venons de décrire qui proviennent des environs de Sablé et du Mans. Ils appartiennent au terrain anthraxifère.
25 ouvriers sont occupés à l’usine, 37 au dehors. Une roue hydraulique donne le mouvement à 250 lames qui débitent le marbre en tranches.
L’usine de Mme Henry existe depuis 1820, et, dans nos expositions nationales de 1839, de 1844 et de 1849, elle a reçu 3 médailles de bronze. Le nombre très-grand des
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marbres remarquables envoyés à l’Exposition Universelle a dû forcer le Jury à lui accorder seulement une mention.
MM. Bunel (V.) etLABARTHE (G.) (n°4261). — Depuis 1852, MM. Bunel et Labarthe ont créé une usine dans laquelle ils travaillent les marbres de Regneville (Manche). Ces marbres proviennent des carrières qui étaient d’abord exploitées pour la fabrication de la chaux. AO ouvriers sont occupés dans les carrières et dans l’usine. Le moteur est une machine à vapeur d’une force de 6 chevaux : on se propose de l’augmenter par l’adjonction d’une ou de deux autres machines.
Les marbres de Regneville ont une couleur qui varie du noir au blanc grisâtre : ils prennent très-bien le poli. Le plus remarquable est un marbre noir foncé traversé par des veines blanches ou brunâtres de chaux carbonatée ferrifère ; c’est une espèce de portor. Un autre est gris bleuâtre , agréablement veiné de blanc. Un troisième est blanc grisâtre , traversé par un grand nombre de fissures fines et irrégulières qui sont remplies par un carbonate ferrifère de couleur brune ou jaunâtre.
Les marbres de Regneville envoyés à l’Exposition avaient été travaillés avec beaucoup de soin ; un bénitier, des pendules , des guéridons , des cheminées de différents styles , ne laissaient rien à désirer pour leur fini et leur bonne exécution.
Regneville étant un port de mer près de Coutances , il sera facile de transporter ces marbres et de leur trouver des débouchés soit sur les côtes de France , soit en Angleterre. Dès 1819 , des carrières de marbre ont été exploitées à Regneville par M. Guion des Moulins ; mais la création de l’usine à vapeur est due à une généreuse initiative de M. Bunel , riche propriétaire de l’arrondissement de Coutances , qui a cherché par ce moyen à donner du travail à la population ouvrière.
M. Nory-Dupar (n° 186). — M. Nory-Dupar avait envoyé à l’Exposition un marbre gris , provenant de la forêt d’É-
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couves , commune de Radon , dans le département de T Orne. Ce marbre , présenté en 1851 à l’Académie des Sciences , a déjà été examiné par une commission formée de MM. Élie de Beaumont et Constant-Prevost ; nous ne saurions mieux faire que de citer ici une partie du rapport de M. E. de Beaumont :
« Le marbre de Radon renferme 15 à 20 p. 100 de ma- » tières quartzeuses et argileuses. Il est d’un gris noirâtre » ou légèrement bleuâtre, traversé par des veines blanches, » noirâtres , et par quelques filets jaunes. Il contient acci- » dentellement des pyrites.
» L’assise calcaire découverte par M. Nory-Dupar, affleure » dans la commune de Radon , à environ 10 kilomètres au » nord d’Alençon , sur le bord d’un étang , au milieu des » collines qui forment les contre-forts du massif montagneux » de la forêt d’Écouves. Ce massif, y compris les collines de » Radon , a été colorié, sur la carte géologique de la France, » comme appartenant au terrain silurien. Il se compose en » partie de quartzites qui forment , dans nos départements » de l’Ouest , la base de ce terrain. On y trouve aussi des » schistes qui en dépendent également.
» Le marbre de Radon est probablement voisin des quart- » zites , et le marbre découvert au fond de la carrière pour- » rait contribuer à confirmer cette conjecture ; on peut pré- )> sumer que son gisement a de l’analogie avec celui du » marbre de Vieux , dans le département du Calvados. »