‹ Matériaux pour l'histoire des temps quaternairesChapitre 19 sur 34 · URSUS FEROX · texte numérisé non relu

URSUS FEROX

Hyzæxa crocura (race spelæa).

FELis LEO (race actuelle).

Ecepuas, d'après un morceau d'ivoire.

RHINOCEROS TICHORHINTS, une seule molaire.

Equus cABALLUS, restes nombreux.

CERVUS ELAPHUS? d’après une seule phalange.

CERVUS TARANDUS ; C’est l'espèce dominante.

Bos TAURUS.

On voit près de Saulges une quatrième grotte, appelée la cave de la Bigotte, et plus souvent cave Drouin, du nom d’une pauvre famille qui s’y installa il y a une cinquantaine d'année. Je ne crois pas qu'elle ait encore été explorée.

A la surface des plateaux qui dominent le vallon de l'Erve audessus de la cave à Margot et de la cave de Rochefort, on rencontre des débris de l'industrie humaine. MM. Perrot et Maillard y ont recueilli des silex qu’ils considèrent comme des couteaux, des grattoirs, des racloirs, des pointes de lances et de flèches. M. Maillard m'a écrit qu'il y avait découvert aussi des haches polies et de très. petits instruments de tatouage ou de chirurgie d’un beau travail. Je suppose que les silex taillés ne sont pas rares, car en peu de temps M. Perrot en a trouvé plusieurs devant moi.

Depuis que j'ai visité les grottes de Saulges, M. Chaplain-Duparc les a explorées ; il n’est pas douteux que les investigations d’un savant aussi expérimenté ne doivent être très-profitables pour la science. M. l'abbé Maillard à fait aussi d’actives recherches: il m'a annoncé que le propriétaire de la cave de la Chèvre, M. Roblot,

lui avait accordé l'autorisation de fouiller les déblais qui sont en avant de cette grotte. I y a là un mamelon qui a 12 mètres de largeur et 2",60 de profondeur. M. Maillard a ouvert une tranchée dans toute sa hauteur sur une longueur de 3 mètres; il y a rencontré une multitude de silex taillés et d’ossements d’animaux, notamment des dents d’éléphants et un bois d’un grand cervidé; c'est surtout vers la partie supérieure de la tranchée qu'il a trouvé des os de rennes. Il a découvert trois foyers avec des charbons et une couche épaisse de 0",10 remplie d'os cassés en menus morceaux qu'il regarde comme des rebuts de cuisine.

Comme l'ont montré les pages qui précèdent, on voit dans la Mayenne trois sortes de formations quaternaires au-dessous des dépôts superficiels qui appartiennent aux âges de la pierre polie :

1° Les dépôts stratifiés des carrières de Sainte-Suzanne, où l’on a trouvé le Æhinoceros Merck. Je me demande si leur partie inférieure ne représenterait point l’âge du Boulder-clay;

2° Le couloir de Louverné, rempli de limon et d’ossements qui y ont été transportés par les eaux (/?inoceros tichorhinus, Elephas primigenius, Cervus canadensis,etc.). Cette formation me paraît appartenir à l’âge du diluvium de Paris;

3° La grotte de Louverné et les grottes de Saulges. Ces dernières renferment des débris de plusieurs époques; cependant les restes de l’âge du renne y dominent. Les échantillons qu’on y rencontre

RÉSUMÉ. 61 ont été pour la plupart apportés, soit par l'homme, soit par les animaux, tandis que dans le couloir de Louverné, ils ont été amenés naturellement. Il y a encore des incertitudes sur l’âge des différents fossiles qui ont été découverts dans les carrières de Sainte- Suzanne et dans les grottes de la Mayenne. Au contraire, il est difficile de douter que les fossiles transportés dans le long et étroit couloir de Louverné soient d’une même époque géologique; par conséquent ce couloir peut être considéré comme un des gisements qui permettent de raisonner le plus exactement sur les associations des mammifères quaternaires.

Ce qui me frappe particulièrement dans le couloir de Louverné, c’est la preuve que le Felis leo (spelæa) et le Fels leo (race actuelle) ont vécu ensemble, que le Bos primigenius a eu pour compagnons des bœufs de la taille de nos bœufs actuels, que le Cervus elaphus (race actuelle) a été contemporain, dans la même contrée, d’énormes Cervus elaphus (race canadensis). Cela nous montre que plusieurs des races des animaux modernes ont pu se former dans notre propre pays, et établit des liens très-étroits entre l’époque du mammouth et l’époque actuelle.

La faune de Louverné est remarquable par l'abondance des herbivores, tels que les chevaux, les bœufs et les cerfs; le genre éléphant est représenté par le mammouth, l'espèce de proboscidien qui, à en juger par le nombre des collines de ses molaires, parait avoir été la mieux adaptée pour râper des graminées. Le RAnoceros tchorhinus qui l’'accompagnait a été sans doute essentiellement herbivore, car, tandis que la dentition du Æ/inoceros Merckü rappelle beaucoup celle du Æhënoceros bicornis qui, dit-on, vit aux dépens des arbustes épineux, la dentition du Æhinoceros hchorhinus rappelle celle du Ækinoceros simus qui, au rapport des voyageurs, se nourrit d'herbes ; la rugosité de l'émail de ses dents paraît, ainsi que je lai fait observer, avoir aidé à fixer une épaisse couche de cément; or l’abondance du cément doit indiquer un régime her-

bivore, puisqu'il sert à protéger l'émail contre le frottement des herbes chargées de silice et de sucs acides. Ces remarques indiquent une grande extension des pâturages et s'accordent avec celles de M. Belgrand, pour faire supposer que, vers le milieu de l'époque quaternaire, nos pays ont été très-humides,.

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