‹ Matériaux pour servir à l'histoire comparée des sciences mathématiques chez les Grecs et les Orientaux (volume 3)Chapitre 7 sur 21 · bLj ^>^^ l-^-^rrf ^^W J^l/û'j ïjî-^ ^ ^j'w^i · texte numérisé non relu

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(i) Ou plutôt, si le texte est exact, n fideni trihuens iis qu« " in Sindhindo de molu luedio tradita sunt, » comme le fait remarquer BI. Gildeiueister contre Casiii et Colebrooke. (Scripturum arabuin de relus indicis Ivci, p. 102.}

.j . v^ ^-c— M Cs. ^j/ wa)Ulj.ajJI (Al^^J.^! Casirij

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jJyJt ^.^^^Ijci^l I^JJ JJ^ J^^ "iljLJ* a^J^I^ s^^Uaw

« Kalka natione Indus, longe vetustissimus , Indorum omnium aslrologorum facile princeps est liabitus; cujus nulla vel aetatis vel rerum notitia, ciun propter locorum distantiam, liim propter obvia utriusque regni impedimenta ad nos per- \enit. Hinc faclum ut Indorum scripla vix aliqua acceperiuius. Enim vero tria illorum et quidem notissima, syslemala aslrologica recensentur, videlicet j"/7/r/w;/ hindu/fi, arge ùcf /i rtim atque arkandam ex quihus unum duntaxat sindum hindum ad

nos olim jxilaluin est, (juod j)l(ri(|ii(' inalionietani doclores seculi, tabulas asironoinicas conciidcriml , nempè Moliama(l-l)fcn-Al)raliini-Ap!iazaranis ; Habs-ben-Aljdallah-Bagdadcnsis, Moliainadl)en-JMusa-Khuarezniila , Hosain-ben-Molianiad , dicliis Ben-Aladami aliiqiie. Porro sindum hindiiin souai /)rr/)rti/i(//i (flernuinquc ; ilà (juidem lefcil in suis labuiis Alhosainus-bcn-x\ladanii. Quod autem ad eorum scriptorum opéra spécial in nianus nostras incidit liber musicus, indicà lingua Baiphor dictus; id est sapientiop frucUis, nuisicae et barmonicae aitis eleraenta coinplectens; Iil)ei' elbicorum Ralila et Dimna inscriptus; liber artis logisticse à Mobamado-ben-Musa-al-Rliuarezmila exornalus, qui caeteros omnes brevilate metliodi ac facilitate prœstat,ïndorumqae in praeclarissimis invenlis ingenium et acumen ostendit.Ex Katkae igitur operibus nobis haclenus noti sunt : liber deœtatum tempore, titulo Jlnaniuzar; liber de astrologiae genethliacae secretis; libei' conjunctionuni major; liber conjunctionum niinor. )>

Il resuite de ce qui précède, que les Arabes n'ont rien pu tirer de bien intéressant et surtout d'original des livres de l'Indien Katka:, ils ne savaient même pas à quelle époque il avait reçu le jour, m ce qu'il avait fait réellement; de plus, ils trouvent dans l'Inde trois systèmes astrologiques, le Sind-

(436 ) /////r/, [ AvLi^cbahv et Wirhand; le prciDier seul est parvenu juscjirà Baijdad (i). M. Gildenieisler, qui s'est donné la peine (1. c, p. loi et io3) de faire une nouvelle traduction latine des passages cidessus mentionnés, substitue aux tria systcmala astrologica : Urs methodos astronomicas^ trois méthodes astronomiques. Mais rien ne montre qu'il puisse être ici question d'astronomie proprement dite; les expressions///// rt///(>r/^V>>///// ^^^r*^! Js sont généralement employées pour désigner la science astrologique ; quanta l'astronomie, c'est d'ordinaire heiel La ///// heiet vj;^ Jb et surtout rœsœd j^j astivnomia calculatoria.Cest aller un peu loin que

(i) Remarquez aussi cette tendance à remplacer toujours les faits par des généralités. Ici , nous lisons : Indorum in prœclarissimis invenùs ingenium et aciimen ostendlt. Ailleurs, Rosen (ihe algebra of Mohammed bcn Musa, p. x\ après avoir dit qu'il est très-probable que les Arabes ont reçu l'algèbre et le système de numcration décimale des Hiiuloiis, ajoute : IVho furnishcd theni ivith varions important points of mathematical and astronomical information. Mais quelles sont ces découvertes remarquables, ces connaissances diverses et si importantes dans les sciences mathématiques transmises par les Indiens? C'est ce que personne ne nous apprend d'une manière nette et positive, et l'on peut croire que les inventions qu'on met sur le compte des Indiens ne sont que des idées grecques. Vov. Colebrooke, Misccllancous cssays, 1837, t. II, p. 412, /, i4, /»/é9,et ce (pi'il dit, p. /127 et suiv., sur les mots Arjahaliar et Àrcand ; p. 467 et suiv., sur Jryabhalta ; p. 5o4 , 5o8 et 509, sur Phigar et Kutka. — M. Chastes, Jpcrçu ImtorifiHCf etc., p. \l>i , lit Kat/ia au lieu de Kalka,

( /,37 ) (le fairr de Knihn, sur de senil)l«il)les données, un sa- {'(inf (i.s/ronomc; le titre seiilde ses ouvrages prouve (ju'il s'occupail spécialement (Wistroloi^ic, et par c()nst'(juenl, s'il fui le plus ancien des f/stronoz/irs indiens ^ il était déjà bien postérieur à Hipparque, puisque l'astrologie ne pénétra dans l'Inde que vers les premiers siècles de l'ère chrétienne. (M. Letronne, 1. c, p. 27.)

D'un autre coté, ce nom de Kaika soulève bien des doutes; d'Herbelot (Bibliotb. orientale, 1697, p. a 4 8 et 9^7), lit Kengheh^ Kenker^ Kankar^ Kangliah et Cancah ou Kankali; dans le manuscrit que possède la Bibliothèque royale, on trouve Kankali iSci très-nettement écrit ; Colebrooke a vainement cherché cette dénomination dans les livres sanscrils, et M. Gildemeister (l.c, p. 108 et suiv.) combat avec beaucoup de raison les conjectures du savant anglais. Nous avons exposé ailleurs ( Mémoire sur les systèmes géographiques des Grecs et des Arabes, p. 12 et 1 3) les divers sens qui ont été appliqués au moyen âge au nom de Kanka, que les Indiens eux-mêmes {^W Usons Dict.) disent être ww faux brahmane. Mais qu'il ait existé ou non un auteur indien appelé Kaika ou Kanka , ce qui est bien certain, c'est que les livres qui lui ont été attribués n'ont aucun intérêt pour l'histoire de l'astronomie, et ne sont pas de nature, d'après ce que nous en sa-

( 438 ) VOUS, à relever le crédil scientifique des Indiens. En serail-il de inênie de lenis trois systèmes, le Sind-llind, F Argchahr et V .Irkaml? Les Indianistes ont vainement clierclié, jus(|u'à présent, à nous ex|Dliquer le vi'iitable sens de ces dénominations : pour les uns, Ârgchalir^ y^S ou Anj^elùr^ y^i^A (M. Gildemeister , 1. c. , pag. io6 et 107) n'est autre chose {\\\ Arjnhhatta fi); pour les autres, \ Arkand est \ Arkasiddhanta. Mais comme les Arabes se sont bornés à emprunter le Sind-Hind à l'astronomie indienne , c'est de ce livre oudc cette méthode seule que nous devons nous occuper. Si nous en croyons, d'ailleurs, Masoudi, le Sind^Htnd aurait une grande valeur, puisque non-seulement V Ar<^eba/irei VArkff/id , mais encore V A ///lages/e, en seraient dérivés (manuscrit de M. Quatremère, fol. 4o, verso) —

(^^•^^1 ) >4-tr9^j'^^ s^'-:iXr ^^^^\: 0^> ^j

( Lr.^rr*-^-^ ) u"^ *-:. ^ -^ ! ( ^'-^) ^5^=»--=^^ ij^ j « ex libro Si/id-H/nd , varii derivati sunt libri, sicut liber Argcbahr et Almagisttis ; dein fluxit ex Argebahr liber irknnd, et ex Almagisto liber Ptolemaei.» (Voy. M. Gildemeister, 1. c, p. 106, j 3:2, et p. 3 des textes arabes). Quant au véritable sens des mots Sind-Hindy c est pour Masoudij^jJi^a^j'^rw- (i) Voy. la note de la page 436 în fine.

( 439 ) ////// s(rn(loru/n ; pour Bolilen (Ailes Indien, II, oy/j), (iynis ('ir('n//i(fi;rfts ; pour M. Fluegei , fatum i/oz/tiiKtns ; pour Colebrooke, t/ic rn'o/iini^ agrs ; pour (lasiii (t. I, p. /4'J»-7), œtcrnutn i)('ip('tHnin(nie; et enfin, |)our M. Gildeineister (1. c, p. io3), perpeluitns (il)sohaa.V?i\\\^^\\ rapporter ce traité, avec Colebrooke [MisceUancousi'ssajSy II, /pS ),au Brahtndsiddhunt(i ? C'est ce qui n'est pas complélenrienl démontré.

Toutefois, un fait ressort des témoignages arabes que nous avons exposés plus haut : c'est qu'au milieu de tous ces travaux, qui semblent attester chez les Indiens une certaine activité intellectuelle, on arrive, en dernier résultat, au Sind-Hind, seul emprunt que l'école de Bagdad ait fait à l'astronomie indienne. Il s'agit de rechercher maintenant si les Tables qu'il contenait étaient originales, ou bien encore si quelque indication inaperçue ne décèlerait pas une source grecque.

Traduites pour la première fois sous le khalifat d'x\lmansor, elles sont employées jusqu'au temps d'Almamoun, c'est-à-dire pendant cinquante ans. A cette époque, Mohammed-ben-Musa en fait un abrégé, en les modifiant profondément; mais l'Almageste de Ptolémée commence à se répandre dans les écoles, et déjà il n'est plus question du Sindliind. Les astronomes arabes, les yérilables observateurs, paraissent n'en tenir aucun compte, et

( /ilo )

n'en font point mention dans leurs traités scientifiques, pienant toujours pour point de comparaison les écrits d'IIippanjue et de Ptolémée; c'est qu'évidemment les Ta])les indiennes opposées aux Tables grecques devenaient complétemeut inutiles par leur inférioiité même; et l'on peut en conclure liardimenl que l'astronomie indienne n'a fourni au\ Arabes aucun document de quelque valeur ; car assurément les savants de Bagdad n'auraient pas manqué de dire : « Voilà ce que nous avons trouvé dans les Traités des matlîématiciensd'Alexandrie; voici ce que les Indiens y ont ajouté. » Bien loin de là : ils laissent les Indiens tout à fait de coté; et si le Sind-Hind est quelquefois cité dans leurs écrits (i), c'est toujours pour des questions d'un ordre secondaire, ou dans des calendriers qui rappellent nos aimanacbs des campagnes.

]Mais ces Tables indiennes seraient -elles seulement un extrait fort imparfait des Traités grecs qui avaient sans doute pénétré dans l'Inde à la suite de l'astrologie PColebrooke [JMiscellaneous essajs, II, 449» et notre Introduction aux Tables

(i) M. Gildemeister, loc. cit., p. 106. — Postcà qiianquani jain Ptolemaei liber f/ucm Arabes dcindè prœferebant, esset translatiis , pluies astronoini Tabulas ad Sindhindi lationem adornarunt, lit torlioHig. saecido Alhasan-ben Mir.bal» -,1*^.*, Fadhl-beii-Halim v!.^, -Nairi/iiis ^yj^\ et Yaqûb-ben-Tharicj ^,lir Hispaniis. Casiri , hc. cit., I, /|i3, /|2i, /jîS.

( Vl. )

nstrotwniKjurs (FOJoui^-lici:;, I. ï, 1. c.) en iTconnaît liii-nirine la possibilité, et il ajoute, pa^. \\i et [\\[\ : a Tlie Arahs atIo[)te(l in ils lolalily Ptoleniy's Tiïeory of ihe motions of tlie planets wliicli Ilindiis hâve onljr iii ptirt ; but tlie Arabs iniproved on bis astronomy by careful observations, a praise lo wbicb tbe Hindus arc not cqually inlillecL » N*est-ce pas là une condamnation sans appel de l'astronomie des Indiens? — Le Sind-Hind pourrait bien n'être qu'un recueil de pratiques astrologiques , de quelques règles de calcul renfermées, a la manii'vc des Hindous , dans des vers mnémoniques , auquel auraient été jointes des Tables du soleil et de la lune, très-incomplètes. Casiri nous apprend qu'Abmed-ben-Abdallali-Habasb , surnommé le calculateur, avait composé trois Tables : la première, d'après la métJiode des Indiens ; la seconde, d'après la Table vérifiée; la troisième, selon la méthode des Perses; et, si l'on en croit Abulpharadje, la première contenait des règles, et la seconde, les ohsejvations que Habash avait faites lui-même. Ces règles, qui concernaient principalement le moyen mouvement des planètes, n'offraient assurément aucun caractère d'originalité. C'est ainsi qu'il est fait mention du Sind-Hind dans un calendrier d'Harib-ben-Zeid , dédié, au dixième siècle, au kbalife Mostanser. L'auteur se borne à dire que le soleil

entre tel jour du mois dans un des signes du zodiaque, selon All)alegni et les observateurs, et tel autre jour, selon le Sind-Hind, secundum inlentioneni .isùid-IHndi ou Sindi-Uindi. Ceci pourrait nous conduire à fixer Foiigine grecque du Sind- Hind, puisque M. Letronne a établi que le zodia- (|ue des Indiens n'était autre que celui des Grecs ; et, d'un autre côté, l'entrée du soleil dans les douze signes, selon le Sind-Hind ^ s'accorde beaucoup trop exactement avec le calendrier Julien , pour qu'on puisse assigner une autre source aux déterminations des Indiens, il y aurait lieu seulement de rechercher si les Arabes qui placent l'entrée du soleil dans les signes du zodiaque, cin(j ou six jours avant le Sind-Hind^ n'auraient pas deviné et signalé la nécessité de la réforme grégorienne , cinq ou six siècles avant que l'Europe chrétienney ait songé; c'est une question que nous traiterons ailleurs. 11 nous suffit d'avoir démontré que l'école de Bagdad paraît n'avoir rien emprunté d'important à l'astronomie indienne; et je ne doute pas que si l'on trouvait un exemplaire du Si/id-Hind, qui, jusqu'à ce jour, ne nous est point parvenu, toutes nos assertions ne fussent justifiées. Ce qui prouve, au reste, (jue l'on s'est toujours fait l'idée la plus fausse des travaux scientifiques des Indiens, en général, c'est qu'aucune des dé-

couverles qui leur sont allrihiu'es ne semble leur appailenir vt'rila])leuîenl , [)()ur peu ([u'on approfondisse la question. Alkofthi, par exemple, suppose qu'ils ont inveiilé le système de trépidation des fixes dans le passade suivant :

a Mubammed-ben-lsniail-AIlonukbi astronomia^ studissimus et diligens investigator, ad eam cognoscendum varias peragravit terras ; venit etiam in Indiam et indè secum tulit ejus disciplinae praecepta egregia ut doctrinam de œquinoctiorum progressu ac regressu (i). » Mais Colebrooke est luimême obligé de convenir (Mise, ess., t. II, p. 384j

(i) M. Gildemeister, loc. cù.j p. m : Meliiis Toniikhi qiiam Taniikhi pronuntiari vidctur. Cf. Mcoll. Cu/L Cat. bihl. BodL, II, 55o; à propos du mouvement de trépidation, de œcjuinoctiorarn progressa ac régressa^ il ajoute : Id enim sibi velle videtiir verba arabica jO^'^U J'wi^l ïS^aw quae aliunde mihi haud cognita sunt. Perperam, ut apparat, Casirius (I, 429) vertit de stellarum rnotibus priorihns ac posterioribus seu de motu successivOf ciàm ibid., p. 43o , Ibn-Aladami mort, circà annum 3oo, primus de eâ re scripsisse dicatur, hoc posterior censendus eritTonuthius. Eam tamen de aequinoctiorum,ut iià dicam, oscillatione doctrinam cjuse apud Indos vulgarib erat , jam anteà Arabes cognoverunt. Cf. Colebrooke, Ess.^ II, p. 38/» sqq. Cujus commentatio : On the notion of the Hindu astronomers concerning the precession of the equinoxes, ibid., p. 374 sqq. Hic omninô est conferenda.

que Irs Arabes connaissaieni hirn avant les Indiens cette doctrine de la ti épidation, et d'ailleurs elle est d'oiigine grecque; il en est fait mention dans Tliéon, et même dans Proclus. (M. Lelionne, Mémoire sur le calendrier rt^) plirn, encore inédit) (i ).

Un autre fait bien plus curieux va confirmer l'opinion que nous avons mise en avant : les astronomes arabes se servent fréquemment, pour la détermination de la ligne méridienne et de l'azimut de la Kii>lali (2), d'un instrument qu'ils appellent cercle indien. (Voy. notre Mémoire sur les instruments astronomiques des Arabes y p. 17 et 3o, et plus haut, pag.-323.)

