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ROCHES STRIÉES

3 or A mètres de longueur, sont usées et coupées net au même niveau que les autres parties de la roche. Elle est en partie couverte de bruyères , de mousses , de genêts ; la terre qui la recouvre n'est point de la terre végétale ou des schistes décomposés. En ayant fait découvrir une portion pour juger de son état de conservation et pour en extraire des échantillons, j'ai reconnu dans les matériaux remués à cette occasion tous les éléments qui constituent le terrain erratique: on y .trouve du sable, des galets nettement rayés, de petits blocs arrondis de granit à angles vifs; le tout de même nature que ceux que Ton trouve dans Tintérieur de nos moraines.

Le poli de la roche est beaucoup mieux conservé dans les endroits couverts de débris que dans ceux qui sont exposés à l'action des agents atmosphériques; ceux récemment mis à nu sont irréprochables sous le rapport de la pureté des traits de burin qui la sillonnent.

Une autre remarque à faire sur ces places nouvellement déblayées , c'est la présence sur la roche d'une incrustation de sable fin , qui y adhère assez solidement. Ce sable agglutiné forme de petits amas qui résistent au lavage à l'eau froide ; il est si bien incrusté qu'on ne peut l'enlever qu'en laissant tremper un échantillon chargé d'incrustation , pendant quelques henres, dans de l'eau chaude et en le frottant ensuite avec une brosse. Ce sable est un mélange de poudre excessivement fine avec des fragments de quartz , de 1 à 2 millimètres de diamètre.

Dans les terrains calcaires on voit souvent de ces incrustations de sable sur les roches, mais au Glattstein ces matières ne font pas effervescence avec les acides ; les eaux calcaires sont d'ailleurs tout à fait étrangères à la localité ; on n'en trouve nulle part dans notre vallée.

Ces incrustations ne sont autre chose que ce que les glaciaristes Boue de giader. appellent la boue du glacier; c'est elle et les corps durs qui sont enga^ gés dans la glace même qui font l'office du burin; on peut s'en convaincre en examinant avec attention une strie prise isolément et couverte d'incrustations, c'est si bien ce sable qui a buriné la roche, qu^on retrouve le grain de quartz encore emprisomié dans son sillon. Si on lui imprimait de notcveau un mouvement locomotif en avant , avec pression , il continuerait à labourer la roche comme il Va fait dans les temps passés.

SlrieB croiséea.

Quant à la limite supérieure, où les stries et le poli du Glattslein s'arrêtent, elle est difficile à déterminer exactement; à 10, 15, 20 mètres plus haut, sur le penchant de la montagne, on rencontre encore des vestiges de polis et des rudiments de stries; les débris erratiques se prolongent même beaucoup plus haut; mais les défrichements, la culture et l'action incessante des agents extérieurs ont détruit en grande partie Vœuvre erratique des anciens temps.

Stries croisées. Après le Glattstein, le Bàrenbûhl et le Hasenbûhl , les autres roches striées en place de la vallée de SaiîU'Amwih présentent encore quelque intérêt, et nous ne pouvons pas oublier de faire mention des roches striées qui se trouvent sur le revers sudest du Hûsselberg, montagne qui domine le Glattstein et dont le sommet n'a pas au delà de 752 mètres d'altitude : ces rochers percent de loin le flanc rapide de la montagne; elles sont schisteuses et les stries que j'y ai remarquées se coupent entre elles , non pas sous un angle aigu, mais sous un angle de 90 degrés. Dans le sens horizontal, les stries sont fines et saccadées comme celles du Hasenbùhl; puis dans le sens vertical , elles sont plus fortement accusées, plus longues, formant un sillon mieux cannelé.

