‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 2)Chapitre 161 sur 261 · A L'OMBRE. ABLATION · texte numérisé non relu

A L'OMBRE. ABLATION

A Maximas.| Minimes.| Moyennes] Total. | Diurne.

21 au 31 juillet (10 jours) {140 | 1,0 | 6,62 | 0=,45 [o=,045 | Pour l'ablation, le 81 juillet au 11 août (11 jours). . .| 14,5 | 0,0 | 5,66 | 0,33 | 0,030 | Pieu IX sur le glacier 11 au 16 août (5 jours; ? ? ? | 0,05 | 0,010 | découv. du Lauteraar. 16 août au 6 septembre (21 jours).| ? ? ? |À'o,12 | 0,034 6 au 12 septembre (6 jours). . . . ? ? ? 0,18 | 0,030 12 au 24 septembre (12 jours). . .| ? ? ? Uo,iz | 0,014

ÉTAT DU CIEL

5 jours sereins, 4 jours variables, 1 jour, pluie.

3 j. sereins, 3 j. variables, 3 j. couverts, 2 j. pluie et neige.

3 j. pluie et neige. 2 J. variables.

Température très-changeante. Ciel alternativement couvert et découvert. Température douce, voir même chaude du 18 au 27, avec fonte très-abondante.

Du 28 au 31 très-froids et neigeux. Du 1°" au 6 septembre beau temps , température chaude.

Beau temps à peu près continu.

14 au 16 neige et pluie, du 16 au 24 température variable.

Je joins ce tablean comme complément de eeux par Leuis agassis., LA. 4, 5, 6.

Bu 13 août au 24 septembre les températures de l’air n’ont pas été observées.

Ce tableau, conforme à celui de M. Agassiz , est plus détaillé pour les températures et l'état du ciel, du 21 juillet au 21 juillet au 11 août : il est extrait de mes notes météorologiques.

Conwquences des ob-

*sermatiuns d’ablation.

LA. 8. Conséquences des observations d’ablation.

{Voy. les tableaux qui précèdent.)

Une première chose qui frappe dans ces tableaux, c'est l'inégalité de l’ablation entre les différents pieux d’une même ligne. Cette différence est surtout sensible dans les tableaux des stations Bærenritz et Brandlamme, où elle va jusqu’au triple et quadruple : par exemple, entre le pieu TITI et le pieu IV de la station Brandlamme. C’est la conséquence naturelle de l'influence de la moraine. — L'on sait que les blocs et menus matériaux ont la propriété de protéger la glace qu'ils recouvrent, et que c’est pour cela que les moraines s'élèvent comme des remparts au-dessus de la surface non abritée. Si donc les pieux II et III des stations Bærenritz et Brandlamme marquent une ablation supérieure à celle des autres pieux de ces mêmes stations. c'est parce qu'ils sont situés en pleine glace découverte et que la moraine ne les protège pas. Cette différence correspond en tous points au relief du glacier, car les pieux en question sont justement situés dans la dépression médiane entre les deux moraines.

La même influence des moraines se fait sentir à la station de l'Hôtel des Neuchätelois, où la somme totale de l’ablation sous la moraine médiane (pieu I) n’a été que de 0,47 en 65 jours, soit en moyenne de 0",007 diurne (en 24 heures), tandis que le pieu II du Lauter-Aar a indiqué une ablation de 2",00 dans le même laps de temps, 0%,031 en moyenne diurne, par conséquent quadruple.

Pour connaître la valeur réelle de l’ablation dans une région déterminée du glacier, il faut, autant que possible, l’observer en dehors des moraines, sur des pieux situés en pleine glace; mais comme les stations de Brandlamme et Bærenritz ne comptent chacune que deux pieux dans des conditions pareilles, il s’en suit qu'on ne peut établir de comparaison qu'entre les pieux II et III du premier tableau, les pieux II et III du deuxième tableau et les nombreux pieux de la ligne de l'Hôtel des Neuchätelois (Bloc Agassiz n° 2), à l'exception du pieu 1 qui est sur moralne médiane.