Ali-Scliali , contemporain de Gelal-eddin, qui florissait au treizième siècle , et dont nous avons rapporté une description très-complète du cercle indien, n'est pas, à beaucoup près, le seul auteur qui parle de cet instrument; on le trouve indiqué dans Aboul - Illiassan , t. 11 , p. 4^7 > 4 18, et Ms. 1148, fol. 1 55 et suiv. ). Ebn-Jounis, qui écrivait son giand ouvrage à la fin du dixième siècle de notre ère, après avoir fait remarquer que l'ombre projetée par un gnomon

(i) Voyez noire Méni. sur les instruments astronomiques (les Arabes, p. 3 1, et la citation non justiKée qui se trouve dans le cahier de décembre 1843 du Journal des savants, p. 723.

(2) C'est le nom qu'on donne à la direction de.> oratoires musulmans vers le temple de la Mecque.

( 4.'.5 ) peipeiuliculaire ne correspond pas à la liauleur du cenlre du soleil à l'inslant de l'obseivalion , recommande l'emploi de tahlellcs de marbre blanc. Oloug-Hcg (Ms. persan, n^ iG4,fol. olï). et Mouvayad-al-Oredbi (Ms. arabe, n° i j57, fol. 4i et 85) font également ressortir l'ulililé du cercle in(iieii.\o\\l\ donc une conquête astronomique faite parles Ârabessurles savants de l'Inde , et bien nettement constatée. — On peut dire, il est vrai, que l'invention de ce procédé ou de cet instrument ne dénote pas chez ses auteurs des connaissances bien avancées ; mais serait-il possible d'en contester l'origine indienne, devant les témoignages si positif, si précis des Arabes? C'est cependant une sorte d'extrémité à laquelle on se voit forcément amené , lorsqu'on lit dans Proclus la description d'un instrument qui se rapporte en tous points à celle du cercle indien (V. Proclus, Hjpotjposes, éd. Halma, p. 78, et plus haut. pag. 297), et l'on est obligé de reconnaître qu'à cet égard les Arabes n'ont encore eu besoin de rien emprunter à l'astronomie indienne.

iNous ne terminerons pas cette note sans dire quelques mots de la découverte de V algèbre^ qu'on fait venir de l'Inde, aussi bien que le système de nutnératloii décimale. Un peuple resté , pour les (juestions astronomiques, en arrière des Grecs

( 446 ) et des Aiabes, a-t-il pu acquérir, dans les autres branches des sciences malhénaatiques, une supériorité quelconque. Nous avons récennmeni eu Foccasion de nnonlrcr (Mémoire sur les systèmes gé()grapliif|ues des Grecs et des Arabes, et en particulier sur les termes khobbet arine et kankdcr, servant à déterminer, chez les Orientaux, la position du premier méridien dans renonciation des longitudes) que non-seulement les Indiens n'avaient point innové en géographie, mais encore (pi'ils n'avaient pas eu l'idée de rien changer aux théories des Grecs et des Arabes , auxquelles peutêtre ils ne comprenaient rien (Mémoire cité, p. 7 et suiv.) Jamais ils n'avaient songé, soit dans l'antiquité, soit au moyen âge, à placer un premier méridien géographique dans l'île de Ceylan , appelée Ar//?/iY/. Examinons maintenant si l'algèbre est véritablement d'origine indienne. (Voy. notre Ititrod. aux Tables astron. d'01oug~Beg,t. I,p. 69 et suiv.). L'ouvrage de Mohammed-ben-Musa-al-Rhowarezmi , qui nous servira de point de départ, comme ayant une date certaine ( v. 83o de J. C), et dans lequel les Européens ont puisé leurs premières connaissances algébriques (i), a été imprimé il y

(i) Rosen , the Algehra oj Mohammed-ben-Musa, p. vi et VII. — Casiri, t. I, p. 371. — M. Chastes, Aperçu historique, p. 489 et 491. — Colebrooke, Miscellaneous essays , t. II, p. 486 et 499-

a nuelques annces, lexle el Iraduclion, par les soins (le Al. Koscn. I^'auleur araije nous apprend, dans sa Préface, cpi'il avait été chargé par Alniainoun de composer un Irai lé d'algèbre populaire (i /; ce (pii pourrait l'aire croire (pie les Arabes possédaient déjà (|uel([ucs livres d'algèbre plus étendus ou d'un ordre plus élevé. Toutefois, Hadji-Klialfa dil posilivement, dans sa Bil)liograpliie , cjue Molianimed-ben-iMusa fut le premier musulman qui écrivit sur cette science (-2). Cette assertion ne suffit pas pour prouver qu'il en ait été l'inventeur, comme le supposent Léonard de Pise (Fibonacci), Cardan (3), qui le met au nombre des douze plus

(i) Roscn, loc. cit., p. viii et 3.

(2) Rosen, p. vu; Casiri, loc. cit. : Omnium princeps teste Cazuinïeo , algebrae artem maliometanis tradidit Mohamadben-Musa-Khuarezmita mathemii tiens vel apud Latinos celeberrimus. — Colebrooke, Mise, essays, t. I, p. 444; voy. ce qu'il dit p. 5i2 , d'après Casiri, I, 41O) ^t d'Herbelot (au mot Cnmet)y à'Abn-Kaniil-Shujaa-ben-Aslam ou Salam^ qui parait avoir écrit sur l'algèbre à la même époque que Mohammedbeii-Musa, et qui eut pour commentateur Ali-hen-Ahmed-al- Omrani, mort en qSS. Nous indiquons, dans notre Introduction aux tables astronomiques d'Oloiig-Beg, p. 62 et 63 , plusieurs autres traités d'algèbre composés par les Arabes.

(3) Cardan, Ars magna, i545, p. 3 : Haec ars olim à Mahomete Mosis Arabis filio initium sumpsit; etenim hujus rei locuples testis LeonardusPisauriensis est. — De subtilitate , l.xvi,p. 470. (Casiri, 1. 1, p. 371, cite le livre xiv de Cardan.) — Rosen, p. 191, relève les diverses démonstrations que Cardan a tirées de l'ouvrage de Moliammed-ben-Musa.

(448 ) grands génies de ia terre, Tarlalea (i), etc. Aussi la queslion de l'origine de l'algèbre est-elle toujours resiée indécise. Les Arabes n'attribuent point celte découverte aux Indiens, mais ils n'en revendiquent point l'honneur pour eux-mêmes, et l'on a depuis longtemps abandonné l'opinion de Stifels (2) , et même de Reppler (3), qui le reportaient à l'astronome Gebcr. Cette opinion n'était fondée que sur une confusion de mots, et la double dénomination de Gebr et Mokabalah, qu'on trouve dans tous les titres des traités d'algèbre j arabes, ne veut pas dire autre chose que réduction et opposition. Ces expressions , dont nous n'avons conservé que le premier terme, dlgchre (4), se ralta-

(i) lAv\.s^\^v2i y Tratt. di nitmcri , etc. ,1. vi; Opère, 1606,

(2) Stifels, Arithmelica intégra, i544 , 1- i? p. 3o , et 1. 3, p. 227.

(3) Kei^^\eT,Hormonices mundi, 1619,!. i, prop. 45, p. 34.

(4) C.'isiri, I, 370. Algebra vox arabica est analysin mathematicam cxprimens, latine : in intcgrum restUutio. — D'Hcrbelot, Bibl. or. y p. 365 : réduction des nombres rompus à un nombre entier.— Rosei),p. 177 à 186, donne la signification des mots Gebr et Mokabalah d'ai)rès plusieurs passages d'écrivains arabes et persans, Motenabbi , Haji-Khal/a, Abou-Abdallah-al-Hosainbcn-Jhmcdy Behacddin - MoJiammed-hcn-al-Hosain , auteur du Kholaset-Al-hisab, imprimé à Calcutta en 18 12 ; Mohammed- Nadjin-cddin-KItan y etc. Il montre ensuite l'algèbre pénétrant en Europe, et eoubcrvant son nom arabe jusqu'au seizième siècle, ainsi que l'attestent les ou> rages de Léonard de Pise,

client pnrl'aileiuoiiL à la science dont les (Vjiialions (ormenl le mécanisme, et, selon toute apparence , elles ont servi, clie/ les Aral)es, à désij^ner Touvrajj[e de Diophante, (jni a toujours passé avec raison pour l'inventeur de l'ali^èbre.

Mais quelques haités de mathématiques rapportés de l'Inde depuis trente ans à peine, ont fait supposer qu'il fallait placer dans ce pays l'origine de cette science. Le plus important ouvrage de ce genre est, sans contredit, celui de Colebrooke; il est intitulé : Algebra, mth aritlimetic and mensuration from the sanscrit of Brahmegupta and hhascaru y translated hy TJi, Colebrooke. Londres, 1817, in-4". Précédemment, on avait vu paraître les publications de J. ïaylor ( Lilawati or a trealise on Aritlimetic and Geometry, by Bhascara- Acharya. Bombay, 18 16, in-4*^) ; d'Edw. Strachey {Bija GanitaoY the Jlgebra of the Hindus. 'Londres, 1812, in-4°)j et le Kholaset al hisab , imprimé à Calcutta en 1812 {the Khoolasut-ool-hisah., a cornpendiuni of Arithmetic and Geometry., in the arable laîiguage bj Bahae-ood-deen, ofAmool in Sjria,

de Lucas de Burgo; puis le mot mokabalah disparaissant dans les traités de Cardan . 1 545 ; de J. Scheubelius , 1 552 ; de Pelletier, i558, et de Noniiis, 1567. Rosen cite en même temps les ouvrages d'Hulton et de Cossali. Voy. aussi Montucla, Hist. des mathématiques, I, p. 382. — Chasles, Aperçu historique , p. 489. — Colebrooke , Miscell, essays, t. II , p. 435 , etc.

iKitli (i translation info Pcrsian and commentary bj the late Muoluwee iinoshun IJlae of Jtionponr; to wich is adilrd a treatise on (dij^ebra by Nujmood'deen Clee khan , head Qazee^ to the sudr Decivanee and Nizamut Udalut , revised and cdited by Tarinee Churiin Mitr^ Muoluvee Jan Ulee and Ghoolam Vkbiir.

Brahmegupta \ivait au septième siècle de noire ère, si nous en croyons les Indianistes eux-mêmes, etBhascara-A.charya,rauteurdu Lilaivatiei duliija- Ganita, est du douzième siècle. Colebrooke nous apprend en outre que Ganesa, commentateur de Bhascara , du seizième siècle , cite ufi passage d'Aryabhatta qui offre une solution très-fine des problèmes indéterminés du premier degré inconnue à Diophante. \ryabhatta florissait au cinquième siècle de notre ère, et de là, on a conclu l'origine indienne de l'algèbre. M. Rosen , traducteur de Mobammed-ben-Musa , paraît assez disposé à soutenir celte opinion (i), que Colebrooke est loin d'admettre sans réserve, et il fait observer (|ue les Arabes n'ont pu emprunter l'algèbre des Grecs, attendu qu'ils n'ont analysé Diopbante que vers la fin du dixième siècle de notre ère (Com-

(i) Rosen, loc. cit., p. vui, 197 et suiv. — Colebrooke [Miscell. €ssajrs)y p. 44^, ne présente que comme une conjecture l'origine indienne de l'algèbre.

lîKmtaire d'Alxnil-Wc'ra , mort cii 998) (i), cl (jue deux (les nirlliodes einployc'es par Molianiiiiedheii-Musa, pour trouver le rapport de la circonff^rence au diauièlre, sont exposées dans l'ouvrage sanscrit de Bliascara-Acharya(2). Mais de ce qu'Aboul-Wéfa a traduit ou commenté Diopliante, on ne peut inférer que, le premier, il ait fait connaître cet auteur aux Arabes. Aboul-Wéfa traduisit aussi pAiclide (3) , et cependant les Éléments d'Euclide étaient enseignés dès le temps de Haroun-al-Raschid dans les écoles de Bagdad; d'un autre côté, Bhascara-Acharya , cité par M. Rosen, est postérieur de plus de trois siècles à 3Iohammedhen-Musa, et il serait plus raisonnable d'admettre

(i) Colebrooke , Mlscell. essays, II, 445; Rosen , p. 9. — Ces auteurs citent Casiri , 1. 1, p. 433 ; mais Casiri ne dit pas qu'Aboul-Wefa a le premier traduit et fait connaître Diophante ; voici ses expressions : E multis quae scripsit circumferuntur haec ; commentarius in llbrum Alkhuarezmitœ ^ de algebrâ; commentarius in librum Diophantls in algebrâ; commentarius in llbrum Abi-Iahia de algebrâ, etc. Et même lomc, p. 43o, Casiri dit : Abilvapha Diophantem illustravit. Dans toutes ces citations, il n'est point question des Indiens. Nous ne savons pas quel était cet Abou-Iahia , auteur d'un traite d'algèbre j dans le texte arabe donné par Casiri, il est appelé Ebn-Iahia. — Voy. aussi Colebrooke [Mlscell. essays , t. II, p. 5i4 et 5i5), qui rapporte sans examen l'opinion de Cossali.

(2) Rosen, p. viii , 72, 198 et suiv-

(3) Casiri , loc, ait, , 1 , 840.

qu'il s'est servi de(|uelf|iie ouvrage arabe pour la composition de son traité (i).

On a ensuite prétendu qu'on ne pouvait étal^lir ai\^un leinie de comparaison entre le traité de Dioplianleet l'algèbre de Mohammed-ben-Musa, et pourtant M. Rosen avoue lui-même que ce dernier résout la plupart de ses problèmes par les règles (jue suit Diopliante, et (pji sont présentées d'une manière moins intelligible par les inalhcmaticic/is hindous : « Tlie science as tauL^IU hy Mohammedben-Musa , does not extend beyond quadralic eqiialions, including problems witli an affecled square; ihese lie solves by ilie same rules which <(ir l'ollo^yed hy Diophanlus and wliicli are taught though less compreliensively by the Hindu matliemalicians»(2). Casiri, sur lequel on s'appuie pour montrer cpie les Arabes ont fait d'impoilants emprunts à l'Inde savante, ne paraît pas douter qu'ils n'aient reçu l'algèbre des Grecs (3), et il ne fait

( i) M. Stubr, Untcrsucliangen iiher die Ursprunglichkeit und AUerthumliclikeit der StenikundCy etc., i83i, p. i3o. — Colcbrooke [Miscell. essays, II, 419 et \i\) dit qu'on sait positivement que Bhascara-A.charya vivait au douzième siècle de notre ère, et il ajoute : The âge of his preciirsors cannot be determined \\\\\\ equal précision. Voy. aussi p. /|5o et suiv.

(2) Rosen, /. r., IX \LHa\'ntiy p. 29, lîija-Ganifa, p. 3/|7, of M. Colebrooke's translation). — Colebrooke, Mise, ess.^ II, 436.

(3) Casiri, I, 'I70 : Arabes Diophantiun algebrae auctorem extitisse ingénue prolitentur. — Et p. 371 : Illud tanien cer-

( /|53 ) (\uo confirmei' les Irmoign.iges de Ué^MomDnl.tn et de Sclieul)el. Les preuves négatives ne doivent êlre admises qu'aiifanl ({u'elles sonl juslifiéespar des lexles positifs. Si, comme on l'a remar(jué, l'ali^éhriste aral)e ne traite pas des é(|uations indéterminées du second ni du premier degi'é(r), on en trouve la raison dans la préCace de l'auteur, qui n'a composé, dit-il, ce tiaité succinct que pour faciliter une foule d'opérations qui se présentent dans le commerce des hommes et dans les besoins de la vie(2). C'était un livre élémentaire, un manuel pratique à l'usage du peuple, et les connaissances des Arabes embrassaient assurément un horizon plus vaste, puisqu'ils se sont même occupés des équations du ti'oisième degré, comme nous l'avons indiqué ailleurs (Notices et extraits des manuscrits publiés par l'Académie des inscriptions et belles-lettres, t. XIII, p. 128 et plus haut p. 367). On voit que les raisons alléguées par M. Rosen, pour montrer que les Arabes n'ont point tiié

tissimiim est algebrs spécimen quod Diophantus posteris adumbratum reliqiiit, Aiabas deindè non panim illustrasse, multa nova ac ingeniosa de siio addidisse , primum denique in caeteras nationes illius nsnm importasse. — On lit encore dans la Table de Casiri : Diophantus algebrœ ifiventor. — Les Indiens sont encore ici tout à fait en dehors de la question.

(i) M. Chasles, Aperçu historique ^ p. 491; Montucla, I, 383 et 4i3.