Ces roches sont assez difficiles à déterrer, parce que ce flanc de montagne, malgré sa pente, est couvert de terrains cultivés, et en même temps ce schiste-grauwacke , qui seul est susceptible de se laisser buriner finement, est traversé à chaque instant par des masse> de granit porphyroïde, fort cassant , et sur lequel les agents erratiques n'ont pu exercer une action di'usure et de politure pennanentc. J'ai réussi cependant à en recueillir quelques exemplaires dont les stries se coupent à peu près à angle droit.

Ce point n'est pas le seul où j'aie trouvé de ces roches avec des stries croisées; il y en a encore sur la pente abrupte de la montagne qui domine le village de Felleringen sur la rive gauche ; elles sont identiques quant à leur burinage à celles du Hûsselberg; elles se coupent sous un angle qui n'est pas éloigné de 90 degrés. Celte roche est friable; elle se casse en petits fragments rhomboïdaux ; il n'est guère possible d'en extraire des échantillons satisfaisants ^

* D. A. Ce croisement de stries , je l'ai vu fréquemment sur les surfaces de roches efi place dans les Alpes , dans les Vosges, dans les Pyrénées , dans le Sierra-Nerada er: Espagne). Le croisement de ces stries ^ môme à angle droit , est tout naturel; nous en

VALLÉES D'URBÈS. 205

La vallée de Saint-Amarin, comme le li'onc d'un arbre, possède ses branches latérales et ses rameaux; nous allons pénétrer dans quelques-uns des vallons latéraux , pour y suivre les traces que le phénomène erratique y a laissées écrites de son passage.

E. C. 6. VaUée latérale d'Vrbès. Cette vallée dont le v.iiée aurbè.. bassin est nettement dessiné, dans la direction nord-est , sud-ouest , a 5 kilomètres de longueur sur 500 mètres dans les endroits les plus larges. Le sol est peu incliné , presque horizontal ; — il n'est élevé que de iO mètres au-dessus de la vallée de Saint-Âmarin ; il se compose d'un fond de tourbe marécageux, qui porte encore le nom de lac d'Urbès ; les travaux de dessèchement lui ont fait perdre sa qualité de lac , qu'il ne reprend que temporairement, aux époques (les grandes eaux. La vallée est encaissée de toute part de montagnes à fortes pentes , en partie couverte de forêts , sauf sur la rive droite du côté de Storckensohn y où le relief du sol, venant à s'abaisser jusque près du niveau de la vallée , donne lieu à l'ouverture d'un vallon latéral.

En interrogeant ces pentes surtout le pourtour de la vallée, on y reconnaît de suite les différents signes qui caractérisent le passage (Tun glacier. En aval, elle se termine par une énorme moraine {rorUale^ multiple. C'est un encombrement considérable de détritus qui en occupent toute la largeur, et qui forment une série de petites ondulations disposées par bandes perpendiculaires à l'axe de la vallée

lisons la démonstration dans les glaciers en activité, dans le bassin des glaciers de l'Aar. Les glaciers monstres ont poli et rayé les roches qui les encaissent dans le sens de leur axe. Au bas du Pavillon , nous voyons des stries sur les parois de roche, à quelques mètres au-dessus de la surface du glacier; ces stries sont parfaitement conservées ; quelques années plus tard , la surface du glacier, par son accroissement , se trouve à quelques mètres plus élevé ; ces stries sont couvertes, mais par l'ablation (fonte) de cette même surface pendant Tété , cette portion de roche est de nouveau mise à découvert , et nous voyons des stries nouvelles qui se coupent à angle plus ou moins ouvert avec les anciennes ; c*est le glacier qui les a faites , c'est la boue de glacier fraîche qui les a produites. Nous voyons le même phénomène plus en amont sur le Finsteraar, et nous trouvons de plus un petit glacier latéral qui n'a pas assez de puissance de développement pour atteindre le grand glacier : un espace de 30 mètres l'en sépare. La roche, à la pente terminale de ce petit glacier dont une partie extrême s'est fendue , nous présente des stries anciennes dans le sens de Taxe du grand glacier, et des stries nouvelles fraîches qui les coupent à angle droit et que la boue du petit glacier a faites il y a peu de temps.

et dont le point culminant se trouve au centre. Ces bandes sont arquées j les pointes touchant la montagne, et la partie convexe vient se perdre en aval en formant une berge rapide, parallèle à la direction générale de la vallée de Sainl-Amarin.