En procédant de la sorte, les variations sont bien moins frappantes que lorsqu'on fait entrer dans la comparaison tous les pieux sans exception. La différence entre la station de l'Hôtel et celle de la Brandlamme n'est plus que d’un quart (comme 30 à 40), et cette différence de 0,010 en faveur de la station Brandlamme est l'effet de la température, qui est plus élevée en ce point qu'à l'Hôtel des

Neuchâteloisi. Par conséquent, si les conditions superficielles étaient les mêmes, la même surface produirait à la station Brandlamme un quart d'eau de plus qu’à la station de l'Hôtel. Mais comme à cette station, ainsi qu'à celle de Bærenritz (et depuis la Brandlamme jusqu’à la pente terminale), le glacier est en grande partie recouvert par la moraine, il en résulte que l’excédant ci-dessus d’un quart se trouve compensé par l’ablation plus faible des parties recouvertes de débris rocheux. L'on peut, par conséquent, admettre qu’au total l’ablation est sensiblement égale (Les années où la neige sur le glacier se fond vivement au printemps) sur toute la surface du glacier sur une longueur de 6 kilomètres, depuis l'Hôtel des Neuchâtelois (emplacement 1845) jusqu’à pente terminale, soit 0",030 diurne pendant l'été, d’après la moyenne du tableau LA. 6.

Néanmoins, la position vis-à-vis du soleil ne laisse pas que d'exercer son-influence. A la station de l'Hôtel , les pieux du Finster-Aar, à partir du n° V, indiquent une ablation moindre, parce qu'ils sont du côté d'ombre. Les pieux voisins de la rive gauche subissent au contraire une ablation très-considérable, parce que cette partie du glacier est exposée au midi et qu’elle reçoit les rayons solaires en plein.

En traduisant d’une manière graphique l’ablation des trois pre-

Ce qui mérite surtout d’être signalé dans cette ligne, c’est la concordance frappante de saillies et de rentrées avec les reliefs effectifs du glacier, tels qu'ils sont exprimés dans le profil de la planche IV. en particulier dans le profil CD. En comparant ce profil avec celui de PL. IX, fig. 91, on verra que, malgré la distance qui sépare les

* DA. La station Brandlamme, (soit ligne transversale sur le glacier), est à 4 kilomètres en aval de la station Hôtel des Neuchâtelois, et la différence du niveau (altitude) approximativement de 250". En admettant une augmentation de température de 1° pour 200" d’altitude de moins, toutes choses égales, la température à la station Brandlamme sera de 1°,22 plus élevée qu’a la station de l'hôtel. De plus cette station recoit les rayons solaires à soleil couchant plus longtemps que la station Hôtel. et les parvis des roches des deux rives sont en été dégarnies de neiges ; par ces dispositions la température est peut-être en moyenne de 2° plus élevée et lablation plus forte. Ces remarques sont applicables pour les saisons où le glacier est à découvert aux deux stations. Au printemps et en arrière-saison l’ablation fort souvent est nulle à la station Hôtel à eause de la neige qui couvre le glacier, tandis qu'aux lignes plus en aval elle fond des semaines et des mois plus tôt.

1 Pour la ritation des Planches et figures. voy. l'Atlas de l'ouvrage de M. Agansis.

Complément des observations de l'abla-

deux stations, la forme générale de la courbe est la même. Les deux lignes s'élèvent vers le rivage du côté du Finster-Aar ; elles s'abaissent au contraire du côté du Lauter-Aar ; enfin, la moraine médiane est indiquée dans les deux profils par une saillie considérable. J'insiste d’une manière toute particulière sur cette concordance, parce qu’elle prouve jusqu'à l'évidence que la forme et les inégalüés de la surface des glaciers sont avant tout (généralement) l'œuvre de l'ablation. Il résulte de là qu'on peut, jusqu’à un certain point, juger de l'ablation relative d’un point quelconque du glacier d’après le relief de sa surface, tout comme nous avons vu qu'on peut juger de la marche relative d'un point donné d'après la forme des moraines.

A côté de ces influences générales, l’ablation peut ausa être accélérée ou retardée par d’autres causes plus accessoires, comme, par exemple : la fonte plus ou moins rapide de la neige sur certains points, ou bien la prédominance de certains vents chauds qui frappent tel point, tandis que tel autre endroit se trouve abrité. C'est en particulier parce qu’à la station de l’Hôtel la neige a persisté plus longtemps sur l’affluent du Finster-Aar que sur le Lauter-Aar, que l'ablation a été plus faible de ce côté pendant la période du 16 août au 6 septembre. |

DA. 3. Complément des observations dé l’ablation.