(2) Mohammed-ben-Musa, éd. Rosen, p. 3.

ralgèl)re des livres grecs et qu'ils en sont redevables à l'Inde, ne sont pas bien concluantes ; on a senti le besoin de fortifier l'opinion qu'il soutient, par (juelqucs arguments nouveaux; on a dit que des ouvrages (|ui ont été traduits en latin au moyen âge, et qui existent en manuscrits encore aujourd'hui, prouvent qu'à cette époque, où les rapports avec TOrient étaient si fréquents, les Européens attribuaient l'invention de l'algèbre à ce même peuple auquel ils devaient le Dolopathos et les Fables de Bidpaï. La Bibliothèque royale contient en effet le manuscrit d'un traité d'algèbre (manuscrits latins, n^ 7^77 A, n"* 7266, et suppl. n° 49) compilé par un certain Abraham, et intitulé \ Liber augnienti et diminutionis vocatus numeratio di^dnationis ex eo quod sapientes Iiidi posuerunt queni Abraham compilavit et secunduni librum qui Indoruni dictas est composait. Mais quelle lumière cet ouvrage peut-il répandre sur la question de l'origine de l'algèbre? Est-ce parce que cet Abraham, qui n'est autre probablement que le rabbin Abraham-aben-Esra, mort en 1 174, nous annonce qu'il a écrit son livre d'après les savants indiens? Mais qui ne sait aujourd'hui que les auteurs du moyen âge, aussi bien que les Arabes eux-mêmes, ont souvent attribué aux Indiens des inventions qui ne leur appartenaient

point? Oiiand nous iraurions pas l'exemple de Masoudi, (pii ne craint pas, au dixième siècle, de faire de rAlnin^'este un livre indien (i), il suffirait de citer le Cercle indien ^ qui se trouve décrit dans Proclus (a), et la Coupole d'Aviné^ qui se raltaclie non pas à un système de géographie inventé dans l'Inde (3), niais au système de longitude suivi par Plolémée et modifié par les Arabes. Si M. Chasles, à son tour, prouve que nos dix chiffres et Fart de s'en servir étaient connus des chrétiens occidentaux du temps de Boëce (4), que restera-t-il aux Indiens (5) ?

(i) Masoudi, Z/^^r /?rfl;ortt/7î aureorum, c. iv. Voy. plus haut, p. 438. (a) Id.

(3) Id. , p. 446 , et notre Mémoire sur les systèmes géographiques des Grecs et des Arabes , etc. , p. 445.

(4) M. Chasles, sur l'origine de notre système de numération. Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences , 21 janvier iSSg.

(5) L'ouvrage de M. Gildemeister : Scriptorum Arahum de rébus Indicis loci et opuscula inedita, n'est pas de nature à iniirmer les doutes que nous avons émis sur les découvertes attribuées aux Indiens du moyen âge. — L'auteur réunit (p. loo à iio) les indications qui sont fournies par Casiri , Colebrooke et Rosen , sans ajouter aucun fait à l'appui des hypothèses proposées jusqu'à ce jour, et sans discuter la valeur des assertions présentées par ses devanciers. C'est ainsi que, p. 107, il cite et ne critique pas l'opinion qui ferait dériver de Rend le mot arabe hendesah, géométrie^ pour assigner à cette science une origine indienne ; il fait de même p. 1 1 1 (et cidessus, p. 443) à l'égard du système de trépidation des

( 456) Mais revenons à lorigine de l'algèbre. Ganesa, clans un commentaire composé, il y a trois cents ans, sur Hliascara, nous parle d'un écrivain du cinquième siècle*, (.[Won /ircsuma être l'auteur d'une théorie inconnue à Diophante qui est du troisième ou du quatrième. Devons-nous avoir une confiance entière dans ce que nous dit Ganesa? Est-il si rare, comme le remarque Delambre (Hist. de l'astronomie au moyen âge, Disc, prclim.^^.io)^ de voir dans l'Inde des auteurs qui , pour vanter l'antiquité de leur nation, rappellent avec exagération les connaissances de leurs ancêtres? Il ne faut pas oublier d'ailleurs que nous ne possédons que des fragments de Diophante; les six premiers livres de son ouvrage nous sont seuls parvenus, et nous n'avons aucun des commentaires que les savants de l'école d'Alexandrie et la célèbre Hypatie ellemême y avaient ajoutés (i)? Pourquoi les sept livres perdus de Diophante n'auraient-ils point contenu une doctrine plus relevée? pourquoi

fixes, etc. Knfin, il est plusieurs points curieux, tels que le Cercle indien, la Coupole d'Jrin, etc. , qu'il passe entièrement sous silence.

(i) Voy. notre Introduction aux tables astronomiques d'Oloug'Begf p. 62 et suiv. — Colebrooke paraît oublier complètement que les travaux des Grecs sur l'algèbre ne nous sont point parvenus {Miscell. essajs), II, 43o, 4^7, 444> Vi^, 499> 5oi et suiv.

( 457 ) quel(|ue Grec du mémo M«;e n'aurait-il pas perfeclioimé raljj;èl)ie de son contemporain? pourcpioi Aryabhalla et Brabmegupla, qui vivaient l'ini ccnl ans, l'autre trois siècles plus lard, n'auraienl-ils pas été simples copistes des savants de l'école d'Alexandrie ? Il est aussi impossible d'établir d'une manière certaine l'originalité de leurs travaux, que celle des travaux de Bbascara-Acharya , (|ui vivait au douzième siècle. M. le professeur Stubr a fait observer avec raison qu'ils avaient été composés à près de six cents ans de distance, et qu'il est bien étrange que l'Inde ne nous fournisse aucun autre monument de ce genre, à quelque époque que ce soit de son histoire. Ce n'est pas ainsi que procède la science, et tout porte à croire que Brahmegupta et Bbascara, dont nous possédons depuis si peu de temps les ouvrages, se sont inspirés, le premier des livres grecs, et le second des livres arabes. En admettant avec les Indianistes que Brahmegupta ait fleuri vers l'an 65o de notre ère (i), il se trouverait placé entre l'école d'Alexandrie et l'école de Bagdad ; on lui avait attribué la formule de l'aire du triangle, et voilà M. Chasles qui nous apprend que ce théorème, resté inaperçu dans les annales grecques, a été

(i) Colebrooke, Miscell. essajs, II, p. 4^4? 4^9? 4^5 et suiv. , 463 et suiv.

démontré par Héron l'ancien , deux cents ans avant l'ère clnélienne, et qu'on le retrouve dans un fragment d'un auteur latin qui paraît antérieur à Boëce. Les nombies i3, i4 et i5, que les Indiens ont pris dans l'application numérique de cette formule, sont aussi ceux de Héron l'ancien ; on est donc porté à supposer que Brahmegupta a puisé une partie de ses connaissances chez les Grecs (i). N'en serait-il pas de même pour l'algè-

(i) Colebrooke {loc. cit., p. 437) cherche à prouver que les .'ilgébristes indiens sont presque aussi anciens que les algébristes grecs; mais il reconnaît, p. 449, que les idées de l'école d'Alexandrie ont pénétré dans l'Inde : « No doubt can be en- « tertained that the Indus received hints from the astronomi- « cal schools of the Greeks. »> — Voy. M. Letronne, Mémoire sur les zodiaques j p. 26. — Enfin, le savant anglais arrive lui-même, p. 446, à cette conclusion, tout en faisant quelques reserves en faveur des Hindous : »« If it be insisted that a hint • or suggestion of the seed of their Knowledge may hâve rea- « ched theHindu mathematiciansimniediately from the Greeks « Alexandria or mediately through those of Bactria, it must « at the sa me time be confes^cd that a slender germ grew and « fructitied rapidly and soon attained an approved stale of « maturity in Indian soil. ■ Colebrooke oublie encore ici que nous n'avons que les premiers livres de Diophante de l'algèbre des Grecs, et que les travaux des Arabes nous sont encore en grande partie tout à fait inconnus; et il termine ainsi, p. 449 : « It must be admitted to be at least po»sible, if not probable, '( in the absence of direct évidence and positives p roofs , that « the imperfect algebra of the Greeks which had advanced in '< their hands no further than the solution of équations, involv- « ing one uuknown term, as it is taught by Diophantus, was

t)re? C'est une queslion que la découverte d'un Irailé complet de (|uel(jue savant d'Alexandrie sur colle science, peinietlrait de résoudre aisément; mais nous ne pouvons l'espérer, et il suffit d'avoir établi l'anlériorilé des Grecs pour repousser l'origine indienne de l'algèbre, jusqu'à ce (jue les Indianistes nous aient fourni des documents plus satisfaisanls.

Les explications qui précèdent nous autorisent à refuser aux Indiens ce caractère éminemment

" madc known to the Hindus by their Grecian instructors in « improved astrononiy. » — M. le professeur Stuhr (voy. notre Lettre au Bureau des longitudes, i834, p. 5 et suiv.) ne doute pas non plus que les connaissances scientifiques des Grecs n'aient pénétré chez les Indiens dans les premiers siècles de l'ère chrétienne ; il passe en revue les astronomes indiens qu'on suppose avoir fleuri du cinquième au sixième siècle, Aryabhatta , Vahara-^Iihira et Brahmegnpta; puis il signale cette lacune vraiment inexplicable dans l'astronomie indienne de six cents ans, jusqu'au temps de Bhascara-Acharya, qui vivait en ii5o de J. C. , et dont les travaux ne sont probablement que la reproduction de ceux des Arabes. Il s'exprime ainsi [Untersuchungen, etc., p. io6) : «Die Indischen Stern- « kundigen ; jiingerer Zeiten, die bemùht gewesen sind, die « Sternkunde auf eine ^vissenschaftliche Weise auszubilden, « haben dagegen zurErklarungder Unregelmassigkeiten in den <c Bewegungen der Wandelsterne Vorstellungen von der Ei- « form ihrer Bahnen and von Beikreisen angenommen, dit mit ( grosseren oder geringeren Abweichungen im Einzelnen der « Haupsache nach den Unsichten Hipparch's so sehr verwandt « sind, dass man mit Sicherheit schliessen darf, sie stammten « ans seiner Schule lier. »

( 46o ) scientifique que Ton s'est plu et que Ton se plaît encore à leur accorder; Tliistoire des mathématiques, de l'aslronomie et de la géographie n'a mal- -. heureusement à enregistrer aucune découverte qui ' leur appartienne en propre; il ne leur reste que l'invention des chiffres et de la numération décimale, qui leur est d'ailleurs contestée par des hommes d'une grande érudition. On a remarqué que l'usage des dix chiffres ne remonte pas, dans l'Inde, au delà du neuvième siècle, époque à laquelle cet usage s'est introduit chez les Arabes; si ces derniers les appellent cinffres indiens comme nous les appelons chiffres arabes^ ce n'est pas une raison suffisante pour leur donner une origine indienne, puisque les Arabes ont aussi nommé cercle indien un instrument décrit par Proclus; on a fait d'ailleurs observer que la forme des chiffres arabes différait complètement de la forme des cinffres indiens [mémoive inédit de M. Jomard), et les recherches de M. Chasiesonl démontré jusqu'à l'évidence que la plus grande incertitude régnait encore sur les éléments mêmes de la question.

Cette tendance à reporter dans l'Inde l'origine de certaines inventions dont les auteurs n'étaient pas bien connus, s'est fait singulièrement sentir au moyen âge; elle s'expliquerait peut-être aisément par la nature des relations que les Arabes

entretenaient avec ce pays; non-seulement les récits des voyageurs (jui revenaient à Bagdad des contrées de l'Asie orientale, étaient empreints de merveilleux , et faisaient supposer chez les habitants des bords de l'hide et du Gange des connaissances d'un ordre supérieur, qui n'existaient pas en réalité; mais encore plusieurs savants arabes avaient, dès le dixième siècle, considéré l'Inde comme une nouvelle patrie et y avaient fixé leur demeure. Albirouni, par exemple, y résida plus de quarante ans, et il y avait composé tous ses ouvrages si célèbres dans les écoles de Bagdad et du Caire; il serait possible que ses écrits, où Ton trouve à chaque pas la trace d'emprunts faits aux livres grecs, aient été regardés plus tard, dans les provinces occidentales de l'empire musulman, comme renfermant l'exposé des doctrines indiennes, ce qui expliquerait fort bien pourquoi le cercle de Proclus se trouve nommé cercle indien, pourquoi Wàlma geste est présenté par 3Tasoudi qui, sans doute , ne savait pas beaucoup de grec, comme un ouvrage des Indiens, et enfin la coupole d'Arine comme la base d'un système géographique inventé dans l'Inde.

Après avoir établi que les Grecs et les Arabes n'avaient, sous le rapport scientifique, rien appris des Indiens dont ils avaient été plutôt les ins-

( 4fia ) tituteurs, nous sommes obligés de nous transporter au dix-liuilième siècle pour compléter notre examen de lastronomie indienne; en en'et,ni les Portugais ou les Hollandais, ni les Français ou les Danois, ni les Anglais eux-mêmes n'ont soupçonné pendant plus de trois siècles les richesses que l'Jnde cachait à tous les yeux. L'ouvrage du P. Souciet, publié en 1729, celui de Legentil, imprimé en 1779, qui a servi de base première à ce qu'on appelle aujourd'hui l'astronomie indieime, n'étaient pas de nature à en faire reconnaître la haute antiquité, quoi qu'en ait dit Bailly; ce fut seulement en 1784 que la société de Calcutta commençai donner dans les Recherches asiatiques quelques documents nouveaux qui permirent peu à peu de se faire une idée plus nette de la valeur des assertions mises jusqu'alors en avant; nous avons déjà vu que les travaux des Indiens sur les mathématiques ont été révélés depuis ^5 ansà peine, et le livre que l'on s'accorde à considérer comme le plus riche en vues nouvelles sur raiitiquité de rinde^ n'a été pubUé qu'en 1817 par sir W. Raffles (i).

Examinons d'abord quelle opinion l'on se fai-

(1) The history oj Java, by Th. Slaiiiford Rafïles, Esq, late lieut.-govcrnor of that Island and its dependeacies , in t^^ o vol. Londou, 1817, 4".

( 463 ) sait de l'astronomie indienne en ly^ç). On lit dans le t. V^ du recueil de Soiiciet , p 6 : « fj'rtat des « sciences en ce pays-ci (l'Hindostan ), est tel qu'il « y a pou de découvertes à faire ; en premier lieu, « parce qu'elles sont très-peu cultivées, les Indiens « ne songeant guère qu'à leur fortune et à s'élever, « à amasser de quoi vivre et de quoi enterrer ; (■( aux plaisirs et aux commodités de la vie. Il n'v « a pas de doute néanmoins que quelques-uns ne « se soient appliqués autrefois et ne s'appliquent « peut-être encore aux sciences et surtout à l'as- « tronomie où ils ont fait d'assez grands progrès, « puisqu'ils prédisent encore aujourd'hui les éclip- « ses avec assez de justesse ; il est vrai cependant, « et je tiens pour sur, que les plus savants aujourc( d'hui ne les calculent que matériellement, sans « savoir leurs causes ni les principes et les raisons « des opérations arithmétiques qu'ils font selon « les tables qu'ils ont (i). » Le P. Souciet (p. lo), va même jusqu'à dire que rien ne prouve que les Indiens connussent l'obliquité de l'écliptique ; à cette époque on ne croyait donc pas que les Indiens eussent jamais été bien loin en astronomie. On peut voir dans l'Histoire de l'astronomie

(i) Lettre du R. P. N..,. au P. E. Souciet, du 28 septembre 1727.

( 464 ) ancienne de Delambre (t. V% p. /|02 et s.), ce que l'on peut tirer des Tables siamoises envoye'es par l'ambassadeur français Laloubère, des Tables de Cbrisnabouram recueillies par le P. Ducbamp, et des Tables de Masulipatnam du P. Patouillet. Quant à la relation du voyage de Legentil dans les mers de l'Inde, publiée en 1779, elle a une importance particulière en ce qu'elle donne un aperçu de l'astronomie des Indiens de la côle de Coromandel, et que l'on s'est toujours appuyé sur ce livre pour soutenir la cause indienne. C'est là qu'il est question (p. 206 et s.) de la mélbode en usage parmi les Bralimes pour calculer les éclipses de lune et celles de soleil au moyen de petits cailloux; mais ces pratiques ne constituent pas un corps de science, et Legentil est lui-même obligé de convenir (p. a43), « qu'il y « a bien de l'apparence que les Brabmes calculent « aujouid'bui sur des mouvements célestes, éta- « blis longtemps avant eux ». Il va plus loin, page 3ii : « Tout semble concourir à prouver, dit-il, « que les Brabmes ne possèdent aujourd'hui que « les débris d'une science qui a été cultivée avec « le plus grand succès, bien des siècles avant J. C. « Le climat de l'Inde, comme je l'ai déjà remar- « que, est si chaud, que les Brabmes, depuis tant (( de siècles (jui/s existent, n'ont pu faire le moindre

(465 ) il pas pour perfectionner une si belle science; les « débris qu'ils en conservent (peut-être encore « avec assez de peine) leur viennent d'un climat « plus tempéré. Peut-être eux-mêmes sont-ils ori- « ginaires de ce climat, quel qu'il soit, etc.» Pourquoi, si l'on admet l'introduction de l'astronomie dans l'Inde avec le brahmanisme, ne pas remonter directement aux Grecs? Il est beaucoup plus logique de rapporter un emprunt scientifique au peuple même qui possède la science, que de supposer la préexistence d'une nation qui aurait tout su et tout appris, hormis son nom, aux générations suivantes.

