LAC AU GRIMSEL
DA. 7. Lac au Grimsel (Janvier 1840).
Le lac est couvert uniformémént de 1",60 hauteur de neige fortement tassée, même hauteur qu'à la perche. — Demandant au guide Jaun, qui fait les observations depuis le 1°" novembre, à quelle époque le lac s’est couvert de glace (que la surface d’eau a gelé)? Il a répondu : « En règle générale, la surface de l’eau du lac ne gèle pas, « comme les amas d’eau dans la plaine; cette année il s’est couvert de « neige comme les années antérieures où j'ai séjourné au Grimsel. Et «je vais vous expliquer comment les choses se passent : Générale- « ment les premières chutes de neige se font en novembre en petite « quantité; en tombant dans le lac elles refroidissent la surface de « l’eau et s’y dissolvent; le froid augmentant, et les chutes de neige « étant plus fréquentes et plus fortes, finissent par couvrir le lac d'une « espèce de bouillie de neige qui gèle pendant la nuit, et les chutes « suivantes s’établissent et restent sèches sur cette surface agglomérée. « Et la preuve que c'est ainsi que les choses se passent, la voilà : cette «année, en novembre, l'écoulement de l’eau du lac est devenu de « plus en plus faible, et à la fin du mois le ruisseau était compléte- « ment à sec jusqu'au milieu du mois de décembre; alors, par suite « de fortes chutes de neiges, le ruisseau a recommencé à couler fai- « blement : c'est parce que la charge de la neige a pesé sur la couver- «ture compacte; puis cet écoulement a cessé parce qu'il n'est pas « tombé de neige, et maintenant, depuis la fin de décembre, il ne « s'écoule pas d’eau. — Et c’est ainsi que les choses se sont passées « tous les hivers que j'ai séjourné au Grimsel — ....»
Jaun a ajouté : « Monsieur Besor, et VOUS Papa Dellfus, VOUS possé- « dez le savoir-voir et le savoir-vérifier, et maintenant que vous êtes « en hautes régions en hiver, commandez de faire un trou à travers la « neige tassée qui couvre le lac, et je prends l'engagement de fournir à « chacun de vous un chamoiïs que je tirerai au printemps dans l'Ober- « Aar, si vous trouvez le lac couvert de glace d’eau ordinaire.» — Aussitôt je dis: «Qu'on se mette à l'œuvre; cherchez des pelles, des « pioches et le perce-glace.» — Avec le perce-glace on fait un trou de sonde à travers la neige : à 1°,60 on sent une certaine résistance, on continue à forer, on atteint l’eau et on voit des parcelles de neige imbibée d'eau gelée. Un trou de 2" de longueur et 1" de largeur est
. pratiqué dans Ja neige, avec la précaution de le faire en talus, c'est-
à-dire en diminuant ses dimensions à mesure du fonçcage. On wuche effectivement à de la neige imbibée d’eau non gelée assez élastique.