La surface des glaciers est sous l'influence du sol sous-jacent. — Les matériaux rocheux qui couvrent la surface d'une forte épaisseur (hauteur) retardent l'ablation plus que lorsque cette couverture est faible. — Les matériaux éparpillés accélèrent l’ablation s'ils sont de petites dimensions ; ils s'enfoncent dans la glace pour faire des trous d'orgue (Keller - Lœcher). — Les roches de forme plate, larges et grandes, protègent contre les rayons solaires la surface et s'élèveront sur un piédestal qui pourra atteindre 2" de hauteur et plus. — Des amas de sable, accumulés dans une dépression, protègent la surface, et il s’élèvera un cône graveleux souvent très-haut. Il en est de mème des matériaux de diverses grosseurs qui tombent dans une baignoire ou dans une forte dépression du glacier. Citons à cette occasion une observation importante : En aval de la ligne transversale du Pavillon au Grünberg nous voyons depuis un très-grand nombre d'années (depuis 184 jusqu'à ce jour, et certes bien avant cette époque). la moraine élevée à une très-grande hauteur et former ce que nous appelons le graid cône. Comme tous les matériaux rocheux qui se trouvent sur la surface du glacier se sont détachés des parois qui

l’encaissent, il était certes fort naturel de supposer que ce grand cône a pour origine une avalanche de roches hors ligne, qui est tombée sur la surface. Il y a quelques années j'ai été à même de voir d'une manière positive que ce n'est pas ainsi que se sont passées les choses.

— Voici le fait : En me rendant sur rive droite, vis-à-vis du Pavillon, grand a été mon étonnement de voir dans Le glacier un lac d'eau, approximativement d'un hectare de surface. Ce lac est marqué sur la carte de l'Atlas de la publication de M. Agassiz (1845), PI. IT; il était à cette époque plus en amont dans le sens longitudinal du glacier, et ses dimensions cinq fois plus petites. Il se trouvait au moment de mon observation aproximativement 100 mètres plus en aval, un peu en amont de la jonction du petit glacier du Thierberg au grand glacier. Sur un des côtés de ce lac, au Nord, une forte dépression servait d'écoulement à l’eau, et la surfaæ du lac (l'eau) était à 5% plus basse que les bords. Ce lac se trouve en pleine moraïine latérale , et nous avons vu, par suite d'ablation des parois à forte pente, des roches rouler dans le gouffre.

L'année suivante (en 1864) j'ai inspecté la même localité : le lac était complétement à sec et le fond rempli de matériaux à une trèsgrande hauteur. — Par suite de l’ablation des surfaces qui l’encadrent (ce qui ne peut manquer d'arriver), les matériaux entassés au fond en quantité très-grande se trouveront au niveau de la surface du glacier et finiront par surgir de plus en plus, pour enfin constituer un cône immense, qui sera transporté en aval par la progression du glacier, et dans un certain nombre d'années remplacera le grand cône actuel, qui a cheminé en aval et qui provenait d'un lac qui s'était formé dans les mêmes localités, il y a bien longtemps de cela : preuve que ce grand lac est le même que celui marqué sur la carte de M. Agassix: il est aujourd'hui en aval de l'emplacement qu'il occupait lors de la levée du plan, justement à la distance (de quantité de mètres) que le glacier a parcourus depuis cette époque, soit approximativement en moyenne 8 à 10 mètres par année. — Sur rive gauche, du grand glacier de l’Unter-Aar, en aval de la Brandlamme, nous voyons un cône de matériaux d'une certaine hauteur dont la base est assez large, et à une grande distance en amont un gouffre rempli de matériaux; pour ce cône la même citation est applicable, d'autres cônes de plus petite dimension sont dus aux mêmes causes.

Ont une grande influence sur l’ablation : les altitudes, l’exposition,

Abletion selon Îles

époques,

soit:oentation, La ‘#ajeure partie des petits'glaciers de rive droite faisant faderàu'Norl!, par'suite de faible ablalion, rejoitment le grand gldeiek, tandis ‘qhe conx qui se. trouvent sur rive gauche -subissent de !fortes abldtions: dep neiges qui les ‘<buvreët bt.de leurs propres surfaces , restent dans'les hauteurs, et leurs pentes terminales n’at: teignent pas le grand glacier. La différence d'aHlation (de bes deux expositions: édt très-grande. =: Signalons ‘envoré les. eheaissemeïits des glaciers, dominés ‘pat des hatteuts qui protègent la sarface contre les rayoné solairds qui,:en"hautes régions ,'sotit très-intenses : et:agissent pur les muütières gelées infiniment plus que l'air ambiant sang rayôns solres : la diférence: est nbn-seulement grande, mais énœmb.. +" De :ves faits, voyez mes citations nombreuses qui, pour la théerie. gacipire sont d'une grande impottance. — De torstes les protections des Isurfabes de glaciers : contre :l'ablation,, ce sont. les” netés:anciehns-et-les’neiges de l’année qi sont led plus effitaces :svus cesiloyvergures lines fœit aucune, ablution queloünque. ME