S'il est vrai que les Tables indiennes soient sur quelques points plus exactes que les Tables grecques, il faut chercher l'origine de ces perfectionnements chez les Arabes, dont les découvertes ont pénétré dans l'Inde au moyen âge. Il faut se rappeler d'ailleurs que les Portugais prenaient possession des côtes de Malabar dès la fin du quinzième siècle, et qu'il est impossible que les Européens n'aient pas introduit dans leur nouvelle conquête les idées nouvelles qui se propageaient avec rapidité chez les peuples occidentaux, et les faits dont le domaine des sciences s'enrichissait chaque jour.

Ces considérations, qui n'ôtent rien à la valeur

( 466 •) des admirables productions de nos indianistes modernes, se trouvent justifiées sur plusieurs points par les récentes publications de MM. Holzmann ( i ), Keinaud (2) et Gorresio (3); d'un autre coté, elles confirment en partie le travail de M. le professeur Slulir, de Berlin (voyez plus haut p. l\S2 et 459), qui a résumé avec soin les principaux ouvrages où sont exposés quelques-uns des éléments de la question, tels que les Recherches asiatiques [Asiatic lie se arche s or Transactions of the Soc i et) instituted in Beni^al, etc., 1788-1833, t. I à XVlïl, 4°), les Transactions de la Société de Madras (Transactions of the literarj Societj of Madras)^ le Ramayana, le Panthéon indien de Moor (E. Moor. The HiinUi Panthéon , 1810, 4"); l'Aperçu historique de l'astronomie indienne de Bentley (Bentley, ^4n Historié fie^v of the Hind.^Astron.\ et divers mémoires du savant Colebrooke.

(i) M. HoUmann , dans un écrit intilulc: Uebcr dcn Gricthischen Ursprung der Indisi hcri Thierkreiscs^ combal TopiDion de Schlcgel, et s'exprime en ces termes, p. 38 : « Hiemit bin ich ' am Schlussc meiner Arbeil angekommen. Von Seiten des In- '< dischen Altertliums kann dieLehredes Hern. Letronne, dass « der Thierkreis eine Erûndung derGriechen sei, niclit ange- " fochten, sondern nur bestatigt werdeu. »

{2) Journal asintuiue^ aoûl, septembre et octobre 1^44.

(3) Gorresio , Ramayana, pocnia indiano di Vatinici, test*» sanscrito sccondo i codici manoscritti delta scicota Gaudaua. L'auteur détruit , dans sa préface , l'importance du fameux passatîe cpii avait servi de base à l'argumentation de Schlegel

( 467 ) Il nous reste un dernier problème à résoudre , celui des mansions lunaires qu'on retrouve chez la phijiart des peuples orientaux, et dont on n'a jamais indiqué clairement l'origine: nous en avons dit quelques mots (ci-dessus, p. 4^6), sans entrer dans aucun développement sur un sujet qui réclamait un examen spécial et approfondi; le moment est venu d'en poser nettement les termes.

On donne le nom de mansions lunaires à certaines divisions stellaires ou astérismes, que notre satellite est censé parcourir pendant la durée de sa révolution périodique (en 27 jours 7 heures 43' l\' 7). C'est le temps que la lune met à revenir au même point du ciel: comme, dans cet intervalle, la terre a marché elle-même vers l'orient d'environ 27 degrés, la lune ne se dégage des rayons solaires qu'après 29 j. 12 h. 44\ '^" 87; c'est ce qu'on appelle le mois synodique , mois lunaire ou lunaison.

On a dû remarquer de bonne heure que chaque jour, en s'avançant de i3 degrés au milieu de la zone céleste, la lune passait auprès de certains groupes d'étoiles qui pouvaient constituer pour ainsi dire un zodiaque lunaire; et puisque la révolution périodique de notre satellite comprenait 27 jours 1/3, il était tout naturel d'adopter un nombre égal d'astérismes : on admit donc in-

( 468 ) différemment 9.7 ou iS ifiansi(nis de lu lime. Mais à quel peuple faut-il attribuer l'idée première de ces marnions? C'est là un point de riiistoire de la science curieux à étudier, parce qu'il peut jeter un nouveau jour sur l'état et le développement des connaissances astronomiques, à une époque fort éloignée de nous.

On est aujourd'hui assez disposé à reconnaître que les Grecs ont été les véritables promoteurs des sciences mathématiques; et, jusqu'à preuve contraire, on persistera sans aucun doute à ne voir, dans les notions éparses çà et là chez les différents peuples de rOrient, que des emprunts faits à l'école d'Alexandrie continuée par l'école Arabe. Avouons-le néanmoins, des esprits distingués ont quelquefois supposé qu'antérieurement à la civilisation grecque, l'iude, la Chaldée, l'Egypte, n'étaient point demeurées étrangères à l'astronomie mathématique, et que l'examen des monuments conduirait tut ou tard, dans le vaste champ de l'antiquité, à des résultats inattendus, qui enlèveraient aux Grecs la priorité de leurs plus belles découvertes.

Les indianistes, sous ce rapport, ont pu se croire bien près du but proposé. Des documents d'un haut intérêt , révélés à l'Europe depuis près d'un siècle, une astronomie très-avancée, des

( 469 ) Iraik's ilo nialliémaliqucs et d'algèbre, îles traces incontestables d'une culture intellectuelle vraiment remarquables , en découvrant dans Tlnde un foyer de lumières inespérées, semblaient justifier d'avance les brillantes hypotbèses de Bailly, et laissaient entrevoir que les Grecs avaient peutêtre puisé à cette source féconde une grande partie de leurs richesses scientifiques.

Malheureusement l'étude attentive des faits amena une vive réaction. Il fut démontré que le zodiaque en douze signes des Indiens n'était autre que le zodiaque grec (i); que cette importation avait eu lieu en même temps que celle de l'astrologie dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, alors que les relations commerciales entre l'Inde et l'empire romain avaient pris tant d'extension, et amené des relations politiques entre ces deux régions (2). On reconnut que les astrologues des rives de l'Indus et du Gange se servaient de certaines dénominations purement grecques (3); on alla même plus loin : on s'aperçut que les prétendus emprunts faits par les Arabes du huitième siècle aux Indiens, portaient, pour la plupart, le

(i) Letronnc, Origine des zodiaques ^ i^^T? in-8', p. '26 et 27.

(2) Id., ib.

(3) Voy. ci-dessus, pag. 426el4'^7'

( 470 ) caclicl d'une origine semblable ( i). Les chiffres indiens^ que nous appelons à notre tour chiffres arabes^ n étaient que l'expression du système de numération décimale en usage depuis longtemps chez les Occidentaux {i) ; il n'était pas même jusqu'au cercle Indien^ employé par les Arabes pour déterminer la ligne méridienne et Vazimut de la Kiblah (direction des oratoires musulmans vers la Mecque), qu'on ne retrouvât dans Proclus (3).

Seules, les maïuions lunaires n'apparaissaient indle part. On devait croire qu'elles appartenaient en propre à l'astronomie indienne , et cela par une raison péremptoire : aucun des manuscrits grecs parvenus jusqu'à nous n'ajoutait, à la description des douze signes du zodiaque, ces nouvelles divisions stellaires; et si les astronomes

(i) Voy. plus haut, p. 444 et suiv.; cons. aussi M. Reimmd. Fragments sur l'Inde, ^/tp/., pag. xl^^ passim , et Relation tles voyages faits au onzième siècle par les Arabes et les Persans, etc., 1845, t. 11, p. 16, 3;, etc.

(2) Chasles, Aperçu historique^ etc., p. 414-467, 607, 557 et suiv. — Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. IX, p. 45o, séance du 7 octobre 1839; Histoire de l'arithmétique, Explication des traités de l'Abacus, et particulièrement du traité de Gerbcrt, p. 3 et suiv. On n'est pas d'accord sur l'ctymologie du mot algorisme. M. Quatremère [Journal des Savants, janvier 1848, p. 44) voit dans ce mot, avec Adelung, le terme grec apiOfxoç , précédé de l'article arabe; pour M. Reinaud, Jlgoiismus vient d'Al-Kharismi, le Kharismien.

(3) Voy. ci- dessus, pag. 444 «'t suiv.

(l'Alexandrie les connaissaient , ils n'avaient pas jugé à propos de leur donner place dans la science. Quant aux Indiens, la question n était plus la même; on pouvait dire que, dès les temps les plus reculés, ils avaient eu un zodiaque lunaire partagé en 27 ou 28 nakschatras^ et dès lors rien ne s'opposait à ce qu'ils l'eussent communiqué, les premiers, aux autres peuples de l'Asie. L'astronomie indienne conservait par là un caractère d'originalité qu'on n'avait pas encore songé à lui dénier. Mais aujourd'hui ce dernier fleuron lui est disputé ; et ce qu'il y a de plus singulier, c'est qu'on voudrait transporter à la Chine l'honneur d'une priorité revendiquée tant de fois par les indianistes. Voyons donc sur quelles bases s'appuie cette prétention.

Si Ton s'en réfère à de récents articles publiés dans le Journal des Savants (i), les anciens astronomes du Céleste empire avaient adopté une division du ciel en 28 parties , sans l'appliquer toutefois d'une manière spéciale aux mouvements de la lune; ils auraient employé astronomique-

(i) Journal (les Savants, iSSget 18/40; le sixième et dernier article est intitulé : Sur les nakschalras des Hindous et les mansions lunaires des Arabes, cahier de mai 1840, p. a 64-

( kV' ) ment cette division pour rapporter, à 28 étoiles exactement définies, les passages méridiens du soleil et des planètes, ainsi que les équinoxes el les solstices; et l'analogie du nombre 28 avec la durée d'une révolution lunaire, aurait seule donné aux Hindous et aux Arabes l'idée d'un rapprochement qui devait se traduire en inan- Mons distinctes.

Ainsi 1^ M. Ideler, et avec lui les savants qui ont soutenu le même avis, se sont trompés, en admettant l'existence à la Chine d'un zodiaque de 28 parties, rcglé sur le cours périodique de la furie; les Chinois se servaient de 28 étoiles clairement déterminées, pour trouver, par la mesure du temps, les intervalles équatoriaux compris entre les cercles de déclinaison des différents astres, et la lune est totalement étrangère à cet ordre de spéculations astronomiques; 2" quant aux nakschalrus des Hindous, ils ont un caractère purement astrologique, et il serait tout à fait inutile d'y chercher une intention scientifique.

On lit, en effet, dans un des articles précités(i): « L'Inde antique n'est étudiée que depuis peu u d'années; à peine a-t-on pénétré dans les livres « sanscrits ; on n'a point de corps d'histoire éta-

[i) Journal des Savants, i84«>, p. '^66.

« bli, de clironologic datée. Les anciennes insti- « tutions sont couvertes d'un voile qu'on n'a pas « encore soulevé; ie trésor séculaire de science « qu'on y supposait accumulé n'a pas été ou- « vert, et, pour l'astronomie du moins, sa ri- « chesse et son antiquité sont devenues fort sus- « pectes. On n'oserait donc, sans une extrême « défiance, essayer de découvrir quelque coin d'un c( passé encore si obscur. » Puis la question des mansions lunaires est traitée avec un soin tout particulier; les écrits des savants anglais qui l'ont effleurée sont passés en revue , et de cet examen il semble résulter qu'on ne saurait placer dans l'Inde l'origine des 28 divisions stellaires.

Voici en quels termes ces conclusions sont présentées (i) :

i^ Les Hindous ont donné le nom de nakschu' ira (étoile) à des groupes ou divisions stellaires, distribués suivant un certain ordre sur le contour du ciel; dans chacun de ces groupes, une étoile, appelée /o^rt^rt/Y^ ou simplement jo^^rt, est considérée comme le chef du groupe ^ et ces étoiles déterminatrices du nakschatra sont définies par un système de longitudes et de latitudes apparentes, qui repose sur un procédé d'observation fort obscur.

(i) Journal des Savants, 1840, p. 267, 270, 2':6, cf passim.

( klk

2" Le système des Hindous se présente, nonseulement sans date, mais sans aucune indication d'usage ni de relation avec les observations réelles dans les ouvrages originaux où il est rapporté.

3° Le choix de coordonnées célestes , par lequel il est défini, ne se prête à aucune application astronomique, et même y répugne, en dé' guisant et dénaturant ses relations avec Téquateur.

4° Le livre ou il est supposé décrit originalement, et que l'on donne comme révélé, porte des indices astronomiques qui appartiennent au sixième siècle de notre ère.

5° S'il y a identité entre quelques-unes des déterminatrices des nakschalras et des divisions stellaires de la Chine, on doit admettre que le système de ces ^28 constellations, né chez les Chinois, a été importé, à une époque incertaine, chez les Hindous, qui, en le transformant, ne l'ont plus employé que pour des usages astrologiques, auxquels il leur sert encore aujourd'hui.

Ces premiers termes du problème une fois établis, il était clair que les Arabes, intervenant dans le débat plusieurs siècles après les Chinois et les Hindous, devaient èlre réduits au rôle d'emprunteurs: quelques biographes affirmaient

(|na la (in du liuitiènio siècle de notre eie, un savant uidien avait communiqué au klialif'e Abou-Giafar-al-Manzor une partie des connaissances astronomiques de son pays (i); il fallait donc placer à cette époque l'introduction des rnansions lunaires chez les Arabes, et l'on ne craignit pas d'affirmer que jusque-là l'idée même de ces mansions ne leur était jamais venue à l'esprit (2). Il est vrai que, sur certains points, les astronomes de Bagdad s'écartaient des déterminatrices du zodiaque lunaire indien , et qu'il était assez difficile de rendre compte d'une copie si peu fidèle; mais la réponse ne devait passe faire attendre; les différences signalées démontraient que les 28 mansions lunaires des Arabes étaient un système mixte, qu'ils avaient tiré en partie des Hindous et en partie des Chinois, en l'accommodant à leurs thèmes astrologiques (3).

Cette théorie, ainsi formulée, nous paraît soulever des objections sans réplique; et nous allons les exposer. Pour éclairer la discussion , et bien préciser les faits, nous avons tracé le tableau des constellations arabes, hindoues et chinoises, avec

(1) Voy. notre lutrod. aux Tables astiouomiques d'Oloui^- Bcg, 1839, pag. '35.

(2) Jonninl (les Savants, 1840, p. 266

(3) J(l., p. 277 et 278,

les longitudes des étoiles prises dans les catalogues d'Oloug-Heg et de Flamsteed (i); il sulfira de jeter les yeux sur ce tableau pour comprendre sans peine nos explications.

Des C/iinois. — Tous les peuples anciens ont assurément porté leurs regards vers le ciel, et il n'existe aucun motif de faire d'exception pour les habitants de l'Asie orientale; ils ont dû remarquer de bonne heure certains groupes d'étoiles, et leur donner des dénominations spéciales. Quel était le nombre de ces constellations, c'est ce que l'histoire ne nous apprend pas. De Guignes a publié, en 1782, le PlanispJière céleste des Chinois^ avec le catalogue de toutes les comètes observées à la Chine depuis l'an 6i3 av. J. C. (2); mais, dans ce planisphère, on trouve à chaque pas la trace de travaux modernes; on sait d'ailleurs que les Chinois transportaient dans le ciel le gouvernement tout entier de leur pays, l'empereur, son héritier présomptif, ses femmes, ses enfants, les grands dignitaires de l'empire, etc. ;

(1) Voy. à la lin du volume les tableaux A, B, C, D.

(2) Ouviajje préseulé à l'Académie des sciences, et inséré dans le tome X des Mémoires des savants étrangers.

( -'477 ) qu'ils identifiaient avec certaines étoiles les royaumes, les provinces, les villes, etc. (i), et qu'en même temps ils étaient persuadés que les actiotis bonnes ou mauvaises des princes modifiaient les mouvements célestes (2) : cette idée seule devait enrayer pour jamais leur astronomie.

Toutefois, on suppose généralement qu'ils avaient adopté un zodiaque de vingt-huit parties, réglé sur le cours périodique de la lune; et cette opinion, reproduite par M. Ideler (3), semble, au premier abord , fort naturelle ; mais quand on considère le choix des vingt-huit astérismes et leur distribution sur le planisphère chinois , les intervalles qui les séparent présentent de si grandes inégalités, qu'il est impossible, a moins d'admettre quelque cause ineonmie d'erreur, d'y voir aucun rapport intentionnel avec les mouvements de notre satellite.

Ces divergences s'expliquent, comme on l'a vu, par une théorie qui tranche dans le vif toutes les difficultés; les vingt-huit astérismes des Chinois

(i) Qfdi\.^A ^ Uisloire de t astronomie chinoise (t. XXVI des Lettres édifiantes]^ pag. 86, 167, 188, 197, etc.

(2) Souciet , Observations mathématiques , astronomie qiiesy etc., t. II, pag. 32.

(3) Ideler, Uehcr die Zeitrerhnung dcr Chincsen , pag. 99 et sniv.