Une échancrure assez profonde coupe cette moraine pour donner passage aux eaux et à la route. L'ensemble de cet amas a 600 mètres de longueur sur 500 mètres de large, hauteur moyenne 10 mètres, ce qui fait une masse de matériaux de 3 millions de mètres cubes.

11 n'y manque rien de ce qui constitue ordinairement les nwraitm, sauf de gros blocs métriques. Celle absence de blocs d'une dimension un peu forte n'est pas un argument sérieux contre la naluit erratique de cet amas; elle peut s'expliquer facilement : la roche qui l'encaisse est dans toute cette petite vallée d'une nature friable, elle se délite facilement, elle se divise en cailloux qui n'atteignent pas un fort volume; le glacier, en formant sa moraine y n'a pu prendre d'autres matériaux que ceux qu'il avait sous la main, il n'y a pas de gros blocs sur cette montagne, parce que celte montagne n'en fournit pas.

Cette vallée est remarquable par les loiigxies traînées de débris erratiques qui suivent les flancs de la montagne, sur les deux rives, eu décrivant des lignes à peu près horizontales , à 300 mètres de hauteur au-dessus du sol de la vallée, v.iiée de MoiiM. E. C. 7. VaUée de niollau. Cette vallée est un des nombreux

embranchements qui viennent aboutir dans la vallée principale Je Saint-Amarin. Ce vallon , de 3 1/2 kilomètres de longueur, possède deux moraines frontales placées transversalement en échelons à 20(HJ mètres de dislance l'une de l'autre. La première est posée comme un rempart au milieu du village de Hûsseren; elle a 15 mètres de haut , sa forme n'est ni arquée ni bombée; elle suit une ligne droiU horizontale, qui court d'un bord à l'autre de la vallée. — Les eaux ne sont pas venues la déranger ou l'entamer sur aucun point , lo ruisseau passe dans un autre embranchement de la vallée. Son revêtement en gazon lui donne lout l'aspect d'un travail de défense militaire, d'un énorme rempart. La pente du talus est très-abrupte, elle s'éloigne peu de 45 degrés. En amont, cette pente s'adoucit beaucoup et forme plusieurs étages, qui finissent par se confondre avec le sol.

VALLÉE DE MOLLAU. — VALLÉE DE STORGKENSOHN. 207

La seconde moraine^ qui barre la vallée de Mollau^ commence aux dernières maisons du village de ce nom; celle qu'on appelle la maison du garde, repose presque jusqu'au sommet. — Un des côtés du solide est entamé ; il est coupé net sous un angle qui approche aussi de 45 degrés, et forme une berge d'une quarantaine de mètres de hauteur qui descend jusqu'au lit du torrent. Il n'y a pas d'apparence de stratification. Les gros blocs sont empâtés sur la surface de cette tranche à toutes les hauteurs et dans toutes les positions, ils sont entremêlés de cailloux et de sable. Par l'enlèvement d'un peu de sable, d'un petit caillou faisant coin, ils peuvent se détacher et rouler jusqu'au fond. — Les matériaux menus ressemblent parfois, à s'y méprendre, à un tas de décombres, à un amas de remblais, qu'on aurait transporté là à la brouette. D'autres blocs métriques sont semés au hasard sur les pentes et le sommet légèrement aplati de cette moraine. Immédiatement en amont de la moraine de Mollau , on remarque que la configuration du terrain est disposée en forme de grandes marches d'escaliers, de terrasses parallèles, qui suivent les mouvements du pied de la montagne , comme les gradins d'un grand cirque, jusqu'à la hauteur de 50 à ()0 mètres , ainsi que nous Tavons vu en amont de la moraine de Husseren.