,L&-chaleur, etisuribut les rayons ‘solaires jouent le double rôle E conspromteurs'et der destrueteurs de’ glaciérs. — Conservätenrs. Les couverturbk de .neigeb'ou'névég préservent de toute ablation: les eaux de fusion s’infiltrent dans l'intérieur des glaciers, traversent les fissanes- capillaires, és ‘pores ; etc.'elles sünt élaborées ; dssirnilées én pastie..et' font: progresser la masse: Destructeurs. L'ablation de. ja surface des glaciers est pour eux très-aggravante. Une partie des eanx d'ablatiôni ebt'assimikée sans doute, mais la majeure partie s'écoule sanH profit, la masse totale diminue. Les glaciers perdent, mais pee compensation la civilisation animale et végétale gagne. : |

Suppitimez les glaciers des Alpes : le Rhin, le Rhône etc., et les ruisseaux et les torrents qui. les alimentent se trouveront au néant... — Le, grand architacte: de l'univers (la: Providence) est an président de phyaique du: globe hors Higne..... -— La terre végétale que nous cultivons est l’œuvre des anciens glaciers monstres, ds l'eau que fournissent leurs successeurs lg fertlise.: :- ::, :

N'oublions: pas que dès matériaux éparpillés sur la surface des glaciets accélèrent l’ablation, surtout s’ils sont d'une couleur foncée. — Au Faulhorn le maître d'hôtel fait répandre des tèrres schisteuses sur les neiges qui couvrent les chemins ‘tracés, et la fusion se fait promptement. à .

LA.. 8. Abäation selon les époques.

La comparaison des moyennes d’un même pieu nous montre des

différences notables dans l'ablation aux différentes époques. Ainsi, dans le tableau station Hôtel, l’observation du 11 août indique sur toute la ligne une ablation moyenne de moitié moindre que celle du 31 juillet (44 à 25). Celle du 16 août est encore plus faible, de 0,013 seulement: celle du 12 septembre est sensiblement plus forte (0,030); et celle du 24 septembre de nouveau très-faible (0,015).

Des oscillations comme celles-là, qui se trahissent de la même manière sur tous les points d’une ligne, ne proviennent pas de causes locales; elles sont l'effet de la température (et surtout des rayons solaires) : c'est ce dont il est facile de se convaincre, en jetant un coup-d'œil sur le tableau météorologique. On verra par là que, du 21 au 31 juillet, la température, sans être très-favorable, a cependant été meilleure que pendant les onze premiers jours du mois d'août qu’embrasse la seconde époque. Celle-ci a surtout été très-venteuse. Le même temps a continué jusqu'au 16 août. En revanche, les six jours du 6 au 12 septembre ont été favorisés d’un temps superbe qui a duré jusqu'au 15, époque où est survenue une abondante chute de neige qui a persisté pendant assez longtemps, (a supprimé toute ablation) ce qui nous explique pourquoi, malgré les beaux jours de la période suivante, l'ablation a cependant été très-faible.

Ce qui est vrai des différentes périodes d’une campagne peut s’appliquer aux étés entiers, ou, ce qui revient au même, aux différentes années comparées entre elles.

La somme totale de l’ablation estivale a été très-forte en 1842, mais aussi la température a été très-propice pendant tout le mois de juillet et d'août. Sur cinquante jours d'observation, il n’y en a eu que quinze de pluie et de neïge, tandis que, dans les années suivantes la proportion a été beaucoup plus forte. C'est en 1843 que l'ablation estivale a été le plus faible; mais on se souvient que l'été fut trèstardif, puisque, au mois d'août, le glarier n'était pas encore dégagé aux environs de l'Hôtel.

On peut, par conséquent, poser en fait, qu’entre la température et l'ablation, le rapport est immédiat. Quand la température baisse ‘et surtout quand les rayons solaires font défaut), l’ablation diminue; quand elle monte , l'ablation augmente. Il n’y a qu'un seul cas où cette réaction directe de la température sur l’ablation n'ait pas lieu : c’est lorsque le glacier est temporairement couvert de neïîge. Le lendemain d'une chute de neige peut alors être très-chaud et l'ablation nulle, parce que la neige protège la glace, et que la chaleur et les rayons solaires

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