(47» ) deviennent des divisions arbitraires qui se rattachent à d'anciennes observations présumées de solstices et d'équinoxcs (i).

Mais autant la raison est disposée à comprendre remploi de vingt-sept ou de vingt-huit constellations, dès qu'il s'agit de la révolution périodique de la lune, qui fait le tour du ciel en vingtsept jours et demi environ ; autant elle répugne à reconnaître, dans ce nombre vin^t-liuit, des alignements d'étoiles distribuées arbitrairement sur la voûte céleste. Si les Chinois n'ont jamais eu de zodiaque lunaire, le choix de vingt-huit astérismes ainsi répartis ne peut être justifié (et nous le démontrerons) par des motifs plausibles.

D'un autre côté, on calcule l'étendue équatoriale de chaque division en prenant la distance des étoiles déterminatrices entre elles, de p Capricorne, par exemple, à e Verseau; de yi Pléiades à £ Taureau, etc. ; de telle sorte que la circonférence entière se trouverait partagée en vingt-huit constellations; mais il n'en est rien. Les étoiles f/t'/i^v ininalrices font partie de groupes entièrement distincts, et souvent fort éloignés les uns des autres. Il y a dans tel astérisme jusqu'à seize étoiles,

(i) Journal des Snrnnfs, i8/|0, p. 2^0 et suiv.

i 479 ) dans t(4 autre ilix, dans tel autre (juatrc, etc. l.e tableau B montre que les vingt-huit constellations, dans leurs extrêmes limites, ne contiennent sur la surface du ciel que 170^42 selon Técliptique, et 178^32 selon Téquateur. Par conséquent, le calcul du nombre de degrés qui se trouvent eiitre les étoiles déterminatrices n'a plus aucune valeur scientifique; et c'est ici qu'on peut reconnaître combien les questions qui touchent à l'histoire, prises uniquement du point de vue mathématique, nous entraînent quelquefois loin du but que nous poursuivons. Parce que l'équinoxe vernal tombait au temps d'Yao, c'est-à-dire l'an 2357 av. J. C, au milieu des Pléiades, on commence par reconstruire le ciel pour cette époque, au moyen de globes célestes à pôles mobiles; et comme ces globes ne représentent pas le déplacement qu'éprouve le plan de l'écliptique en vertu des perturbations planétaires, on invoque les formules les plus précises de h Mécanique céleste pour fixer les positions exactes des vingt-huit déterminatrices des divisions stellaires des Chinois, à cette époque si ancienne; puis l'on conclut de ce travail l'existence présumée de quatre constellations (i) sur vingt-huit,

(1) r) Pléiades = Mao, a Hydre =z Sing, tt Scorpion rr J ang, (5 Verseau = Hiu. [Journal des Savants, 18^0, p. 23/j.)

il y a près de cinq mille ans. On saute ensuàe de 2357 à 1 1 1 1 ; et, après avoir refait de semblables calculs, on obtient quatre nouvelles constellations : a de la Mouche (Oey) pour Téquinoxe vernal, ^ Hydre (Lieou) pour le solstice d'été, a Balance (Ti) pour l'équinoxe d'automne, e Verseau (Nu) pour le solstice d'hiver (1). On ne complète les vingt-huit astérismes qu'en se rapprochant encore d'un millier d'années de l'ère chrétienne ; et encore faut-il regarder comme authentiques des textes d'une origine aussi suspecte, assurément, que les traités d'astronomie indienne, si sévèrement jugés : le dictionnaire Eulja , entre autres, et le recueil des rites des Tcheou, où Gaubil n'a pas vu qu'il était fait mention ^officiers chargés spécialement d observer les vingt-huit constellations dont, il est vrai, on ne donne pas les noms.

Tout le monde avouera que cette manière de procéder de par les formules de la Mécanique céleste nous ramène précisément à l'explication du Zodiaque de Denderah, au moyen de globes à pôles mobiles et du calcul des probabilités. Sous ce grand déploiement scientifique on aperçoit de bien

(i) Journal des Savants, 1840, pag. 1/17, 233, etc. (2) Ibid.y p. 3i, i'|3, etc.; Soiiciet , Obs., tom. III, p. 3o, 33, etc.

( 48i ) truellps méprises; car, dans les questions d'ar- <liéoIogie, il faut tenir compte do l'élément iiistorique, qui n'a pas certainement moins d'éloquence que les chiffres alignés en colonnes serrées.

Il est certain qu'en remontant le cours des âges, on trouve le lieu de l'équinoxe vernal soit dans les Pléiades, soit dans le Taureau zodiacal; mais, avant de rechercher si les symboles de l'antiquité représentent le Taureau équinoxial et le Lion solslicial, ne vaudrait-il pas mieux se demander si le Lion et le Taureau existaient alors dans l'ordre des signes, et dans les zodiaques figurés des peuples dont on étudie l'histoire (t).

En examinant les tables des vingt-huit constellations, que Gaubil nous a transmises, on voit qu'elles se rapportent aux années io3, 724, io63, 1280, 1 683 et 1700 de l'ère chrétienne (2); il parle aussi d'observations faites jso us Vou-li,vers 1 38 avant J. G. (3); mais, jusque-là, l'existence d'un nombre déterminé de divisions stellaires ne repose que sur des hypothèses ; et ces premières tables peuvent avoir été dressées après coup.

Il est vrai que nous nous montrons bien plus

(1) M. Letronne, /oc. cit.

(2) Souciet, Ohserv.^ tom. II, p. 178; t. III, p. 63, 79, 81, 106-108.

(3) Id., t. III, p. 82 et lo/',.

( /«8-. ) soucieux (le la gloire scientifique du Céleste empire, que les Chinois eux-mêmes. Ceux-ci reconnaissent qu'à l'époque où l'école d'Alexandrie jetait tant d'éclat, au temps d'Hipparque même, il n'y avait en Chine ni astronomes habiles, ni livres d'astronomie, ni méthodes connues (i). — Lorsque rempereurTsin-Chi-Hoangordofmaitl'incendiedes livres (2), (vers 246 avant J. C), les traités d'astrologie étaient épargnés; et cependant on imagine que la trace des vingt-huit constellations a pu disparaître et se perdre entièrement. — Sous la dynastie des Han , qui règne encore aux premiers siècles de notre ère, il ne reste que des traditions confuses, dont on ne peut tirer parti (3). — Mais on reçoit la lumière du dehors; les étrangers viennent constamment commercer avec la Chine; des familles juives , en grand nombre, s'établissent dans le Honan; la célèbre ambassade de Marc-Aurèle a lieu en 164, et alors l'astronomie de Ptolémée est en vogue dans tout l'Orient (4). On voit apparaître successivement, chez les Chinois, le cycle de dix-neuf ans, dont l'origine leur

(1) Souciel, Observ.y X.\\\, loc. laud. id.

(2) Id., II, p. 1.

(3) /rf.,p. 3.

(4) Id., p. 119, et M. Letionne, Journal des savants, 1840, p. 309 et 3io.

( 483 ) est inconnue; rennéaclécaétéride de Mëton(ij, la période de Calippe (2), la niétliode des Chaldéens pour déterminer l'anomalie de la lune, rapportée par Géminus(3); les signes du zodiaque grec (4), la précession des équinoxes (5) , une observation plus exacte des solstices (6), etc.

Ce qui est digne d'attention, c'est le soin avec lequel les lettrés cherchent à s'approprier ces connaissances nouvelles et à en déguiser l'emprunt, en les identifiant, par toutes sortes de systèmes, avec les monuments qu'ils supposent rester de leurs anciens princes, ou avec les nombres mystiques de Confucius (7); joignez à cela les extravagances de l'astrologie judiciaire (8), portées aux dernières limites de l'absurde, et vous aurez un tableau exact de l'histoire de l'astronomie chinoise pendant les premiers siècles de l'ère chrétienne.

(i) Souciet, Observ., t. II, p. 11.

(2) Id., p. 21.

(3) V. mon Mémoire sur les instruments astronomiques des JrabeSf p. 11.

(4) V. M. Letronne , Journal des savants , 1840 , loc. laud.

(5) Souciet, Ohs., t. II, pag. 23 et suiv.

(6) Id.y t. II, p. 45 et suiv.

(7) if/., t. II, p. i3, et t. III, p. 4, 5 et suiv. — Voy. aussi les Dissertations insérées par de Guignes dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, tom. XLVI, p. 534-579 et 399-411.

(8) Souciet, I. II, p. 3 1.

Nous devons dire seulement que si les écrits des Grecs exercèrent une influence salutaire sur le développement intellectuel des peuples de l'Asie orientale, rien n'indique du moins que les admirables découvertes mathématiques de l'École d'Alexandrie aient été immédiatement appréciées à leur juste valeur; car c'est par les Arabes, disciples et continuateurs de cette École, que les Chinois connurent la trigonométrie sphéri(iue{\)'^e\. il faut se transporter au treizième siècle de notre ère pour les trouver en possession des éléments de la vraie science. Tandis que Houlagou-Rhan élevait, par les conseils de Nassir- Eddin, l'observatoire de Méragah, son frère Kublaï introduisait dans le Céleste empire, qu'il venait de conquérir, les traités des savants de Bagdad, et Co-Chéou-King composait avec Djemal-Eddin(i28o) une astronomie que Gaubil luimême juge ce quil y a de mieux dans tout ce qu ont fait les Chinois (2).

Il faut avouer, cependant, que cette astronomie offrait encore aux lettres de bien grandes difficultés, puisque parfois ils se contentent de transcrire les mots arabes (3), sans paraître en com-

(1) Souciet, Obs.y t. II, p. 114.

[1) Ici., t. I, p. 102, cl t. II, p. 129.

{V Ll., t. H, p i:?o.

prcmlir la signiiicalion : un inslninient chinois est appelé tchouatou ha-la-ki^ lisez : dzatoul-ludki ; ^4.W' vJL^Ii revêtu de r anneau; un autre : ou /uen /ou eul la pouting, lisez : launi ou leilah hiouaktin^ -^^^ àL^)j ^^ , pour un temps de jour et de nuit^ etc. — On peut suivre, au milieu (lu récit de Gaubil, ces inarques évidentes d'emprunts mal déguisés; et l'on conçoit combien, au milieu d'un tel chaos, nos missionnaires ont eu de peine à jeter quelque lumière sur cet amas confus de documents souvent inconciliables. Nous nous réservons d'examiner, dans un chapitre à part, ce que l'on doit penser de l'ancienne astronomie des Chinois, de ce peuple qui, ayant entre les mains la méthode d'observation dont nous faisons nous-mêmes usage aujourd'hui (i), est resté trois mille ans dans une ignorance complète de la précession des équinoxes et de tant d'autres phénomènes. Nous ne chercherons pas non plus à expliquer comment des Mahométans ont pu venir à la Chine en 599 (2), avant même qu'ils aient eu leur prophète , et par quels efforts incroyables les Chinois ont rattaché à d'anciennes traditions très-contestables les connais-

(1) Journal des savants^ 1840, p. 27.

(2) Soucicl, t. II, p. 1H2.

( 486 ) sances nouvelles qui leur ont été apportées de l'Occident à diverses époques (i). Nous renfermant dans la question spéciale qui nous occupe, nous nous bornerons à faire remarquer qu'il est fort extraordinaire de voir les astronomes chinois du treizième siècle expliquer et s'approprier les Tables arabes, sans même se préoccuper des différences que les étoiles déterminalrices des mansions lunaires, adoptées en Occident, présentent avec leurs vingt-huit constellations; ces vingt-huit constellations sont observées, sous le règne de Kublaï-Khan, par Co-Chéou-King, disciple des Arabes, selon Ycquateur, selon le zodiaque {i), comme onze cents ans auparavant, et l'on admet encore, dans la table dressée à cet effet, 5' d'étendue pour l'une, 33° 3o' pour l'autre; i" 20' pour celle-ci, 18** 76 pour celle-là (3) : et cependant, afin qu'il reste établi que ce sont bien des mansions lunaires et non des divisions arbitraires, on les appelle chc , terme qui signifie à la fois maison,, mouvement diurne de la lune, le lieu delà constellation où la lune se trouve tous les jours (4),

(i) 8ou(iet, t. II, pag. 91; et Mémoires de rAcadémie des inscriptions, t. XLVI, p. 562 et suiv.; t. XLV, p. 2ii-238, et t. XLVII, p. 352-360.

(2) Souciet, t. III, p. 106.

(3) Id. p. 81, 107, et comparez avec le tableau B.

(4) Souciet, t. III, p. 80.

( 487 ) et J7>//, mot qui veut dire auberge pour la /tui/(i). Or, nous arrivons naturellement à cette conclusion : (le deux choses Tune, ou les vingt-huit aslérismes chinois sont véritablement /esvingt-/iuil (lorniciles de la lune, et les astronomes du Céleste empire ont fait une fausse application des idées et des traditions qui leur venaient soit de leurs ancêtres , soit des étrangers ; ou , comme on l'a prétendu, ce sont vingt-huit divisions stellaires tout à fait indépendantes du cours de la lune; et les Chinois du moyen âge auraient fait preuve d'une ignorance inimaginable, en les identifiant avec les mansions des Arabes, sans tenir aucun compte des différences, et sans s'inquiéter des impossibilités que présentait un tel raccordement. D'ailleurs, pour quel motif, nous pouvons le répéter, aurait-on adopté le nombre vingt-huit, qui ne se rapporte à aucune des périodes en usage à la Chine depuis un temps immémorial, ni aux cycles de 60, de 72, ni à ceux de 10, de 12, etc.; ni à la division de l'année en i[\ isieki? et comment expliquer, d'une manière satisfaisante, nonseulement le choix de certains astérismes qui se confondent l'un dans l'autre, mais encore celui de plusieurs étoiles déterminatrices, dont l'emploi ne saurait se justifier même par ce sys-

(1) 1(1, Eul clic-pa sicou (.:// iï/c/?rtz//o«).

{ 48« ) terne lïfihi^nc/NrNfs , renouvelé de Monlucla , mais en contradiction évidente avec les iails el les monuments?

Considérons maintenant ce que l'on peut déduire de Texamen des manuscrits et des documents qui nous sont parvenus sur les mansions des Hindous et des Arabes.

Des Hindous. On a , ainsi qu'on l'a vu plus haut, traité les mansions lunaires des Hindous avec fort peu d'égards; appliquées à des thèmes astrologiques depuis le cinquième ou le sixième siècle de notre ère, elles n'auraient jamais été Tobjet d'observations régulières, et n'offriraient aucun des caractères qui dénotent la vraie science; elles ne seraient autre chose que les vingt-huit divisions chinoises, empruntées on ne sait quand ni par qui, mais à coup sûr dénaturées (i).

Nous ne pouvons accepter de telles conclusions : d'abord la question d'antiquité est loin il'étre résolue. Si le Sourja Siddhanta, où les mansions lunaires sont énumérées, n'est pas antérieur au sixième siècle de l'ère chrétienne, il n'en est pas moins certain qu'on trouve aussi l'indication de

(i] Journal des savants ^ \. c, j). 276.

( 489 ) ces nuuisions clans un hymne des Védas, conservé par Colebrooke, et dans les lois de Manou (i). Si les leçons sont authentiques, l'Inde, sous ce rapport, n'a rien à envier à la Chine; les i^ filles de Daksa , mariées à Soma, le roi Lunus des anciens, vont de pair avec les officiers chargés sous Tchéou-Rong, i loo ans av. J. C, d'une manière toute spéciale, d'observer les 28 constellations. Mais ce qu'il faut remarquer dans ces traditions, complètement isolées au milieu des annales confuses de plus de vingt siècles, c'est la différence des nombres adoptés par les deux peuples rivaux; il n'est pas facile de démontrer que les 27 naksc'Art//'rtJ" des Hindous sont descendus en droite ligne des 28 divisions chinoises, et, indépendamment de cette première divergence, de justifier l'emploi de nouvelles étoiles déterminatrices qui s'écartent, jusqu'à 17 degrés et même plus, des coordonnées célestes admises par les astronomes de la Chine, ainsi qu'on peut s'en convaincre en parcourant le tableau A , notamment pour les astérismes 22, 25, etc. (2).

Si, d'un autre côté, les Hindous s'étaient em-

(i) Âsiat. rcs.y t. VIII, pag. 470 et suiv. — Manou, l. IX, 129, et 1. XII , 48. — Voy. aussi Bohien , Dus altc Indien, I,

(2) Yoy. à la fin du volume les tableaux A, B et C.

parés des 9.8 divisions chinoises, en les rattachant au cours de la lune, n'auraient-ils pas régularisé tout d'abord les distances respectives de leurs j'Ogn, au lieu de laisser subsister ces intervalles si divers, si considérables, que les identifications de Colebrooke nous révèlent (i)? Auraient-ils d'ailleurs borné leurs emprunts à ce seul point de Vastrotiomir cJiinoise, et attendu au onzième siècle de rère chrétienne pour faire usage du cjcle sexas^ésimal{pL) ?