E. C. 8. Vallée de fitopcfeensolm. Quand on passe de la vallée ^'"^'^ (le Mollau dans celle de Storckensohn , on rencontre une quantité de débris erratiques dispersés sur le sol ; puis à l'entrée de cette dernière vallée on trouve des amas de matériaux mobiles déposés à droite et à gauche du ruisseau. On y trouve des galets rayés à une certaine hauteur au-dessus du ruisseau. Outre les différentes espèces de granit, fort communes dans toutes nos vallées , on y trouve encore de fort beaux blocs de siénite à larges cristaux de feldspath rosé. On chercherait vainement dans les roches en place de ce bassin et dans tout le bassin de la vallée de Saint- Amarin , des siénites analogues ; on n'en trouverait nulle part. Pour arriver à l'origine de cette roche , il faut passer le col du Stemensee et suivre les crêtes de la montagne du Gazon-Rouge du côté du Ballon d'Alsace * : là seulement on rencontre des siénites en place exactement pareilles. Qu'il

* 0. A. Ballon qui domine Massevaux et Giromagny. Ne pas confondre avec le ballon de GuebwiUer.

Vallée de Schliffeb.

Vallée de Mitxacb.

nous soit permis de faire remarquer, en passant, que le transport de ces blocs présente en théorie une difficulté insurmontable , si ud cherche à l'expliquer par le moyen des courants.

E. C. 9. Vallée de SeMilTels. Ce petit vallon n'a pas 3 kilomètres d'étendue. Il verse le tribut de ses eaux dans la vallée de Saint' Amarin ; ces eaux ne sont du reste qu'un petit ruisseau, dont le lit est à sec pendant plusieurs mois de l'année. Son sol est fortement accidenté. A sa partie inférieure, au point ou il se réunit à la vallée de Saint-Amarin, son altitude est de 450 mètres, et à 3 kilomètres plus haut, le fond de ce vallon est à 725 mètres. La penle moyenne est donc sur 3000 mètres = 0,09. Ce petit bassin a la forme d'un fer à cheval, son pourtour est formé par le relief du Drumout. Malgré l'exiguité du terrain, le terrain erratique y a laissé de^ traces considérables de son passage ; ces traces sont une inoraiiie et des accumulations de blocs, sur une grande échelle relativement à l'étendue du terrain.

Cette moraine a environ 50 mètres de hauteur sur 5 à 600 mètres de longueur, mais elle ne forme pas un barrage transversal comme celles que nous avons déjà explorées ; l'étranglement de la vallée n'a pas permis aux matériaux de s'y tasser sous cette forme. Les débris se sont donc accumulés à gauche et à droite du couloir, et la partie frontale a été entraînée par les eaux. Des portions considérables de matériaux sont restées adossées contre la montagne ; ils y sont suspendus légèrement, au-dessus du niveau des plus grandes eaux; les eaux ont rongé, détérioré avec la plus grande facilité tous les détritus qu'elles ont pu atteindre jusqu'à une certaine limite; elles n'ont respecté que les plus gros blocs trop lourds pour être entraînés ; le cours de l'eau en est encombré.

La surface de cette moraine sur la rive gauche est aussi parsem*x d'une prodigieuse quantité de blocs; la terre qui les supporte est une mauvaise terre rebelle à la culture, nul arbre n'y prospère, quelques pauvres champs sont les seuls résultats que les défricheui^ aient pu obtenir de ce sol ingrat.

On y trouve quelques amas de terre argileuse chargée d'oxyde de fer, qui lui donne l'aspect de l'ocre. Ces éléments ferrugineux uni dû être arrachés dans les temps erratiques du pied du Drunwnl, où il existe plusieurs filons assez riches de /Vr oxydé , noir, mamelonné.

Yallée.

de Sunt-IVieolM.

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