‹ Matériaux pour l'étude des glaciers (volume 2)Chapitre 65 sur 261 · CT Û · texte numérisé non relu

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Perturhation de vent. — Direction ot force.

Au Pavillon de l’Aar. de 4 à 5 heures soir.

Vents en hautes régions des Alpes.

Dans les Alpes, à toutes les altitudes, la direction et la force du vent sont variables comme au niveau des rails de la voie ferrée dans la civilisation. — Des grimpeurs citent des calmes plats au Dôme du Mont-Blanc, sur le Monte-Rosa, etc. — J'ai lu les thermomètres à minuit en plein air, en janvier, à l'hospice du Grimsel, à la clarté d'une chandelle dont la flamme ne vacillait pas; et même circonstance, en Mars, au point culminant du Faulhorn, à 10 h. soir, au Pavillon de l’Aar, et à diverses autres stations. Ces circonstances de calme plat absolu sont exceptionnelles, et sont remplacées fort souvent par celles que l’on peut qualifier par aggravantes. — C'est le cas de dire: Oh alors, il faut l’avoir vu pour le croire. — Nos guides et les chasseurs de chamois donnent le nom de gougx (gur) aux vents très-forts, impétueux, féroces qui soufllent dans toutes les directions et sont intermittents; dans l’espace d'une minute ils changent de direction et de force, de calme plat à ouragan; ils hurlent et se taisent, ils soufllent verticalement, du bas en haut, du haut en has.

Un jour, au Pavillon de l’Aar, le gougx soufllait tellement fort, que le guide chargé du service de table, a attaché une corde de la porte de la cuisine à l’entrée du Pavillon, qui lui servait de rampe pour n'être pas emporté. — Le guide Jaun, qui a passé plusieurs hivers à l’huspice du Grimsel, dit que fort souvent il plaçait dans la chambre la lanterne renfermant la chandelle de suif allumée; sans cette précaution elle s'éteignait. — Le téméraire Bannholzer, le plus intrépide casse-cou de tous les guides passés, présents et futurs de l'Oberland Bernoïis, m'a dit un jour au Pavillon de l’Aar, par une journée où régnait une véritable tempête : « Ce vent d'aujourd'hui, Monsieur, est un gougx de société, un petit gougx. C'esten hiver qu'il est féroce » ; et il ajouta : « En janvier, je me trouvais dans l’Aarboden ; le gougx se déchaîne, et pour rentrer à l’hospice, j’ai mis trois heures de temps pour parcourir le trajet qui se fait ordinairement en 10 minutes. Dans les rares moments de calme plat je jouai des jambes, puis je m'enfonçais dans la neige pour n'être pas emporté par les rafales féroces.

Un menuisier qui a passé l'hiver à l’auberge du Faulhorn avec un camarade (pour faire des réparations de planchers et plafonds), m'a assuré qu’un jour ce vent était tellement violent, que des parcelles de roches voltigeaient dans l'air, et qu'un grand nombre de vitres ont été brisées par ces projectiles.

En juillet 1864. me trouvant à l’auberge du Niesen, dans la nuit un vent impétueux soufflait et hurlait sur tous les tons. À quatre heures du matin, le domestique de l’auberge entre dans notre chambre à coucher, et ferme les contrevents, en disant: «Pardon, Messieurs, mais par le temps qu'il fait, il faut préserver les vitraux contre les projectiles qui voltigent dans l'air.» — Est-ce qu’il tombe de la grèle ? «Non Monsieur, il pleut des pierres. » — Si le gougx règne, accompagné de fortes chutes de neige, ce qui est souvent le cas en hiver (d'octobre à avril), la neige est chassée par le vent et accumulée dans les cirques à de grandes hauteurs, et ces neiges persistent dans la localité ou tombent sous forme d’avalanches. — Il en sera question dans d’autres chapitres.

Le tableau ci à coté: Perturbation de vent — Direction et force — donne une idée des changements dans l’espace d’une heure. Pour observer ces changements, on avait soin de fixer solidement dans le sol un bâton de 1" de hauteur, el on clouait à la partie supérieure un ruban d'étoffe de 0=,50 de longueur. Trois personnes placées dans l’intérieur du Pavillon, observaient à travers les vitraux; l’un des observateurs indiquait la force et la direction, un second, la montre en main, lisait les secondes, et un troisième inscrivait les observations.

Pour finir ce chapitre, j’ajouterai que cette année 1864, pendant mon séjour d’une quinzaine au col du Saïnt-Théodule (massif du Monte-Rosa) à 3333" altitude, une nuit, le vent d'ouest était tellement violent, que la tente de campement que nous avions dressée et très-solidement fixée sur sol, à côté du chalet que uous occupions, a éte enlevée comme une plume, et le lendemain elle se trouvait en aval sur le glacier. — Les guides, en la dressant, disaient: «Elle résistera à tous les vents. » L'aubergiste leur répondit :« Vos vents suisses ne lui feront pas de mal, mais gare les vents italiens. » Ses conjectures se sont réalisées. — Le chalet en bois que nous occupions était solidement fixé et couvert de dalles en pierre très-épaisses, et malgré ces précautions, pendant la nuit, on sentait un certain balancement de toute la construction; c'est pour cette raison que nous l'avons baptisé du nom d’Arche de Noc.

Observations météorologiques à Genève (403" alt.). 1853 à 1863 (11 années \.

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