Notre avis ne peut être un instant douteux; nous voyons les Hindous dans une voie logique, naturelle , distribuant leur zodiaque lunaire en ■27 et plus tard en 28 nakschalras ^ sans songer à des systèmes imaginaires que Tesprit le plus délié ne saurait rendre possibles, ni même acceptables; et nous ne croyons pas qu'on puisse les regariler, du moins en ce qui louche l'objet de cette discussion, comme tributaires du Céleste empire.

Sans contredit, s'il est un peuple dont les Hindous soient les disciples en lait de découvertes scientifiques, ce sont les Grecs; ils ont reçu iX^wy. le zodiaque solaire (3), l'astrologie, les

(1) Asiat. Research., l. laiul.

{2) M. Rciiiaud, Fragments sur l'Inde, p. i^o. (3) M. LeU'onuc, loc. laucl., et Journal des savant:^ , «840, ji. 309 et 3 10.

labiés de Ptolémée; et la véritable question à résoudre serait de savoir si , avant que les écoles d'Athènes et d'Alexandrie eussent commencé la série de leurs immortels travaux, ils n'auraient pas eu communication des connaissances astronomiques, non pas des anciens Chinois dont nous suspectons fort la prétendue science, mais des Égyptiens et des Chaldéens?

Cette question touche de très près aux mandions lunaires , et mérite d'être examinée.

L'idée d'un peuple primitif qui aurait abordé les spéculations les plus profondes ouvertes à l'intelligence humaine, et qui aurait tout appris aux races futures, excepté son nom , n'a pas seulement captivé Tardente imagination de Bailly ; elle a charmé de tout temps et charme encore aujourd'hui les rêveries solitaires des savants, avec cette différence pourtant, qu'elle revêt par intervalle une forme palpable. Les Egyptiens, les Hindous, les Chaldéens et les Chinois ont tour à tour occupé la scène, et bien des fois on s'est cru au moment de découvrir le dernier mot d'une aussi curieuse énigme (i); la Chaldée reparaît à présent sur l'horizon, et l'on pense encore qu'elle

(i) y. dans le t. II des Recherches asiatiques (UkXilncùon de Labaume), le Mémoire de W. Jones sur le zodiaque lunaire, et les idées qui s'y trouvent exposées.

( 49^ ) pourrait bien être celle terre promise qu'à noire J sens, on n'atteindra jamais. '

Nous avons déjà rappelé à l'attention des érudils les débris de la science chaldéenne qui nous ont été transmis par les Grecs eux-mêmes : Thémisphère creux de Bérose , les observations que Ptolémée a citées dans son Almageste, et celles dont parle Simplicius ; la division du zodiaque au moyen de clepsydres, conservée par Sextus Empiricus ; la méthode employée, suivant Geminus , pour distribuer les inégalités des planètes, et appliquée au mouvement de la lune; méthode qui se retrouve dans quelques-unes des tables chinoises ( i ).

Voici sur quels documents nouveaux on s'appuie pour relever les Chaldéens du discrédit où ils sont tombés.

Il est question, dans un biographe arabe, Al- Zouzéni (2), de tables astronomiques appelées Sind'Hind , communiquées par un Indien, vers la lin du huitième siècle de notre ère, au premier khalife de Bagdad , Abou-Giafar-Almanzor. Ces tables auraient servi de guide, jusqu'au règne d'Almamoun, pour l'observation des mouvements célestes. Nous avons rapporté et discuté à plusieurs

(i) V. noire Mcmoirc sur les inslrumcnts astrunomùfucs des Grecs et des Arabes y cité plus haut, pag. 1 1. (2) V. ci-tlcssus, pag. 43o.

( 49^ ) reprises (i) les passages d'Al-Zouzéni qui se trouvent réunis dans le grand ouvrage de Casiri (2), et nous avons montré que les astronomes arabes, une fois en possession de l'Almageste de Ptolémée et des manuscrits grecs , paraissaient avoir tout à fait négligé XeSind-Hindel ses tables, les rejetant, en quelque sorte, hors du domaine de la science (3); et nous exprimions en même temps le regret que cette espèce iVEpitome de l'astronomie indienne ne nous fût pas parvenu. Il existait toutefois une traduction latine, faite au douzième siècle par Adelard deBath, d'un traité de Mohammed-Ben- Musa-Âl-Rhowarezmi , qui s'était assurément inspiré du Sind-Hind ; on y remarque plusieurs indications intéressantes pour l'histoire des sciences, indépendamment d'une table de sinus qui prouve, conformément à l'opinion que nous avions émise (4), qu'Albatégni pouvait bien n'en être pas l'inventeur; on y donne une mesure de la terre par les Chaldéens , exprimée en pas de chameau; et, de plus, il serait permis d'inférer, d'un autre passage, qu'ils avaient eu des Tables astrono-

(i) Prolégomènes êiOloug-Beg^ passim. — Voy. aussi noire Introduction aux Tables du même auteur, 1889, P^&- ^^ ^* suiv., et plus haut, })ag. i33 et l\[\0.

(2) Casiri, Biblioth. Hisp. Arah, Escurialy t. 1^^, passim,

(3) V. plus haut, p. 439 et A/»o.

(/i) /r/.,p. i3/, et i35.

miques (i). Si Ton joint à ces faits curieux la ilétormination do l'année sidérale de 365 j. 6 li. 1 1 m. qu'Alhatégni attribue aux anciens Égyptiens et Babyloniens, ne sera-t-on pas conduit à conclure que les Chaldéens ont été les maîtres des Grecs et surtout des Indiens, qui devaient plus tard communiquer aux Arabes ces connaissances d'un autre âge (a)?

Il y a d'abord , ce nous semble , une observation générale qui domine toute la question. Les arguments tirés du livre deMohammed-Ben-Musa- Al-Rhowarezmi reposent sur des écrits d'une date bien récente, si l'on embrasse d'un seul couj) d'œil les annales de l'antiquité.

Lorsque les Arabes du huitième ou du neuvième siècle de notre ère citent les Chaldéens, de quels Chaldéens entendent-ils parler? Ce nom, rayé depuis tant de siècles du monde oriental, ne s'applique-t-il pas uniquement à ces astrologues, à ces apoLclesmastiques (3) dont les systèmes divers amusaient la crédulité publique :

Ut Babylonica Chaldaeain doctrina refutans Astrologornm artcm contra convincere tendit.

(i) M. Chasles, Rech. sur l'astr. indienne , Coijiptes rendus de l'Acad. des sciences, a nov. 1846. V. M. Ideler, Uber der Ursprung des Thierkreises, p. 14.

(2) M. Chasles, loc. laud.

(3) Voy. M. Letronne, f//< Calendrier égyptien.

11 est certain que les Arabes font intervenir les Clialdéens dans leurs traités, ce qui peut donner à penser qu'ils les ont trouvés nommés cà et là par les Grecs ou par les Indiens, qu'ils copiaient. Pour les Grecs , rien de plus naturel ; c'est d'eux que nous tenons tout ce que nous avons appris des Chaldéens; jamais ils n'ont dissimulé les emprunts qu'ils ont pu leur faire , et l'importance de ces emprunts est assez contestable (i). S'il s'agit des Indiens, c'est autre chose; il serait extraordinaire qu'eu transmettant aux Arabes du moyen âge leurs connaissances astronomiques , ils eussent avoué les tenir des Chaldéens; ce fait seul bouleverserait les jugements de nos indianistes modernes , et démentirait les témoignages avérés de l'histoire.

Mais ce n'est pas tout : en supposant que les tables indiennes diffèrent de X Almageste tant pour la forme que pour la nomenclature technique, les éléments numériques et les méthodes , on admet nécessairement une science parallèle à la science grecque, qui se serait conservée presque intacte jusqu'au huitième siècle de notre ère : que cette science soit d'origine indienne

(i) Yoy. \e grand Mémoire de Thomas Stanley sur T histoire de la philosophie orientale.

OU chaldéenne, là n'est pas le nœud de la difficulté; nous demanderons seulement s'il est possible que les Grecs conquérants de la plus grande partie de l'Asie n'aient pas, à partir du règne d'Alexandre, recueilli ces monuments d'une intelligence beaucoup plus avancée que la leur? Le génie d'Aristote n'aurait-il pas soulevé le voile qui les dérobait encore à tous les yeux ?

Si l'astronomie proprement dite avait pris naissance en Cihaldée, les Séleucides étaient dans une situation admirable pour en réunir tous les éléments ; rivaux de gloire des Ptolémées, ils auraient enlevé à l'école d'Alexandrie l'honneur de ses plus brillantes découvertes : si l'Inde, au contraire, avait été le berceau des sciences mathématiques, aurait-elle attendu jusqu'au huitième siècle de notre ère pour laisser percer les premiers rayons de cette vive lumière? Alexandre et les gymnosophistes , les Séleucides et Sandrocottus, n'auraient-ils pas échangé les idées de l'Orient et de l'Occident? et lorsque les relations des Grecs et des Hindous furent devenues plus fréquentes, lorsque le zodiaque solaire pénétra dans l'Asie centrale avec l'astrologie , lorsque les apôtres de l'Évangile parcoururent ces contrées lointaines, imprimant partout des traces fécondes de leur

( 497 ) passage (i), la science orientale qui devait se révéler plus tard aux Arabes , serait-elle restée comme ensevelie, pendant des siècles, au fond de ces mystérieuses retraites?

De quelque côté qu'on porte ses regards, on n'aperçoit^ donc aucune lueur sensible; à coup sûr, les applaudissements de tout un peuple n'auraient pas accompagné Méton, simple copiste des Chaldéens ; et il serait aussi paradoxal de refuser à Calippe l'honneur d'avoir inventé la période qui porte son nom , que de nier l'originalité des travaux d'Euclide ou d'Archimède.

Ce qui donnera toujours aux Grecs une supériorité incontestable sur leurs devanciers ou leurs rivaux, c'est que nous possédons une grande partie des ouvrages qu'ils ont produits, que nous trouvons chez eux une succession non interrompue de mathématiciens illustres, véritables architectes de la science; et, dès l'instant que nous rencontrons dans l'Inde comme à la Chine des traces irrécusables de la propagation de leurs idées astronomiques, nous sommes disposés à croire qu'il faut retourner la question, et voir dans les manuscrits orientaux le développement de

(i) Voy. le grand ouvrage d'Assemani sur les pérégrinations des Nestoriens-

( 49» ■ Fœuvre des Ptolémées et les inspirations de l'école qu'ils ont fondée.

En admettant que les Chaldéens aient eu une astronomie, les Grecs l'ont assurément connue aussi bien que les Indiens; les fragments qui paraissent en avoir été conservés, ne la rehaussent pas beaucoup, il est vrai, dans l'opinion; mais, ainsi que nous l'avons fait remarquer (i), la méthode que Géminus leur attribuait vers 77 avant J. C, ingénieuse et commode, fondée sur une considération arithmétique très- délicate , n'exigeait point de coiHiaissances trigonométriques; elle suffisait aux besoins d'une astronomie naissante , et pouvait s'étendre à ceux d'une astronomie plus avancée. On ne doit point oublier que Géminus était postérieur à Métou de plus de trois cents ans, et les Chaldéens, dont il parle, pouvaient n'être que des astrologues d'un temps peu éloigné. Quoi qu'il en soit, cette méthode qu'on retrouve chez les Chinois, avec les périodes de Méton, de Calippe, etc., n'a-t-elle pas pénétré aussi aisément dans l'Inde; n'y est-elle point arrivée accompagnée de commentaires qui s'écartaient peut-être des procédés d'Hipparque et de PtoléméePEt ce que l'on prend dans le Sind-Hind pour des distinctions radicales,

(i) Voy. plus haut, pai;. 10 et 11.

{ 499 ) ne serait-ce pas une manière différente d'envisager les mêmes problèmes, dépendant uniquement de la nature de l'esprit humain et de la diversité des conceptions mathématiques ?

En effet, si nous restons dans le domaine des faits positifs, nous voyons un grand mouvement intellectuel se manifester dans l'Inde au cinquième et au sixième siècle de notre ère; — jusque-là des hypothèses plus ou moins plausibles, mais rien de certain. — Ce n'est qu'à partir de Vahara-Mihira , auteur du Pantcha-Siddhantika (vers 499 fie J. C.) (i), que commence une série de travaux dont les écrits des Grecs formaient évidemment la base. Des recherches récentes ne laissent subsister aucun doute à cet égard (2). Nous avions nous-mêmes été amenés plusieurs fois à exprimer des idées que ces recherches confirment, et nos inductions sont aujourd'hui appuyées de témoignages irrécusables. Les extraits d'Albirouni, qui ont été publiés en i845 (3), détruisent deux opinions également extrêmes: l'une, qui reporte dans la nuit des temps anciens l'origine des sciences de l'Inde; l'autre, soutenue par

(i) Voy. plus haut, p. 456 et suiv.; et M. Reinaud, Fragments sur l'Inde y p. 144.

(1) ld.,id, (3) Id„ id,

( 5oo ) A nqiietil-Du perron et Bentley, que les astronomes indiens onl tout emprunté des Arabes.

Il ne faudrait pas cependant conclure de la que les traites de l'école de Bagdad n'ont point eu cours dans l'Hindoslan; de même que le zodiaque grec et l'astrologie y avaient été portés au commencement de notre ère; de même qu'au cinquième et au sixième siècle, les savants d'Athènes et d'Alexandrie, les ^estoriens persécutés, s'étaient répandus avec leurs livres dans toutes les parties de l'Asie ; de même les Arabes, fondateurs d'un vaste empire, et, dès le neuvième siècle, devenus les plus ardents promoteurs des sciences exactes, devaient exercer sur l'Inde et sur les contrées plus éloignées une influence considérable. Albirouni nous apprend ( i ) que le roi Bhodjà-Deva régnait de son temps sur Dhar, c'est-à-dire vers io3ode J.C. Or, ce prince s'est rendu célèbre chez les Indiens « par son amour pour les mathéma- « tiques et par le grand nombre de savants et de « littérateurs qu'il attira à sa cour (2). » S'il fallait d'ailleurs une preuve péremptoire de l'introduction dans rinde des traités d'astronomie des Arabes, on la trouverait dans le dernier numéro du

(ï) M. Reinaud, ouv. cit., p. 108.

(il Id., ici.

( Soi ^1 journal clo la Société asiatique du Bengale( i i, ou on lit (^t'/f Jinr), pag. xxi, que le TasaÂa, traité d'astrologie compilé par Neelkantha^ célèbre pandit di s anciens temps, contient plusieurs mots arabes écrits en caractères sanscrits, comme mousnUah ^Lap ^ intilui LjlJI, ittisal JL^1 , mukbool J^J{>. , ij^hir nmkhool ^^Jj> ^, hadd j^^a., etc. C'est la contre-partie des prétendus instruments chinois dont nous avons déjà parlé (2\

Du reste, les Hindous, qui n'ont jamais eu, et peut-être à dessein, de chronologie, s'empressent eux-mêmes de reconnaître qu'ils ont échangé avec les autres nations les connaissances qu'ils possédaient respectivement; ils conviennent volontiers qu'ils doivent leur astronomie à vm peuple étranger. Une tradition rapporte, au dire du P. Pons, qu'un Grec qui voyagea autrefois dans l'Inde, où il apprit la science des brahmes, leur enseigna à son tour une méthode d'astronomie (3); ils sont d'ailleurs peu scrupuleux sur le chapitre des emprunts; le même missionnaire raconte que, de son temps, le rajah Rœsing fît traduire sous son nom les tables de Lahire, «ce qui, ajoute-t-il ,

(i) Journal of the Asiatic societr oj Bengal, n^ CL XX ,

(a) Voy. plus haut, pag, 484.

(3) Montucla, Histoire des Mathématiques, t. I, p. 433.

« fera peut-être un jour regarder ce prince comme a un grand astronome, et lui fera attribuer des « découvertes i\é\^ faites en Europe. »

On doit donc exclure avec soin , dans l'appréciation des monuments, tout esprit de système; ne pas moderniser ^ si je puis m'exprimer ainsi, les inventions d'une date incertaine, mais aussi ne point voir en toute chose un débris des notions acquises par les premiers pères du genre humain. Il faut que la discussion fasse justice des idées à priori, rétablisse le véritable caractère des témoignages historiques et remette chaque fait à sa place. Lorsque Albatégni attribue aux anciens Égyptiens et Babyloniens Tannée sidérale de 365 j- ^ et 7-^7 de jour, c'est-à-dire 365 j. 6 h. II m. environ, je me demande si cette assertion d'un auteur arabe du huitième siècle de notre ère ne résulte pas de quelque passage traduit des livres grecs. Il me semble impossible, en effet, que les Arabes aient pris cette détermination des Indiens, qui eux-mêmes en reporteraient l'honneur à d'anciens peuples avec lesquels ils ont eu des relations au moins problématiques; je reviens naturellement à considérer l'énoncé d'Albatégni comme étant de source grecque, et dès lors je me range à l'avis des savants qui reconnaissent dans l'année sidérale d'Albatégni l'année

i 5o3 ) tropiquo d'Hipparque et de Ptoléinée (365^ 5'' 55''), avec l'addition de i6' pour l'arc annuel admis par les astrologues d'après le fameux système de la In'pidation des fixes (i).

Lorsqu'il s'agit du cercle iiulien en usage chez les Arabes, et que je trouve cet instrument décrit cinq cents ans auparavant dans Proclus, la question de priorité est à mes ^eux résolue. — Si l'on parle des cliijfres indiens^ appelés par nous chiffres arabes ^ et de l'invention du système de numération décimale, qui, suivant les indianistes, ne remontent pas au delà des derniers temps de l'école d'Alexandrie , je crois, avec M. Chasles, qu'ils peuvent avoir pris naissance chez les Occidentaux.— Il en est de même de l'algèbre, perfectionnée par les x\rabes : si les méthodes indiennes diffèrent sur certains points de celles de Diophante, qui oserait affirmer que les mathématiciens grecs, catholiques ou nestoriens, qui auront transporté cette science dans l'Hindostan, n'avaient pas innové? L'ouvrage de Diophante ne nous est pas parvenu en entier; il a été l'objet de nombreux commentaires, rédigés par des auteurs dont les noms seuls sont connus; et chez les Indiens même, il a pu se produire quelques hommes d'un mérite

(i) M. Letronne, Mémoire sur le calendrier égyptien.

( 5o4 ) distingué, qui , pour la forme plutôt que pour le i fond, se seront écartés de leur modèle, sans qu'il soit nécessaire de faire sortir Talgèbre tout armée de la nuit des f'rdas. — Enfin , en voyant le système de la trépidation des fixes exposé par Théon et Proclus, je ne saurais accepter l'opinion des écrivains qui veulent à toute force le faire éclore dans l'Inde. •

Si , d'autre part, les antiques monuments de la philosophie hindoue révèlent la connaissance et l'emploi des mansions lunaires (i), pourquoi vouloir détruire un fait généralement reçu , par des hypothèses plus ou moins ingénieuses, basées sur une interprétation de textes apocryphes? Bien loin d'admettre que les Indiens ont emprunté aux Chinois leurs nakschatras j nous pencherions plutôt pour l'idée contraire; et s'il fallait absolument que l'un des deux peuples eût copié l'autre, nous soutiendrions plus volontiers que les mansions lunaires ont pénétré à la Chine avec le bouddhisme. Mais, encore une fois, là où les preuves manquent, où tout élément de certitude disparaît, ne prenons point de parti décisif; et lorsque nous lisons dans les écrits des astronomes chinois, que des bonzes indiens ont introduit dans le Céleste

^i) Voy. plus haut, |). 444-

( 5o5 ) empire les noms des douze si^nvs, et /jcaucou/j de choses curieuses, notamment sur les constellations etc. (i), soyons les premiers à reconnaître que ces phrases isolées auraient besoin de passer au creuset de la critique.

Ce qu'on ne peut mettre en doute, c'est que les Hindous avaient un zodiaque lunaire divisé en y'xwQ^i'Se^iîmkscJiatras (2).William Jones en a donné les noms et les figures dans les Recherches asiatiques (3). Colebrooke, surnommé à juste titre le Gaubil des indianistes (4), a traité le même sujet (5) et sur un très-grand nombre de points s'écarte des suppositions de son devancier. Le tableau C, où nous avons réuni les rectifications adoptées comme exactes par les astronomes , présente, indépendamment de l'indication des nak-

(i) Souciet, Obseru., t. II, p. 120 et suiv.

(2; Comment peut-on affirmer que les Indiens avaient eu primitivement vingt-huit nakschalras, et que ce nombre s'est trouvé réduit à vingt-sept à la fin du dixième siècle de notre ère? (Journal des savants ^ 1845 , p. 42 et suiv.) Les anciens textes et les explications si précises d'Albirouni , qu'on accuse de méprise lorsqu'il est sur le terrain de la vérité, montrent une fois de plus que l'esprit de système ne respecte, parfois, aucune des règles d'une discussion sérieuse.

(3) Asiatic researches (traduction de Labaume), tom. II, p. 332, et de Guignes, loc. laud.

(4) M. Letronne, De l'origine des zodiaques,

(5) Asiatic researches, t. IX.

schatras, la longitude et l'ascension droite des étoiles qui forment la limite de chaque constellation; et si Ton prend la peine de comparer ce travail avec le tableau B, on reconnaîtra que rien, sur la question d'origine, ne peut faire pencher la balance en faveur des Chinois. La Table indienne n'offre pas de ces écarts extraordinaires que nous avons montrés dans le tableau B, et qui ne peuvent s'expliquer que par des erreurs d'identification. D'un autre côté , les noms des vingthuit astérismes n'ont pas la moindre analogie; la constellation qui comprend les Pléiades s'appelle en Chine : Le soutien des choses cle la tuitare (Mao), et dans l'Inde, un rasoir (Crittica) ; une autre est représentée, ici par une voiture (Rohini) ou une roue (Aslecha); là, par un saule (Lieou) ou par un petit filet avec un long manche (Pi). Le nombre des étoiles varie dans certains groupes corres])ondants : tel en contient trois chez les Chinois (Goey) et cent chez les Indiens (Salabisha); tel autre, seize (Koey) et trente-deux (Revatij, etc. Ajoutons à cela que les Indiens n'ont pas seulement un nom pour les constellations , mais encore pour les Yogas ou étoiles déterminatrices (i), ce qu'on ne trouve point à la Chine.

(i) V. Labaume, trad. des Asiatic researches, ioc. laud. De

( 5o7 ) Il y a donc, coimiie on le voit, beaucoup do divergences à signaler et de petits problèmes à éclaircir avant d'arriver à une solution générale; nous y viendrons après avoir examiné le système des tnansiojis lunaires chez les Arabes.

Des Arabes, Jusqu'à présent, l'ouvrage d'Alfragan (Alfergani) a été pris pour point de départ de la discussion.

Alfragan florissait à Bagdad en 820, sous le règne d'Almamoun ; c'était un des auteurs de la Table vérifiée (i). Ses éléments d'astronomie contiennent les noms des vingt-huit mansions de la lune sans indication d'usage astronomique; mais on voit que ces mansions étaient déjà vulgairement connues. En les faisant intervenir dans la construction des thèmes de nativité (2), on semble les confondre avec les douze maisons célestes, qui

là peut-être l'idée des cinquante-quatre ou cinquante-six mansions lunaires dont parle Bonati [Liber astronomicus , 1491)' Comparez avec le passage d'Albirouni , Journal des savants , 1845, p. 45 et 46.

(i) V. nos Prolégomènes d'Oloug-Beg, p. 12, et notre In^ troduction au même ouvrage, p. 78.

(2) Journal des savants, 1840, pag. 277 et suiv.

se lient d'une manière beaucou[) j)lns intime à Tastrologie judiciaire. '

Les douze maisons célestes étaient pour les Arabes l'objet de calculs habituels; leur distribution régulière reposait sur six cercles principaux : le méridien et l'horizon, qui composaient les quatre angles, et les cercles de position au nombre de quatre, passant par les intersections de l'horizon et du méridien. L'horizon oriental déterminait le commencement de la première maison, qui s'appelait horoscopante , et l'horizon occidental celui de la septième; la dixième et la quatrième partaient du méridien supérieur et inférieur (planche VIII, fig. iSi). Ces quatre maisons recevaient en même temps le nom de pivots. On peut voir dans Albatégni et dans Oloug-Beg (i), les diverses

(i) Le chapitre d'Albatogni est analysé par Delanibre ^Histoire de l'astronomie au moyen dge ^ p. 45) , et l'on peut lire dans le même ouvrage (pag. 496) le passage de Magini sur les douze maisons célestes. Dclambre paraît confondre ailleurs les maisons et les mansions lunaires [Astronomie ancienne, t. I, p. 4, 7, etc.). Voici comment s'exprime Oloug- Beg (voy. le texte des Prolégomènes que nous avons publiés en 1847, p. f'W Oj )\ àjy^ ^Jl^y^ \y '•

On donne le nom de pivots à l'ascendant (première maison), à la dixième, et à leurs nadirs (qui sont la septième et la quatrième maison). Des huit autres maisons, quatre sont caduques Ja-s' — ^, relativement à l'ascendant, savoir, la deuxième , la douzième et leurs nadirs (la huitième et la sixième); les quatre autres sont les inspecteurs Jblj, savoir :

( 5o9 ) méthodes employées par les mathématiciens arabes pour la détermination des douze maisons.

la troisième et la onzième et leurs nadirs (la neuvième et la cin(|uième).

Après avoir délrrminé l'ascendant (première) dont le nadir est la septième, on prend l'arc qui répond au coascendant d(; l'ascendant dans la spiière droite (c'est-à-dire l'ascension droite de l'ascendant), compté du commencement du Capricorne, et l'on a la dixième, dont le natiir est la quatrième.

Parmi les méthodes que l'on emploie pour déterminer les autres maisons, la plus usitée est celle-ci : on ajoute au coascendant de l'ascendant dans le lieu donné, un sixième de l'arc diurne du degré de l'ascendant, et l'on a le coascendant de la onzième ; on ajoute la même quantité au coascendant de la onzième, et l'on a le coascendant de la douzième; ensuite on ajoute un sixième de la circonférence au coascendant de la douzième , et l'on a le coascendant de la deuxième ; on ajoute un tiers de la circonférence au coascendant de la onzième, et Ton a le coascendant de la troisième; on a les degrés de ces quatre maisons en prenant, dans la table des coascendants dans la sphère droite qui commence au Capricorne, les arcs correspondants à leurs coascendants respectifs, et leurs nadirs donnent les quatre autres maisons (les cinquième, sixième, huitième et neuvième),

Abou-Rihan-Albirouni suit une autre méthode, que l'on nomme méthode des centres vrais; la voici : on multiplie sinus latitude du lieu par sinus 60° (abaisséj ; on a au produit sinus latitude de l'horizon des maisons caduques. On multiplie par sinus 3o° (abaissé), et on a sinus latitude horizon des maisons des inspecteurs ; ensuite ou divise sinus 3o° par cosinus latitude horizon des maisons caduques, et on a au quotient sinus équation des maisons caduques. Ensuite on divise sinus de 60° par cosinus latitude de l'horizon des maisons des inspecteurs, et on a au quotient sinus équation des maisons des inspecteurs. C'est l'équation de la distance des

( .'i'o ) On s'est souvent demaiulé si ces maisons ne remontaient pas à l'origine de l'astrologie, et si elles n'avaient pas quelque rapport avec le fameux passage du Livra des Rois (i) tant commenté; mais ce qui est certain, c'est qu'elles étaient complètement indépendantes des mansions lunaires ; on suppose que celles-ci ont été transmises aux Arabes par un Indien, à la fin du huitième siècle, attendu qu'on ne trouve pas l'idée des mansions exprimée ni même indiquée chez eux avant cette

coascendants de ces maisons aux coascendants de l'ascendant du lieu. Et lorsqu'on a déterminé pour toutes les maisons la distance de leurs coascendants respectifs au coascendant de l'ascendant, on connaît le coascendant de chaque maison. Alors on prend, dans la table des coascendants de la latitude (de l'horizon) des maisons caduques , les arcs qui répondent aux coascendants de la deuxième et de la douzième maison, et dans la table des coascendants de la latitude de l'horizon des maisons des inspecteurs, les arcs qui correspondent aux coascendants des troisième et onzième maisons , afin d'avoir les degrés de ces quatre maisons, et les nadirs de ce>^ maisons donnent les quatre dernières. — Autre méthode . Suivant quelques auteurs, on prend le tiers de la distance de l'ascendant à la quatrième maison, et l'on ajoute ce tiers à l'ascendant pour avoir la deuxième maison; on l'ajoute de nouveau à la deuxième maison pour avoir la troisième. Ensuite ou retranche de la deuxième maison le sixième de la circonférence entière afin d'avoir la douzième maison, et l'on retranche de la troisième maison un tiers de la circonférence pour avoir la onzième maison ; les nadirs de ces quatre maisons donnent les quatre maisons restantes. (i) Rois, l. IV, ch. 23, V. 5.

f'porjfur (i) , opinion erronée que M. Ideler a eu Je tort d'admettre dans son mémoire sur l'origine des zodiaques (2), sans chercher en aucune manière à l'approfondir. — En général, ce savant expose, mais discute peu; aussi ses travaux, qui sont utiles à consulter comme dernière expression de ce que les auteurs ont écrit sur la matière, ne laissent-ils pas une part assez large à la critique. — Ainsi, en parlant des vingt-huit constellations chinoises (3), l'illustre philologue dit bien que, depuis les temps les plus anciens, il existe à la Chine nu zodiaque de vingt-huit parties, reg/é sur le cours périodique de la lune ; mais il ne nous apprend nullement à quelle époque on en peut fixer, même approximativement, l'origine; c'est là cependant le point capital, et il ne se donne pas la peine de l'étudier; il s'étonne des inégalités que présentent les intervalles des vingt-huit astérismes, et recule devant toute tentative d'explication.

Il en est de même pour les mansions lunaires des Arabes : M. Ideler affirme qu'elles leur sont

(1) Journal des savants, 1840, p. 266.

(a) Ideler, Vber den Ursprung des Thierkreises , pag. 7 et 8.

(3) Ideler, Uber die Zeitretnung der Chinesen , pag. 99 et suiv.

( 5i2 ) venues cics Indiens; mais il ne songe pas à s'en assurer par i;ne comparaison attentive des monuments; il répète, avec ses devanciers, que les Arabes ont eu seulement connaissance des mansions lunaires à la fin du huitième siècle, sans s'inquiéter des passages du Coran où elles sont mentionnées par INIahomet lui-même (i).

On ne comprendrait pas, d'ailleurs, qu'une notion d|î ce genre fût devenue populaire en si peu d'années, chez les Arabes; seraient-ils donc restés jusque-là étrangers à toute conception astronomique ou même astrologique ? n'est-il pas plus naturel d'accepter comme vrais les témoignages des écrivains cités par Pococke (2), qui font remonter à une époque ancienne l'existence des niansions lunaires^ identifiées avec les amva (3) tJ"^!, dont les levers présageaient la pluie , les vents , la chaleur, le froid, etc.? On a dit que ce rapprochement des niansions et des anwa est contraire à la périodicité nécessairement annuelle , non men-

(i) JjLi>», sourate 5, et XXXVI, 39. Le Coran ^ édition de 1846. Dans le premier passage, le traducteur emploie improprement le mot phases; le Journal des savants de 1845 , pag. 42, corrige l'assertion émise en 1840 (même recueil, p. 266).

(2) Pococke, Spécimen hist. Arahum^ p. 164.

(3) Les anciens traités des anwa ou levers d'étoiles sont souvent cités par les auteurs arabes.

( 5.3 ) siielle, des temps des pluies que les /înwa étaient supposés présager (i). Mais nous allons en démontrer l'exactitude par quelques extraits d'un chapitre inédit de Raswini, dont M. Ideler n'a pas tenu suffisamment compte dans son traité des constellations arabes.

On s'est toujours borné, en effet, à nommer les vingt-huit mansions lunaires des Arabes, avec l'indication des principales étoiles correspondantes, d'après Alfragan ou Oloug-Beg, qui ne sont entrés, à ce sujet, dans aucun détail; mais, pour bien apprécier la question, il est nécessaire de connaître l'ensemble des idées que les Arabes eux-mêmes attachaient à leur zodiaque lunaire; le manuscrit de Kaswini que possède la Bibliothèque nationale, sous le n^ 898, nous fournit, à cet égard, tous les renseignements désirables. Cet écrivain, que M. Ideler a mis si souvent à contribution , s'exprime ainsi (2) :

« Les mansions ou domiciles de la lune y^\ JjL» sont au nombre de xxviii. La lune reste chaque nuit dans un de ces domiciles, depuis la nouvelle lune, mustahellah , fou depuis son apparition , min muslahellihi à^^-.^ ^) jusqu'à la vingt-huitième nuit du mois; ensuite elle s'efface

(j) Journal des savants y 1840, p. 266. (2) Ms. ar. 0*^898, fol. 32.

( 5.4 ) et se voile, dans son déclin, jusqu'à ce qu'on n'en voie plus rien.

I^orsqne le mois est de vingt-neuf jours, elle disparait la vingt-huitième nuit, et lorsqu'il est de trente joiu's, la vingt-neuvième; et c'est sous le voile qu'elle parcourt son domicile.

Des vingt-huit domiciles, quatorze sont toujours au-dessus de l'horizon, pendant la nuit, et quatorze au-dessous (i) ; toutes les fois qu'ini d'eux se couche, son opposé s.^^, ou paranatellon se lève en même temps.

Les Arabes en désignent quatorze par Tépithète de Sjriens L^Li, et les quatorze autres par celle d'Véméniens DL^j.

Les Schéralhanes ^jJs\j^ (lis. .LLly;,) forment le premier des domiciles syriens ; al-Simakh al-aézal J)£^l ^'.^1 (l'èpi) en est le dernier.

Al-Ghafar ^xJ! répond au premier domicile féinénien; al-Reschâ LwJl (2) termine la série.

On nomme sakouth Is^L.^ descendant, Tasté-

(i) Le Ms. persan n'' 141 ne contient qu'un abrégé de Kazwini : tout ce chapitre (foi. 18 et suiv.) est tronqué :

^p 1 ôi sJU^s-' 8^jL^j J-wU ^.ûT etc.

(2) Voy. nos Prolégomènes d'Oloiig-Beg, p. 'fC^ du texte, et notre Mémoire sur les instmmcnts astronomiques des Arabes^ p. i38 et 21 7.

( 5.5 ) risine qui se trouve à l'occident, et thalouh pJlL, ascendant, son opposé, qui s'est levé avec l'aurore. La marche descendante ou descension de chaque astérisme se prolorige pendant treize jours, à l'exception d'al-Djebhah i^-ar^l, qui exige quatorze jours, de manière que la fin de la disparition du vingt-huitième domicile coïncide avec la fin de l'année, et la révolution recommence l'année suivante avec le premier domicile (i).

Tout ce qui arrive dans les treize jours, pluie ou vent, chaud ou froid, est attribué à l'astérisme descendant ; les savants sont entrés dans de grands détails sur les pronostics à tirer du séjour du soleil et de la lune {j^„y:r^ u^'f dans chaque domicile. »

Après ces préliminaires qui constatent la double application , annuelle et mensuelle , des mansions lunaires chez les Arabes , Razwini passe à la description de chaque astérisme; nous laissons de côté la plus grande partie des pronostics qui s'y rattachent.

I. Les Schérathanes ,Xls\yt, (les deux marques) sont les cornes du Bélier; on les nomme aussi al-Nathih J^LJ! (celui qui donne un coup de

(i; Ms. ar. n" 898, fol. 32 v^ : J, J^^ S^y^ ^=^ji V

( 5.0 ) coruej. n y a entre elles, à vue d'œil, Tintervalle de deux arcs, et en voici la figure o%.

Lorsque le soleil entre dans cet astérisme, le temps est tempéré, et la nuit égale au jour.

Les Schérathanes se lèvent la seizième nuit courante de Nisan (i), et se couchent la dix-huitième nuit courante de Teschrin V^.

Le soleil les atteint la vingtième nuit , avant la fin de Adar, et alors l'année est terminée.

On les nomme Schérathanes^ c'est-à-dire marques ou signes, parce que l'année se renouvelle avec leur lever; la température s'adoucit, les eaux croissent, les fruits se nouent et l'orge est moissonnée.

Leparanatellon des Schérathanes esi al-Ghafar.

IL Al-Bothaïn ^^kJ! , le petit ventre^ appelé aussi le ventre du Bélier Jysr^l (vr^> ^^ compose de trois étoiles peu brillantes, disposées en trépied. Elles sont à égale distance des Schérathanes et des Pléiades. Voici leur forme „°„. Elles se lèvent la dernière nuit de Nisan (2) et se couchent la dernière nuit de Teschrin T^. A leur coucher, la mer devient orageuse, etc.... A leur lever, on termine la moisson de l'orge et on commence celle du froment.

(i) Ms. ar. n° 898, f. 32 v" : ici^* A2 jU 'L^ Ucii ^

(2; Id. fol. 33 i" : ,.>L**.^ yA JLj' XU <5^JlL ,

( 5.7 ) Le paraiiatellon iKal-Bothaïn est al-Zubana. 111. Al-Thoreïa b .iJl, les Pléiades^ qu'on appelle aussi al-lNedjm ^^!, l'Àstérisme, est le plus connu (les domiciles; il se compose de six étoiles entre lesquelles il en existe beaucoup d'obscures, etc.... Elles se lèvent la treizième nuit courante de Aiar et se couchent la treizième nuit de Teschrin II.

Les Pléiades paraissent à l'orient à l'entrée de la nuit, au commencement de la saison froide; elles s'élèvent ensuite chaque nuit, jusqu'à ce qu'elles se trouvent au milieu du ciel quand le soleil se couche; c'est le temps où le froid est le plus vif. Elles quittent ensuite le milieu du ciel et se rapprochent chaque nuit de l'occident, jusqu'à ce qu'elles s'y trouvent avec la nouvelle lune; elles baissent ensuite peu à peu et se couchent cinquante jours SL^ves", ce coucher est un temps d'allégresse. Les Pléiades sont à l'orient,

le matin, dans le fort de la chaleur, etc A leur

lever, les vents commencent à souffler A la fin

(à leur coucher) le Nil croît, le lait est abondant ( i ). Le paranatellon des Pléiades est al-IkliL IV. Al-Débaran ,Ljj,M est une étoile rouée et brillante qui suit al-Thoreïa et qu'on nomme aussi

(i) id. : ^J^i\ySi^ j JJ! -x^^ 5^1 J j

! 5i8 ) Tahih al'Ncdjm ^\ aj'J (le suivant d'al-Nedjm); c'est à cause de sa position en arrière des Pléiades qu'on l'appelle al-Drbaran (de ^^ suivre). Son apparition 5 J n'est pas célébrée par les Arabes, qui en tirent de mauvais augures. Le lever de cet astérisme a lieu la vingt-sixième nuit d'Aiar.

Alors la chaleur est grande; les vents chauds s'élèvent; le simoum souffle et le raisin noircit. Al-Débaran se couche la vingt-sixième nuit de Teschrin II (i ). Son paranatellon est al-Calb, le cœur du Scorpion.

V. Al-Hakaah 1^1^ \ ou la tête d\il-l)jouza (Orion) \\^\ lA)') se compose de trois petites étoiles disposées en trépied. On les nomme Hakaah (2) à cause de leur ressemblance avec le cercle qui est au côté supérieur du poitrail du cheval ; elles se lèvent la neuvième nuit courante de Haziran et se couchent la neuvième nuit courante de Canonn 1^*". Peu s'en faut que l'on ne nomme leur apparition LajJ , l'apparition cVal-Djouza. Au lever de cet astérisme, les fruits ont atteint leur maturité, la chaleur est ardente, les vents Simourn ^Lj-JI augmentent de violence.

(i) Le Ms. ar. n" 898, fol. B/* porte : ^'^ ^iyLS ^ (2) AALpi, haquenéc? en espagnol haquinca ^ diniiniilif de haca encore usité. Al-hahaah est une certaine marque circu laire au poitrail du cheval, à ce que disent les Arabes.

Le paranatellon d'al-Hakaa/i est at-Schaulah.

VI. Al-Henaah axL^I (i) se compose de deux étoiles blanches ^'>^^ji ^^^ entre lesquelles il y a la longueur d'un fouet J^.^ j^ (Ms. persan Jhy^ .\Ssu>). On nomme la première de ces deux étoiles, le Bouton, .Ji (qu'on peut lire ^ jJ! ou wjjJl)' ^^ ^^ seconde le Loup »L^1 (^)- H y a trois autres étoiles près de ces deux-là, ce qui fait cinq en tout, quatre sur la même ligne ou en long v^L^ J.1 et une au-dessous ou en large L^a. ^ ^j3S\^ comme dans la figure de l'élif coufique.

Al-Henaah se lève la vingt-deuxième nuit courante de Haziran; elle se couche la vingt-deuxième nuit de Canoun V^. Son apparition coïncide avec celle d'Orion h^sr-'l Ay\ ^a UJ j. Les grandes chaleurs finissent, on mesure les eaux ^ etc.

Le paranatellon à^al-Henaah est al-JSaaïm.

VIL Al-Dziraa ç>!jjJ!, le hras\ c'est le bras contracté L:©^jm du Lion ; on distingue les deux bras du Lion : l'un est contracté^ l'autre étendu V^y^i\ ; le bras étendu est dirigé vers le midi ; le bras contracté vers le nord (3).

Le lever de ce domicile a lieu la quatrième nuit

(i) C'est le signe qu'on marque sur le col des chameaux avec un fer chaud.

(2) V. notre Mém. déjà cité, p. i34 et 217, — (3) Id. ib.

( 5'2o ) courante de Tamouz, et son coucher, la quatrième nuit courante de Canoun II. Son apparition est favorable (i); les vents d'été deviennent plus impétueux ('-Or-'j ^J^)' C'est alors que mûrit la grenade et que Ton coupe les cannes s.^^^^ (à sucre) nabathéennes.

Le paranatellon iVal-Dziraa est a/-BMa/i.

VIII. Al-Netrah'îLijJi se compose de trois étoiles voisines (2). C'est le nez ^^] ilu Lion; elle se lève la dix-septième nuit courante de Tamouz et se couche la dix-septième (3) nuit courante de Canoun IL

Au moment de son apparition, la chaleur est extrême et le simoum ^^-y- très-dangereux.

Le paranatellon d'al-Netrah est Saad al-Ozadi/i .

(1) Cazwini rajiporte, à l'occasion des inansions lunaires, quelques sentences proverbiales usitées chez les Arabes , el pour nous sans intérêt; nous nous bornerons aux exemples

suivants : pU J^ ^ ^J^^ l^J^J'^ t}j'^^ ^^ ^^^' lorsque paraît al-Dziraa, le vin coule dans tous les cahs (c'est-à-dire dans les plaines); » Il >Ax}i vJU*w^j ,!h>^l «IL bl, lorsque

paraît al-Débaran ^ on est afflige par la periidie ; «Jl--.xLL Î3i .^Lks oJJ3 JJsû j i3»JJt, lorsque paraît altharf^ c'est le temps de cathaf (la vendange); lyPl »,.^Lb Lxll >ïXb OÎ, lorsque paraît aiainrn, il adoucit alhaiva (la température); s JL5o i^ LaJ 1 Uwj v^^JUj! aJlI? 1^1, lors(jue paraît alcalb y l'hiver vient comme aUolb, le chien [comme la rogé), etc.

(2) Alfragan dit : deux étoiles.

{'^) Le Ms. ai. n. 898, fol. 35, ]>orle la dix neuvième.

IX. AI-'rhai't\4Ja3|, lellegaidoii lecolédu Lion, se compose de deux petites étoiles comme les Fcraidanes ^jji^l Jji» les deux Yeaux (de la petite Ourse). Elle se lève la première nuit de Ab et se couche la dernière nuit de Canoun II. A son apparition les vents soufflent avec violence; c'est alors qu'on mange les dattes et qu'on cueille le raisin.

Le paranatellon (ïal-T/iarfest Saad-Bula.

X. Al-Djebhah i^-^-çs^l ou le Front du Lion, se compose de quatre étoiles formant une (double) courbure. Il y a entre chacune de ces étoiles la longueur d'un fouet \s.^ j^9, à vue d'oeil; elles sont en travers, du midi au nord, et la plus australe d'entre elles est nommée par les astronomes le cœur du Lion (Regulus).

Cet astérisme se lève la quatorzième nuit courante de Ab, avec Canope; il se couche la douzième nuit courante de Schébat. A son apparition, qui est accueillie avec joie :^^^^ , Soheil ou Canope se lève dans l'Hedjaz... le froid est moins intense, l'humidité augmente, etc.

Le paranatellon ^al-Djp.bhah est Saad al-Sooud.

XL Al-Zubrah 5wj)31, ou la Crinière du Lion, se compose de deux étoiles brillantes entre lesquelles il y a aussi la distance d'un fouet ; l'une a plus d'éclat que l'autre; l'intervalle qui les sépare offre une légère inflexion. Cette mansion se lève la qua-

trièmc nuit avant la fin de Ab et se couche la cinquième nuit avant la fin de Schébat fi). A l'époque de son lever, les pluies sont abondantes... Soheil paraît dans l'Irac; les nuits sont froides; le simoum souffle pendant le jour, etc.

Le paranatellon à'al-Zubrah QsiSaadal-Akhhiah.

XII. Al-Sharfah lhy^\ (mutalrix) se compose d'une seule étoile, à la suite (Wd-Ziibnih. I^a lumière en est très-vive (2). Le nom donné à cet astérisme provient du changement dans la température, qui accompagne son lever et son coucher. 11 se lève la neuvième nuit courante de Eiloul et se couche la neuvième nuit courante de Adar. A son apparition ty y^-> ^^ Ail commence à croître ^ etc.

Le paranatellon d'al-Shurfa/i est Ferg al-Delou al-mokadihim.

XIIL Al-Aoua \JS\ (clamator) se compose de quatre étoiles, sur la limite à'al-Sharfah et sous la forme d'un élif; les Arabes les comparent à des chiens qui suivent le Lion. Ce domicile se lève la vingt-deuxième nuit courante de Eiloul et se couche la vingt-deuxième (3) nuit courante de Adar.

(i) Le Ms. 898, fol. 37, portait jLsr^, que le copiste a corrigé en écrivant au-dessus \jlj.

(2) Il y a auprès d'elle de petites étoiles, et l'on dit que c'est le ... du Lion J-w^ »*«^ ; voy. notre Mémoire sur les instruments astronomiques des Arabes^ p. i34 et suiv.

(3) Le Ms., fol. 38, porte aux deux endroits le nombre 12.

( 5a3 ) A son apparition la nuit est rgale au jour; puis celui-ci diminue peu à peu, c'est le commencement de Tautomne ^J^ ^'!.

Le paranatellon iVal-./oïKi est Frrg al-De/nu ainiudkkiT.

XIV. Al-Simakh ^L^*JI le Lancier, (le soutien). C'est le Lancier désarmé (J}&'^!); car la lune ne descend pas dans le Lancier armé ^!J! (Arcturus). Ces dénominations diverses viennent de la position d'une étoile qui forme en quelque sorte la lance d'Arcturus, tandis que TÉpi n'offre rien de semblable (i).

Cette mansion se lève la cinquième nuit courante de Teschrin V^ et se couche la quatrième nuit courante de Nisan. Sou apparition est excellente, etc. (•>.).

Le paranatellon (\'aI-Simakh est Betn ai-Haut; Al-Simakh forme la dernière mansion syrienne ; al-Ghafar est la première mansion yéménienne.

XV. Al-Ghafar ^! se compose de trois étoiles peu brillantes ; c'est la houppe qui se trouve à la queue du Lion , mais on prend le nom de ghafar dans le sens de voile , parce que l'apparition de ce domicile annonce le temps où la terre perd sa

(i) Voy. sur les deux Simakhs notre Mémoire déjà cité, pag. 125 et i34.

(2) Ms. persan, fol. 21 : XJ:XijijZ. ^\ ^jJj.

parure. Al-Ghajar se lève la dix-huitième nuit courante de Teschriu Y^ et se couche la seizième nuit courante de Nisan. Pendant son apparition, on coupe la canne (à sucre) ^.UJ! v^..^! persienne ; et les pluies font croître les légumes.

Le paranatellon iV al-Ghafar est al-Scherathanes .

XVI. Al-Znbana ULJ! les Serres (du Scorpion), comprend deux étoiles séparées Tune de l'autre, à vue d'œil, ^^-r^xJ! ^Ij J, L ^ ^ : . > .'.^^".à-^, par une distance de cinq coudées ; elle se lève la dernière nuit de Teschrin \^^ et se couche la dernière nuit de Nisan. A son apparition, les vents du nord se font sentir, les hommes du climat de Babel, Job J^\ ^, rentrent dans leurs maisons. Le paranatellon à^al'ZuOana est dl-Bothaïn.

XVIL Al'lhlil U^^l! , la Couronne, ou la tête du Scorpion s^^^\ ^\y ^st formée de trois étoiles brillantes, placées en travers; elle se lève la treizième nuit courante de Teschrin II et se couche la treizième nuit courante de Aiar... Lorsqu'elle paraît, les eaux se précipitent par torrents; elles inondent la terre, à l'époque de sa descension, jusqu'au coucher de Betn ai-Haut^ qui arrive le 5 de Teschrin F^. Le paranatellon d'al-Jkli/ est al-lVioreia.

XVIIl. Al-Calb, le Cœur (du Scorpion) est une étoile de couleur rouge, en arrière {Wd-lklil^ en-

( 52:) ) trcdeiix étoiles que l'on nomme ai-nidf/i LLlJl (i) et qui n'ont pas la même apparence. L'évaporation commence dans le désert avec le lever d'fl/- Calb et celui de VAii^le tombant ,i.3l^l^*JI (la Lyre); car tous les àeun se font simultanément au milieu du froid. Al-Calb se lève la vingt-sixième nuit courante de Teschrin II et se couche la vingtsixième nuit courante de Aiar. Les Arabes font grande attention à son apparition et répugnent à se mettre en voyage lorsque la lune s'approche du Scorpion; alors le froid est plus vif, les vents sévissent et la sève s'arrête dans les fibres des arbres, wsr^i l3-3^ '*^* ^^^ paranatellon iVal-Calb est al-Débaran.

XIX. Al-Schaulah ij^^!, le Dard (du Scorpion) se compose de deux étoiles si rapprochées qu'elles paraissent se toucher, à la queue du Scorpion (2). Elle se lève la neuvième nuit courante de Canoun 1^' et se couche la neuvième nuit courante de Haziran . Pendant son apparition , les dernières feuilles tombent, les pluies augmentent et les eaux s'accumulent. Le paranatellon d'«/- Schaulah est al-Hakaali.

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